Fédération anarchiste uruguayenne : Une pièce maîtresse de l’anarchisme sud-américain

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La Fédération anarchiste uruguayenne a traversé plus de cinquante ans de luttes, y compris sous la dictature. Son expérience politique et pratique en fait une référence pour les autres organisations communistes libertaires du sous-continent.

Avec plusieurs centaines de militantes et de militants – chiffre conséquent dans un pays de 3,5 millions d’habitants –, la Fédération anarchiste uruguayenne (FAU) est la principale organisation communiste libertaire d’Amérique latine, et son rayonnement dans le mouvement libertaire continental est loin d’être négligeable. Fondée en octobre 1956 par des syndicalistes, des étudiants, des militants des quartiers populaires et des anarchistes espagnols en exil, la FAU dut entrer dans la clandestinité dès 1957 et faire face à une sévère répression après le coup d’État de 1973. Impliquée dans la lutte armée contre la dictature au sein du mouvement des Tupamaros, la FAU maintint néanmoins une exigence libertaire en évitant la dérive avant-gardiste armée, et en postulant que c’était l’action populaire de masse qui devait renverser la dictature. La fin de la dictature en 1985 vit la relégalisation de la FAU, qui tint son septième congrès en mars 1986.

Aujourd’hui la FAU poursuit un travail à la fois politique et social, bien implanté dans les quartiers, grâce à ses ateneos, lieux où se développent des initiatives culturelles, mais aussi de lier différentes luchas barriales (luttes de quartiers) en regroupant ponctuellement des syndicats, des collectifs d’habitants ou des étudiants.
Ainsi en octobre, lors du référendum sur l’abrogation de la loi d’amnistie des anciens tortionnaires, l’important ateneo Carlos-Molina, à Montevideo, s’est clairement prononcé en faveur du oui – tout en soulignant qu’il ne s’agissait que d’une étape dans la lutte contre l’impunité. Certes, le Non l’a emporté, mais environ 58 % des Montevidéens se sont prononcés pour l’abrogation de cette ley de caducidad.

Un rôle actif dans le syndicalisme

Les communistes libertaires sont très investis au sein du PIT-CNT, la centrale syndicale hégémonique dans ce petit pays. On en trouve également impliqués dans le syndicat des éboueurs, l’UCRUS. Ils ont par exemple été actifs au moment de la grève de 2008 contre la politique de privatisation de la municipalité de Montevideo. Enfin, des étudiants liés à la FAU participent régulièrement aux coordinations de lutte, où ils jouent un rôle moteur.

La FAU joue un rôle majeur dans le développement du courant communiste libertaire en Amérique latine. Sa base théorique et pratique, c’est l’especifismo, un mode d’organisation qui correspond grosso modo à ce qu’en Occident on appelle le « plate-formisme » – dont AL, entre autres, est issue. Elle a notamment appuyé la création de la FAG (sud du Brésil) dès ses débuts. Elle est aussi à l’initiative de l’ELAOPA, une rencontre d’organisations sociales latino-américaines (lire Alternative libertaire de juin 2009). La prochaine ELAOPA se déroulera d’ailleurs en Uruguay.

La FAU, qui publie un mensuel, Solidaridad, et possède sa propre imprimerie, inspire un grand respect par son histoire et son travail de masse. Aujourd’hui plus que jamais, elle joue un peu le rôle d’une plateforme de formation où se croisent bon nombre de militants d’Amérique latine.

Ghislain (AL Marseille)

 
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