Ecologie : Les Antilles empoisonnées

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Contrairement à ce que diffusent les médias, les Antilles ne sont pas polluées seulement au chlordécone mais par au moins une centaine de pesticides ! Le modèle de développement économique induit par le colonialisme est en cause.

Bien que la sonnette d’alarme ait été tirée maintes fois depuis les années 1970, il aura fallu attendre septembre 2007 et le rapport Belpomme [1] pour que soit reconnue la contamination des eaux, des sols, des aliments, et des habitantes et des habitants des Antilles par au moins une centaine de pesticides. Dont le plus médiatisé, le chlordécone.

De tels produits ont des effets dramatiques sur les animaux et les végétaux, entraînant le risque de les voir disparaître des îles. Les sols et toute la vie qu’ils abritent (champi-gnons, invertébrés…) sont également empoisonnés. Or quand les sols s’appauvrissent ou meurent, l’agriculture périclite ainsi que les forêts… Ce problème touche tous les milieux mis en culture intensive à grand recours de pesticides. La métropole n’est pas épargnée, mais la situation aux Antilles est particulièrement urgente compte tenu de la surface limitée des îles.

Cette catastrophe n’est pas due au hasard. Comme pour la « vache folle » ou pour les OGM, elle est la conséquence d’une agriculture capitaliste où le rendement est privilégié à tout prix, jusqu’à ce que la machine déraille.

Le colonialisme en cause

Les Antilles ont tout à gagner à rompre avec le système agricole actuel, directement lié au contexte économique colonial : la monoculture intensive de la banane et de la canne à sucre pour alimenter l’Europe [2]. L’alternative est dans le développement d’une polyculture répondant aux besoins de la population et non de l’exportation, et dans la pratique de l’agriculture biologique (dans les zones les moins contaminées).

Une telle alternative changerait grandement la structure sociale et économique des îles. Mais même sans cela, la pollution par les pesticides provoquera des bouleversements. Et elle en provoque déjà : interdiction de la pêche dans certaines zones, effets néfastes sur le tourisme, etc. Continuer dans la voie actuelle entraînera forcément une répétition de la catastrophe « chlordécone » avec d’autres produits comme le paraquat, utilisé en Martinique pour désherber dans les bananeraies alors qu’il est classé hautement toxique (T+) et qu’il est admis que c’est un poison violent.

En Guadeloupe s’est constitué un collectif regroupant plusieurs associations, syndicats (UGTG, CGTG, CFDT…) et organisations politiques, qui réclame « l’abrogation des arrêtés ministériels d’octobre 2005 qui autorisent la consommation de denrées contaminées », des « mesures d’accompagnement financier des agriculteurs empêchés de produire sur des sols pollués » et la garantie qu’ils ne seraient pas « dépossédés de leurs terres » à cause de dettes devenues impossibles à rembourser. Pour préserver l’avenir, le collectif exige l’implantation sur l’île d’une véritable « agence de l’eau » – comme il en existe déjà cinq en métropole – et l’organisation d’une « filière d’élimination des déchets de chlordécone ». Pour finir, le collectif exige une « commission d’enquête parlementaire » chargée d’établir les responsabilités dans la pollution et dans la contamination de la population « de 1981 à aujourd’hui ».

Noémie (AL Poitiers)


CHLORDÉCONE : CE QUE L’ON SAIT, CE QUE L’ON SOUPÇONNE

Breveté en 1952 aux États-Unis, le chlordécone y est prohibé depuis une catastrophe sanitaire intervenue en 1975. Quatre ans plus tard, une étude de l’Inra établit la contamination de la Guadeloupe par ce pesticide. Il est interdit en France en 1990 mais, sous la pression du lobby des grands planteurs, son utilisation reste autorisée aux Antilles jusqu’en 1993. Sans entreprise de décontamination, la pollution ne devrait pas disparaître avant des décennies.

Effets démontrés : convulsions, nausées, dysfonctionnement du foie, tremblements et altération de la vision.

Problèmes de santé observés chez les Antillaises et les Antillais pour l’instant sans lien scientifiquement établi avec les pesticides : augmentation des cancers de la prostate et du sein, baisse de la fécondité.

(Source : « Pesticides organochlorés et santé publique aux Antilles françaises », Bulletin d’alertes et de surveillance Antilles Guyane, juin 2005, n°8)


[1Pr D. Belpomme (coordinateur), Rapport d’experise et d’audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique. 23/06/2007, ARTAC.

[2En 2005, la culture de la canne à sucre occupe à elle seule plus de la moitié des terres arables en Guadeloupe, et la banane presque la moitié des terres arables en Martinique (plus du cinquième pour la canne à sucre).

 
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