Edito : Capitalisme : la tentation totalitaire

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Alors que la gauche de la gauche s’agite de façon pathétique afin de faire émerger une introuvable candidature unitaire pour l’élection présidentielle de 2007. Alors que ses candidats à la candidature prétendent représenter des mouvements sociaux qui ne leur ont rien demandé, une autre partie se joue, bien plus inquiétante.

Si certain(e)s manifestent une énergie débordante pour réaliser un score à un chiffre en 2007, nous nous étonnons de ne pas voir semblable mobilisation contre le projet de loi sur la prévention de la délinquance présenté ce jour en conseil des ministres par Sarkozy.

Il y a pourtant de quoi militer en faveur d’une insurrection des consciences face à un texte qui ne constitue pas seulement un projet régressif de plus mais dessine les contours d’un véritable État totalitaire.

Ce texte prévoit le renforcement du pouvoir des maires en terme de contrôle social mais aussi de sanctions à l’égard des populations les plus en difficulté et dont le comportement serait assimilé à de la déviance (collégien(ne)s et lycéen(ne)s faisant l’objet d’averti-ssements, parents dont les enfants se rendent coupables de délits...).

Il met fin au secret professionnel des assistantes sociales et les oblige à collaborer avec les autorités afin que ces dernières puissent pénaliser plus efficacement les pauvres et notamment les sans-papiers.

Ce projet de loi fascisant prévoit aussi la généralisation du fichage, l’incitation (notamment fiscale) pour développer la vidéosurveillance, la création d’un service volontaire citoyen de la police nationale visant à une meilleure collaboration entre les jeunes et la police.

Dans ses aspects les plus répressifs, il entend développer l’enfermement des mineurs, mais aussi la rééducation par le travail, ainsi que le redressement psychologique des parents d’enfants coupables de déviance.

Enfin les militant(e)s ne sont pas oublié(e)s d’un tel dispositif puisqu’il s’agit aussi de criminaliser et sanctionner occupations d’entreprises et sittings.

Avec ce projet de loi, la France devrait aisément se faire une place entre les États-Unis et la Chine en matière de violation des droits humains.

Ce basculement de la France dans la sphère des régimes autoritaires à l’œuvre depuis près de 5 ans (cf. la loi « fondatrice » de Jospin dite loi sur la sécurité quotidienne) procède d’une volonté de la bourgeoisie dans toutes ses composantes (fasciste, libérale, sociale-libérale) de répondre aux tensions qu’engendre une politique économique et sociale servant d’abord les intérêts du capital par une pénalisation de la pauvreté et de l’action militante.

Mais cette politique du « talon de fer » que stigmatisait Jack London dès 1907 dans un roman du même nom n’est pas une fatalité.

Il est possible de résister à cette politique de la peur par une stratégie articulant solidarité, désobéissance civile, et action de masse. C’est ce qu’ont prouvé les étudiant(e)s et lycéen(ne)s contre le CPE et c’est le pari engagé aujourd’hui par celles et ceux qui de plus en plus nombreux(ses) rejoignent le Réseau éducation sans frontières pour défendre les élèves et familles sans papiers tout en dénonçant une loi scélérate qui s’attaque à l’ensemble des sans-papiers.

Pour nous les mouvements de résistance ne constituent pas une fin en soi, parce qu’ils permettent aux opprimé(e)s de prendre conscience qu’ils/elles forment une véritable force collective et que c’est bien à la rue de gouverner, ils doivent à chaque fois nous pousser à réfléchir et débattre davantage d’autres rapports sociaux possibles et à une alternative autogestionnaire au capitalisme.

Alternative libertaire, le 28 juin 2006

 
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