Facs : Allegro ma non troppo

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La rentrée universitaire s’est faite avec, en toile de fond, un climat social tendu par l’appel intersyndical à la grève du 18 octobre. L’occasion était trop belle de s’en prendre à la réforme Pécresse. Avec une certaine fébrilité, des AG étudiantes ont été convoquées par les syndicats de lutte. Pas de mirage gauchiste pour autant : le démarrage d’un mouvement requiert un travail de conviction qui n’est pas achevé.

La présence de cortèges étudiants dans de nombreuses villes lors de la journée de mobilisation nationale du 18 octobre confirme la mobilisation naissante sur les campus contre la réforme Pécresse (lire Alternative libertaire de septembre et octobre). Outre le retrait de cette loi, l’enjeu de ce mouvement sera l’appropriation des questions universitaires par les étudiantes, étudiants et personnels, et la nécessité d’une convergence avec les autres secteurs mobilisés.

Pas de convergence incantatoire

Où en est-on fin octobre ? 500 personnes en assemblée générale à Toulouse-Le Mirail, 450 à Rennes-II, 400 à Paris-I… C’est bien plus qu’aux débuts du mouvement anti-CPE. Cette fréquentation est révélatrice de l’inquiétude quant à la dégradation des conditions d’étude. Le travail de mobilisation, orchestré seulement par les syndicats de lutte (SUD, FSE, CNT) sur la réforme Pécresse a donc porté ses premiers fruits. Pourtant la tentation a été grande lors de ces premières AG, du fait de la mobilisation extérieure (SNCF notamment), d’en appeler directement à la « convergence »… de manière parfois incantatoire dans la mesure où la mobilisation sur les universités est encore naissante et qu’il s’agit de la rendre réelle en vu d’aboutir à mouvement de grève nationale contre la réforme Pécresse.

D’autant qu’il est plus difficile de mobiliser les étudiantes et les étudiants sur les questions universitaires que sur la précarité (dont le CPE était l’illustration). Depuis 1998 il n’est pas d’année sans que tombe une loi, un rapport ou un décret modifiant le fonctionnement et les missions de l’Université et aggravant les conditions d’études et les conditions de travail des personnels.

Un travail de fond dès le début

Il y a donc un enjeu dans les AG, d’une part à expliquer en profondeur les tenants et les aboutissants de la réforme Pécresse, et d’autre part (articulé avec ce premier points) à travailler à l’appropriation de l’ensemble des problématiques universitaires et éducatives par les étudiantes et les étudiants. Un bon exemple à Toulouse-II : la mise en place d’une « commission débat » pour recenser les différents enjeux de la question universitaire et exposer ceux-ci en AG par la suite.

Ce genre d’initiative peut légitimer que la plate-forme revendicative d’un mouvement à venir ne se limite pas à l’opposition à Pécresse. Les points de débat ne manqueront pas : quelle formation professionnelle ? Quel contrôle démocratique des politiques éducatives ? Quel financement ? Les révolutionnaires ont tout intérêt à porter les débats afin de faire émerger des alternatives, des idées qui permettront de ne pas se cantonner dans la défense du statu quo. S’il n’est pas possible, à l’heure actuelle, d’avancer un contre-projet « clef en main » aux évolutions actuelles, il existe quelques pistes pour avancer : la revendication de la gratuité des études (ce qui implique, outre la suppression des frais d’inscription, l’existence d’un salaire socialisé pour les jeunes travailleurs en formation que sont les étudiantes et les étudiants), la revendication d’un véritable contrôle démocratique des politiques universitaires à travers des AG à l’échelle des UFR ou des facs, la revendication d’une non-hiérarchisation entre savoir théorique et technique…

Mais ce travail sur la question universitaire ne saurait nous faire oublier que les étudiantes et les étudiantes ne pourront isolément contrer ce gouvernement. Travailler à la convergence avec d’autres secteurs mobilisés sera une double nécessité. Tout d’abord, une nécessité stratégique puisque que le gouvernement, en attaquant plusieurs secteurs d’un coup espère une résistance dispersée. Mais nécessité également politique puisque les différentes attaques relèvent d’une même logique : la casse des services publics et des acquis sociaux, au bénéfice du Medef et des marchés.

Tristan (AL Toulouse), le 23 octobre 2007

 
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