Édito : Personne n’est illégal

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Édito : Personne n’est illégal Un quartier quadrillé par une centaine de flics. Le métro, les cafés, les restaurants, les commerces, les portes des immeubles, tous les lieux publics sont investis au même moment par les forces de l’ordre. Il ne faut pas moins de deux cars pour parquer la cinquantaine de personnes ayant fait l’objet d’une arrestation. Au loin, quelques badauds assistent à la scène en spectateurs, mais aucun ne s’attarde… Berlin 1933 ? Alger 1956 ? Santiago 1973 ? Non. La scène se passe à Paris en 2005 et elle s’est répétée une quinzaine de fois depuis le mois de juillet 2005. À chaque fois des dizaines de personnes, dont le seul crime est de ne pas avoir de papiers en règle, ont été arrêtées puis emmenées dans des centres de rétention en attendant d’être expulsées du sol français.

Ces rafles, car ce sont bien des rafles, ont été menées dans une relative indifférence.

Les associations de défense des étrangers ont mis plusieurs semaines à réagir publiquement. Aucun élu, aucun candidat à la candidature pour les élections présidentielles de 2007 – question bien plus importante – n’a daigné s’exprimer sur la question.

En France, la politique sécuritaire du gouvernement ne fait pas débat. Elle est assimilée de plus en plus à un registre banal voire secondaire de cette même politique, non seulement par les partis, ce qui n’a rien pour surprendre, mais aussi par les militantes et les militants des mouvements sociaux et des courants radicaux, ce qui est bien plus grave.

Les rafles ne sont que la partie spectaculaire, d’une politique de destruction méthodique des libertés organisée au plus haut niveau de l’État. Même si nous ne voulons pas le voir, c’est bien un régime autoritaire qui est en train de se mettre en place en France. Le processus ne vient pas de démarrer, mais il s’accélère.

Attentats à New York, à Madrid, à Londres… tout est prétexte pour cette politique qui ne cesse de réduire les libertés individuelles. Mais l’enjeu des politiques sécuritaires n’est pas seulement politique, il est aussi économique. Depuis des années, un véritable marché se développe. Ainsi, on voit se multiplier les sociétés de consultants, d’experts en sécurité. Parmi eux des « médecins » n’hésitent plus à pondre des rapports conseillant de dépister et de ficher dès le plus jeune âge des comportements déviants pathogènes chez l’enfant (??) qui pourraient préfigurer une évolution vers la délinquance. De même, la décision d’équiper les métropoles européennes de milliers de caméras de vidéosurveillance n’est pas que l’effet de la paranoïa des politiques mais correspond aussi à un marché juteux que se disputent plusieurs grandes entreprises.

D’année en année, le dispositif répressif à l’égard des étrangers, pardon, des étrangers « en situation irrégulière », selon la formule consacrée par la novlangue du pouvoir et de ses valets, n’a cessé de se renforcer. Mais la majorité de la population française n’a rien dit. Puis le pouvoir s’en est pris à des militants. Quelques voix trop peu nombreuses se sont élevées, etc. Aujourd’hui les rafles aboutissent à chaque fois à des dizaines d’arrestations et des centaines de contrôles d’identité par lesquels il s’agit d’habituer l’ensemble de la population des quartiers populaires à une politique de contrôle social renforcé.

Cette situation n’est pas une fatalité.

Début septembre, rue Bailler (dans le XVIIIe arrondissement), la police a tenté d’expulser des mal-logés. Excédés par ce type d’opérations, des riverains se sont opposés physiquement à cette expulsion et les flics ont dû rebrousser chemin. Lors d’une rafle à Belleville, jeudi 22 septembre en fin d’après-midi, une dizaine de personnes, certaines et certains militants, d’autres pas, ont réagi à une rafle en cours en prévenant les usagères et les usagers qui s’apprêtaient à sortir du métro, ou encore les passants des rues adjacentes de la zone « sous contrôle ». Grâce à eux/elles des centaines de personnes ont échappé à cette rafle.

Ils et elles ont agi en résistants. Ces actes de désobéissance civile sont à la portée de toutes et tous et démontrent une chose : pour reprendre le contrôle de nos vies, il faut se rassembler et s’organiser.

Alternative libertaire, le 24 septembre 2005

 
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