Edito : Libération des femmes : en finir avec l’éternelle année zéro !

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En 1970, la revue Partisan, publiée par les éditions François Maspéro, sort un numéro spécial intitulé “Libération des femmes : années zéro”, numéro qui annonce le MLF et les luttes féministes et lesbiennes.

Le titre exprime le désir de radicalité et celui de mettre à bas la société patriarcale mais il signifie aussi que ce mouvement commençait, devait commencer. C’était oublier les luttes précédentes des femmes, qui ont combattu pour que leur sexe soit reconnu, depuis 1789.

Cela semble être une spécificité du mouvement social de redécouvrir régulièrement cette question. En 1995, il aura fallu une manifestation pour remettre en lumière la situation des femmes. Les marches contre le chômage de 1994, 1997 et 1999 n’intégrèrent pas tout de suite cette question, et cela ne se fit pas sans effort. Et le CPE ou le CNE comme porte ouverte au harcèlement sexuel, qui en a parlé ?

Chaque lutte, chaque mouvement, chaque grève, semble redécouvrir cette question, à travers le problème de la prise de parole, du partage des tâches, du rapport à la vie privée, et de la prise en compte de la spécificité de la situation des femmes…

À quand une continuité de cette histoire, politique et historique ? Que font les révolutionnaires ? La société sans classe de genre n’est pas pour demain, le combat contre le patriarcat doit donc se construire dans la durée.

Les explications sont nombreuses, et il est nécessaire de les mettre à jour. C’est ce qu’essaie de faire ce numéro.

Mais il y a peut-être un frein dans la conception même de la lutte révolutionnaire et une peur face à la libération des femmes.

C’est cette peur que pointait déjà Christine Delphy, d’une autre manière, en 1975 : "La lutte féministe consiste autant à découvrir les oppressions inconnues, à voir l’oppression là où on ne la voyait pas, qu’à lutter contre les oppressions connues. Peut-être, sûrement même, ceci n’est-il pas évident ; peut-être faut-il l’avoir vécu pour comprendre cette dynamique, pour comprendre à quel point est fausse la représentation de la libération comme une simple lutte en ce qu’elle implique une vision de l’oppression comme une carte aux points dûment recensés, aux contours exactement délimités, carte sur laquelle il ne s’agirait plus que d’avancer : de gagner des victoires. Bien au contraire, la libération consiste d’abord à élaborer cette carte, car plus on avance, plus on réalise que les territoires sont flous et éloignés."

Alternative libertaire, 24 février 2007

 
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