Entretien

Espagne : La CGT pour un syndicalisme libertaire de masse




La Confederación general del trabajo (CGT, anarcho-syndicaliste) a tenu son XVe congrès confédéral à Valence, du 30 juin au 3 juillet 2005. Nous nous sommes entretenu à cette occasion avec Angel Bosqued le secrétaire confédéral aux relations internationales, pour faire le point tant sur les travaux du congrès que sur les responsabilités de la CGT dans l’organisation des luttes sociales et dans la construction d’une alternative anticapitaliste et libertaire.

Alternative libertaire : Très rapidement, quelle est la réalité de la CGT aujourd’hui dans l’État espagnol ?

Angel Bosqued : La CGT progresse lentement mais de façon constante et compte près de 60 000 adhérent(e)s. Néanmoins, le plus remarquable est que les nouvelles adhésions se traduisent, de façon substantielle par l’arrivée de populations et de secteurs nouveaux qui nous permettent d’obtenir une implantation plus globale.

Il est clair que, du fait de notre type d’action syndicale et sociale, la CGT n’apparaît pas régulièrement dans les médias de communication contrôlés par les instances de pouvoir ; en revanche nous sommes présent(e)s dans tous les médias alternatifs, même lorsque nous sommes l’objet de critiques. Et ce qui est le plus important, est qu’il est certain qu’on trouvera difficilement un conflit dans lequel il existe quelque chose de plus que la simple revendication économique ou la recherche d’un accord avec le capital, là où nous ne sommes pas présent(e)s.

AL : Quels étaient les grands enjeux de ce XVe congrès ?

Angel Bosqued : Comme dans tout congrès confédéral, les axes fondamentaux du débat ont porté sur l’action syndicale, l’action sociale et les statuts. Sur tout cela, on peut parler d’une certaine continuité de l’orientation que le secrétariat permanent incarne au nom de toute l’organisation.

Il y a eu peu de propositions de modification sur les contenus de notre travail de ces dernières années et on pourrait surtout mettre l’accent sur des faits ponctuels de dynamique interne qui permettent de perfectionner les résultats de ce même travail ; je pense à notre système de communication et à l’efficience de notre presse sur papier comme sur Internet, à l’intégration de travailleuses et de travailleur(se)s immigré(e)s avec lesquel(le)s nous avions travaillé jusque-là comme soutien, à la redistribution des cotisations, ou encore à la stimulation de la participation des adhérent(e)s dans les comités confédéraux…

Pour être plus précis, nous avons décidé de renforcer les secrétariats confédéraux avec la création d’équipes de travail, de rénover nos publications en leur donnant plus de souplesse et en définissant mieux la fonction de chacune d’entre elles, de créer un bulletin international qui permette l’échange d’expériences, d’encourager une participation plus active et les relations entre les sections syndicales, mais aussi entre les fédérations sectorielles au sein de la structure globale.

AL : Qu’est-ce qui caractérise le contexte social actuel en Espagne ?

Angel Bosqued : Il est inévitable de se référer aux élections politiques générales de l’an dernier qui ont représenté pour l’Espagne un changement semblable à celui qui s’est produit dans les gouvernements autonomes de Catalogne et de Galice. Dans le premier cas le « socialisme » a pris la relève du nationalisme chrétien-démocrate ; dans le second, il a permis de chasser le Parti populaire et son responsable régional, Manuel Fraga Iribarne, ancien ministre du tourisme, puis de l’information de Franco. Dans les deux cas, ces alternances ont mis fin à vingt années de pouvoir monocolore.

Les causes du changement sont, à mon avis, claires : elles résultent d’alliances postélectorales entre le Parti socialiste et des partis nationalistes de gauche, qui, il y a encore peu de temps, se renvoyaient des injures à la figure. S’il est certain que l’alternance a beaucoup contribué à décrisper le langage politique, il reste pour autant à démontrer qu’il existe des différences fondamentales entre un gouvernement néolibéral socialiste et un pouvoir néolibéral conservateur, pour lesquels, c’est au marché et au capital de prendre les rênes des affaires de l’État.

Économiquement, l’Espagne « va bien ». Le PIB, la productivité, le revenu du capital, le nombre de chômeur(se)s… tous ces indicateurs se portent bien ou tout du moins se maintiennent à un niveau acceptable… pour la statistique et le capital.

Pour nous les inégalités se maintiennent et croissent, les femmes continuent d’être assassinées, 75 % des contrats de travail sont à durée déterminée, la moitié des familles espagnoles survivent avec des hypothèques sur 30 ans après avoir acheté un appartement ou une maison, les immigré(e)s trouvent du travail mais continuent à être relégué(e)s dans les ghettos des bas salaires…

Mais l’éternelle « majorité silencieuse » des démocrates et des hommes de bien, garde le silence et maintient les organisations et ses ONG (qui ne le sont pas toutes) dans le mutisme, car il n’est pas bien d’attaquer les socialistes et parce qu’il faut bien manger.

Tout cela nous conduit à la position contraire, celle qui émane des personnes qui restent conscientes ou prennent conscience de tout cela. Bien que, et cela est lamentable, les ripostes ne soient pas coordonnées.

AL : À l’échelle internationale, quelles sont les priorités de la CGT ?

Angel Bosqued : Pour nous il s’agit de multiplier un peu partout dans le monde l’existence d’organisations syndicales se réclamant de l’anarcho-syndicalisme et construisant ce type de réponse au système.

Concrètement, nous avons une multitude de contacts avec des organisations et des personnes issues du courant libertaire ou qui découvrent à présent qu’il y a des possibilités de se confronter au capital à partir de pratiques anti-autoritaires et qui ne se limitent pas à la sphère de l’entreprise et du social comme domaines séparés. En clair, il s’agit de renforcer les liens avec les organisations anarcho-syndicalistes ou syndicalistes révolutionnaires existantes, appuyer la formation de nouvelles organisations, converger avec les syndicats alternatifs ou de base, être plus largement dans les mouvements et réseaux sociaux,…

Le plus difficile dans tout cela, ce n’est pas de rencontrer les personnes, des collectifs et des organisations, cela se fait fréquemment et plutôt bien, mais de dépasser les éternelles querelles qui existent entre nous. En permanence nous sommes confronté(e)s à la diversité des façons de travailler qui loin de constituer un frein aux luttes permet de les faire converger.

Propos recueillis par Laurent Esquerre (AL Paris nord-est)

 
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