Ecosystème menacé : le marchand de sable passe, la dune trépasse

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Dans le trégor, un projet d’extraction de sable menace une dune sous-marine. Explications d’un militant local.

Le 13 mai, à l’appel du collectif Peuple des Dunes en Trégor, se sont rasemblés sur la plage de Tresmeur à Trébeurden quatre mille personnes. Comme son homologue morbihannais qui s’est battu avec succès contre le cimentier Lafarge, le collectif costarmoricain s’oppose à un projet d’extraction de sable coquillier en baie de Lannion. Ce projet est mené par la Compagnie armoricaine de la navigation (Can), filiale de la multinationale Roullier qui a su étendre ses appétits de Saint-Malo à plus de quarante pays. Malgré l’avis défavorable des municipalités riveraines, des associations de défense de l’environnement et des comités de pêche, l’État envisage d’accorder un permis d’exploitation à la Can en compensation de l’interdiction d’exploitation du maërl. Constitué de débris d’algues et de coquilles, le maërl est traditionnellement utilisé en Bretagne en agriculture en sol acide et dans les exploitations bio comme fertilisant naturel ou pour reminéraliser l’eau potable. Les bancs de maërl favorisent un excellent biotope. Son exploitation le long des côtes bretonnes est telle qu’elle empêche son renouvellement naturel et menace la biodiversité.

[*Un projet inutile*]

Le projet de la Can prévoit l’extraction de 400 000 m3 de sable par an – les besoins de l’agriculture locale seraient de l’ordre de 50 à 100 000 m3 – sur une période de 20 ans d’une dune sous-marine à quelques kilomètres de la Réserve naturelle des Sept-Îles et sur une zone essentielle pour les pêcheurs et pour la faune locale. De plus, on mesure mal l’interdépendance des systèmes dunaires littoraux avec les gisements de sable en mer. Pour faire simple, le sable qu’on retire des fonds marins serait mécaniquement du sable en moins pour les dunes protégeant le littoral de l’érosion. Le directeur du développement de la Can met dans la balance ses 29 emplois. Pourtant, la Can a su diversifier ses activités notamment dans le réensablement et le remblaiement des chantiers de travaux maritimes. De son côté, le Collectif du peuple des dunes mentionne l’impact certain sur la soixantaine d’emplois des marins pêcheurs, sur les innombrables emplois liés au tourisme, à la plaisance, etc.

[*Un apolitisme qui interroge*]

Si Alternative libertaire 22 a bien entendu sympathisé avec la cause du Collectif, plusieurs questions restent en suspens. D’abord l’organisation du rassemblement qui se voulait apolitique tout en invitant des élu-e-s locaux à la tribune et en demandant aux personnes s’affichant politiquement de ranger leurs drapeaux pendant le rassemblement. Pour nous, les luttes écologiques sont éminemment anticapitalistes et nous mettent face à des choix de société, réflexions jamais abordées par le Collectif. Est-ce que Trébeurden a vocation à vivoter hors saison touristique pour n’être finalement qu’un port de plaisance, un parc d’attraction pour plaisanciers et pour clubs de plongée ? Comment reconvertir les professionnels de l’extraction de sable et bientôt les pêcheurs ? Quelles alternatives au maërl et aux sables coquilliers pour l’agriculture ? Pourquoi le Collectif déclare que l’extraction n’a qu’à se faire ailleurs ? Quelles convergences avec les autres luttes écologiques (THT, NDL, LGV...) ? En attendant le verdict des services de l’Etat, le préfet du Finistère et le ministère de l’Environnement ont donné un avis favorable, reste celui de l’Industrie qui aura le dernier mot…

Serguei (AL Lannion)

 
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