Entreprises : Transformer la victoire du non en affrontement social

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Durant la campagne référendaire plusieurs grèves ont éclaté dans le secteur public mais aussi et surtout dans le secteur privé. Bien qu’affaiblie politiquement, la droite entend poursuivre sa politique de réaction sociale comme si de rien n’était. Il faut en tirer toutes les conséquences politiques en portant l’affrontement sur le terrain social.

Depuis mars, de nombreux secteurs ont été touchés par des grèves, qu’il s’agisse d’une journée de 24 heures ou de mouvements revendicatifs plus durs. Pratiquement à chaque fois les travailleuses et les travailleurs ne s’y sont pas trompés et ont fait le lien entre leur lutte et la nécessité de voter non à la constitution européenne du capital.

Dans le secteur public, le gouvernement a lâché plus de 400 millions d’euros pour calmer les ardeurs revendicatives. Les fonctionnaires se sont contentés de + 0,8 % venant s’ajouter au + 1 % déjà prévu, c’est bien loin du compte, mais cela a amené les fédérations de fonctionnaires à se taire. Après une grève très suivie les médecins urgentistes se sont contentés du saupoudrage gouvernemental qui ne règle rien à la situation calamiteuse de l’hôpital public dont les conditions d’accueil des malades et les conditions de travail des personnels ne cessent de se dégrader. Côté chercheurs, le compte n’y est pas et ce d’autant que les rallonges financières décidées par le gouvernement doivent toucher surtout la recherche privée. Aussi la contestation repart de plus belle.

Enfin c’est surtout le privé qui s’est distingué en se mobilisant lors des journées de grève interprofessionnelle des 10 mars et 16 mai, mais aussi à l’occasion de différents conflits.

Ainsi le transporteur Norbert Dentressangle a été l’objet d’une grève de protestation contre ses pratiques de dumping social, puisqu’il emploie de plus en plus de chauffeurs polonais au tarif correspondant aux salaires de ce pays, soit de quatre à cinq fois inférieurs à la France. Cette entreprise se fonde sur des directives européennes très libérales que les partisans de la directive Bolkestein veulent généraliser à tous les secteurs économiques.

D’autres grèves ont touché le commerce (Carrefour, Fabio Lucci) sur la question des conditions de travail et surtout des salaires. Elles on abouti à des concessions partielles du patronat. Mais la grève la plus impressionnante à sans doute été celle des travailleuses et travailleurs de Total qui ont bloqué pendant près d’une semaine les raffineries de la multinationale contre la journée de travail forcé du 16 mai (lundi de Pentecôte). Total a finalement cédé en décidant que cette journée serait payée.

Action directe ou attentisme suicidaire

Ces mobilisations et bien d’autres constituent des signes encourageants. Mais il ne faut pas s’y tromper. Celles et ceux qui veulent faire de l’après 29 mai un temps fort de la recomposition à gauche pour préparer les échéances de 2007 nous envoient dans un mur. Pendant que certaine e)s fantasmeront sur l’avenir de la gauche dans sa course à l’alternance, la droite et le patronat qui n’ont rien à craindre d’une telle agitation politicienne auront les bras libres pour porter des coûts terribles aux travailleuses et aux travailleurs, mais aussi aux chômeuses et aux chômeurs.

Qu’on en juge ! Le gouvernement s’apprête à sanctionner toutes et tous les assurés sociaux qui n’ont pas choisi leur médecin traitant. Le ministre des finances s’apprête à lancer un plan de restructuration de choc contre les personnels de son ministère à l’image de celui qui avait été combattu et repoussé par la grève générale de ces fonctionnaires en 2000.

L’État est en train d’imposer le service minimum et de remettre en cause le droit de grève dans les transports en région parisienne. Enfin le mois de juin doit être celui de l’arrivée du premier train de fret privé en Lorraine.

La direction de la SNCF poursuit par ailleurs sa politique antisociale en supprimant plus de 2000 postes, en refusant d’augmenter les salaires, en multipliant la création de filiales privée et en développant la répression antisyndicale. Autant de raisons qui expliquent l’appel de FO, CGT, CGC et SUD Rail à la grève du 2 juin. SUD a proposé de construire un véritable mouvement d’ampleur en soumettant aux assemblées de cheminots la reconduction de la grève. La CGT cheminots après avoir été tentée de s’engager dans cette voie, vient d’y renoncer. Sa direction préfère sans doute se rabattre sur le débouché politique à gauche plutôt qu’opter pour l’épreuve de force.

Si les bureaucraties syndicales veulent se donner du temps, patrons et gouvernants n’ont prévu aucune pause pour mettre à sac les services publics et continuer à saigner les travailleurs dans tous les domaines. Après le 29 mai, les enjeu sont clairs, soit les travailleuses et travailleurs se servent de la dynamique du non pour porter l’affrontement sur le terrain social et il en résultera une véritable crise politique sans laquelle rien ne bougera en France comme en Europe. Soit tout le monde attend 2007 et la désillusion sera aussi rapide que foudroyante. Ainsi la constitution rejetée dans les urnes sera validée par le rapport de force patronal et technocratique, car jusqu’à preuve du contraire, c’est le fait qui crée le droit.

Laurent Esquerre (AL Paris nord-est)

 
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