FNSEA : Un syndicat contre les paysans

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Paradoxe : le premier syndicat dans l’agriculture veut se débarrasser des agriculteurs ! Mais continue d’être majoritaire. Comment c’est possible ? Grâce au corporatisme comme idéologie et au clientélisme comme méthode.

Le syndicat agricole majoritaire s’est fait remarqué tout l’été par des démonstrations de force pour endiguer une crise de l’élevage devenu chronique. Plus l’agriculture s’enfonce dans l’industrialisation, plus les crises deviennent fréquentes. Malgré cela, le syndicat persiste et signe : il faut aller plus loin ! Un grand plan d’investissement de 3 milliards d’euros pour « moderniser » les exploitations agricoles, automatiser les abattoirs, regrouper les exploitations...

C’est la grande course à l’industrialisation qui sera concomitante avec un grand plan de licenciement. Le secteur salarié sera nécessairement touché (abattoirs, salariés agricoles…) mais aussi paysan car qui dit regroupement dit disparition de fermes. Alors, comment un syndicat arrive à être aussi puissant alors même qu’il annonce à ses syndiqués qu’une partie d’entre eux va devoir disparaître ?

En France, le système agricole place en son cœur la cogestion des politiques publiques entre institutions et organisations agricoles. Pendant longtemps, la FNSEA a été seule et s’est installée à tous les niveaux : chambres d’agriculture, Sécurité sociale, banques, assurances, coopératives, gestion foncière, formation agricole… Les modalités d’élections sont bien cousues pour éviter toute alternance.

Un pouvoir bien installé

Lorsqu’on commence à comprendre qu’il y a une présence de ce syndicat dans tout ce qui touche à l’agriculture, cela peut dissuader d’aller se syndiquer chez le concurrent. Lorsque pour avoir une place sur un marché qui constitue un chiffre d’affaires important pour sa ferme, il faut prendre sa carte, on la prend ! Lorsque pour acheter une parcelle de terre il faut sa carte, on la prend ! Un clientélisme bien implanté, un pouvoir bien installé !

Un cheval de Troie de la FNSEA est la cotisation volontaire obligatoire (CVO). Ce n’est pas de l’humour paysan mais bien une taxe définie par filière (céréales, bovins, lait, viticulture…) dont le but est de financer les interprofessions [1]. Cela peut représenter une manne financière de plusieurs millions d’euros suivant les filières. Par le biais de ses syndicats de filière, la FNSEA capte une partie des CVO pour se financer au détriment de tous les paysans.

Une autre force de ce syndicat réside dans sa propagande corporatiste. Le corporatisme, issu de l’idéologie pétainiste, réside dans le fait de faire croire à toute une population exerçant le même métier qu’ils ont les mêmes intérêts. Le syndicat étant tenu par des gros exploitants et des fervents défenseurs de l’industrialisation, les intérêts de ces derniers deviennent ceux de tous : agrandissement, « modernisation », export… C’est un formidable outil de contrôle social. Et la FNSEA est passée maîtresse dans l’art du double discours : elle organise la contestation de politiques qu’elle contribue à mettre en place. Son projet consiste à transformer les paysannes et paysans en industriels produisant de l’alimentation. C’est un syndicat dont le projet prévoit la disparition des paysans !

Georges Claas (paysan)

[1Ce sont des organismes qui regroupent des syndicats de filières adhérents de la FNSEA, des distributeurs et des transformateurs de l’agroalimentaire... tous les acteurs concernés. Le but est de faire la promotion de la filière, établir des accords qui vont s’appliquer à tous, etc.

 
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