Fascistes infiltrés : « Terriens » et vauriens contre Monsanto




Tout est bon, même le nazillon ? C’est ce que semblent penser certains militants « écologistes » pour qui la défense de la nature est au-dessus des clivages politiques. Illustration à Strasbourg, lors d’une marche contre Monsanto, pour rappeler encore une fois les dangers du confusionnisme.

Tout le monde connaît Monsanto : la firme multinationale est avant tout l’incarnation de l’oppression que subissent les peuples face à ceux qui exploitent leur travail pour s’enrichir. Elle est aussi le symbole de ceux qui, sans scrupules, accaparent les ressources de l’humanité, détruisent la biodiversité, et écrasent les résistances populaires en s’accommodant volontiers de toutes les espèces de régimes autoritaires et de méthodes douteuses.

Deux jeunes gens en mode IIIe reich

Partant de ce constat, Alternative libertaire Alsace a fait le choix de participer, le 23 mai dernier, à la déclinaison strasbourgeoise de la « marche » mondiale contre Monsanto. Organisé par un comité dit apolitique (la Confédération paysanne d’Alsace, les Faucheurs volontaires, Les Colibris 67, etc.), l’événement était toutefois ouvert aux organisations assumant – et revendiquant même ! – le côté politique de leurs actions (bien que souvent uniquement électoralistes…). Nous nous sommes donc retrou­vés à nous promener – c’est le mot – aux côtés de diverses formations politiques (PC, EELV, Nouvelle Donne, NPA).

La démonstration symptomatique de la passivité politique locale a été l’appel au grand coucher sur bitume face au Parlement européen – discipline non encore olympique mais de plus en plus répandue lors des manifestations, pardon des « marches », citoyennistes. Désormais nous ne levons plus le poing, debout face aux oppresseurs, aujourd’hui il faut nous allonger sur le sol de façon larvaire, pareils aux victimes d’un meurtre, afin de faire trembler l’autorité politique et les entreprises comme Monsanto qui ravagent notre écosystème. Après ce bref passage à l’horizontale, nous distinguons au front du cortège deux jeunes gens, habillés à la dernière mode IIIe Reich, T-shirt floqué d’un élégant dessin de rapace. Ce vêtement distingué s’accompagnait d’un slogan en carton sobrement intitulé « Natio & Écolo ». Ni une ni deux, nous les vilipendons sans ménagement et apprenons qu’ils appartiennent au Cercle Proudhon, communauté proche de Soral et de la fachosphère. Une première fois, ils quittent la manifestation sous notre pression, pérorent quelques rancunes, agitent les bras à la recherche d’une rixe. Mais brusquement, le SO (dont un fameux Gentil Virus chouardien) les réintègre ; s’ensuivent de longues minutes où ils explorent différentes manières verbales de provocation jusqu’à l’arrêt de la marche puisque nous les encerclons avec des camarades du NPA et les enjoignons à partir. La police les accompagne alors quelques mètres hors de la manifestation, riant avec eux de leur malheur.

C’est alors que l’inattendu se produit. Des manifestants écologistes s’exclament, nous traitent de « fascistes de gauche » ; une personne outrée par notre intolérance nous tance d’une sévère leçon politique en nous rappelant à nos origines : « Nous sommes tous des Terriens ! » ; un manifestant de l’Internationale clownesque nous dit : « C’est vous les fascistes, vous ne les laissez pas s’exprimer. »

Impasse toxique

Réactions inattendues et désarçonnantes, mais qui illustrent à merveille – ou plutôt à horreur – le climat de confusion régnant depuis quelques années dans les mouvements et chez certains militants se revendiquant de ­l’écologie. Or c’est bien cet apolitisme fièrement revendiqué, porté en bandoulière comme ces corniauds qui exhibent crânement leur ignorance, qui crée les conditions de cette perméabilité avec divers courants de l’extrême droite. Et ceux-ci ne manquent pas d’en profiter et de tenter leur chance. De Notre-Dame-des-Landes à l’endeuillé Zad du Testet en passant par des collectifs Alternatiba ou de lutte contre les gaz de schiste, on ne compte plus les tentatives d’infiltration de certains groupes d’extrême droite dans les luttes écologistes. L’apolitisme, ou plutôt le parapolitique ou le sous-politique (car la question écologique est éminemment politique, et c’est bien là le drame du confusionnisme), est une porte grande ouverte à la gangrène que constitue les idées d’extrême droite.

De plus en plus, il existe des « idiots utiles » qui prétendent qu’il faut parler avec tout le monde au nom des valeurs travesties de tolérance et d’ouverture, et qui tentent de créer des passerelles avec les fascistes. Tels sont par exemple les Gentils Virus, mouvement fondé par Étienne Chouard, personnage qui entretient depuis longtemps des relations ambiguës avec l’extrême droite.

Comme il l’a été fait lors du XIIe Congrès d’Alternative libertaire , il est nécessaire de rappeler que l’objectif principal de l’extrême droite demeure la conquête du pouvoir, la mise en place d’un État fort, d’un ordre réactionnaire (moral et « naturel »), le développement d’un nationalisme belliqueux et d’une étroite identité culturelle et ethnique fantasmée. Toutes ces visées sont incompatibles avec l’impératif social et écologique. Il n’existe aucune sorte de concordance possible entre les logiques d’oppression inhérentes aux courants réactionnaires et le souhait d’une société écologiste libérée et émancipée des entreprises de domination. ­L’écologisme d’extrême droite fondé sur la vision d’un ordre social hiérarchique et inégalitaire par nature ne peut mener qu’à une impasse toxique. En outre, les partis électoralistes de cette mouvance ne remettent jamais en cause, bien au contraire, le productivisme pourtant mortel pour la planète. Alors répétons-le haut et fort : leur écologie n’est pas la nôtre ! Tous Terriens certes, mais pas le même combat.

Clarté politique

Un projet de société écologique ne sera crédible et possible que s’il s’inscrit dans une approche communiste libertaire, c’est-à-dire en rupture complète avec les logiques capitalistes de domination et de destruction .

Par conséquent, le combat écologique ne peut se mener qu’en opposition aux organisations xénophobes, bras armé du capitalisme, et dans la clarté politique impliquant qu’elles soient désignés comme telles, tenues à l’écart des mobilisations unitaires et combattues systématiquement. Pour cela, nous devons au quotidien contribuer à développer une conscience politique antifasciste dans les luttes et les réseaux militants écologistes.

Marius et Julien (commission écologie)

 
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