politique

Flicage : Contre une société cadenassée

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De prorogation en prorogation, l’état d’urgence s’installe dans le ­paysage avec son cortège de perquisitions arbitraires et d’assignations à résidence. Contre cette dérive autoritaire, poursuivons la mobilisation.

L’état d’urgence a été décrété le 14 novembre pour douze jours puis presque unanimement prorogé le 20 novembre pour une durée de trois mois à compter du 26 novembre. Le 16 février, après un passage au Sénat, les députés l’ont de nouveau prorogé à une écrasante majorité : sur les 246 votants, seuls 31 ont voté contre. Résultat des courses : si rien ne bouge, nous devrons encore subir au moins jusqu’au 26 mai les perquisitions abusives, les assignations arbitraires, les pressions policières et une présence militaire spectaculaire jusqu’aux portes d’écoles qui n’avaient rien demandé.

Et nous ne sommes sans doute pas au bout de nos peines car, pour justifier ce régime d’exception, le ministre de l’Intérieur a gravement déclaré au Sénat que le « péril imminent » révélé par les attentats de novembre n’avait « pas disparu » . Allant encore plus loin, Manuel Valls n’a pas hésité à dire, dans un entretien à la BBC, que l’état d’urgence pourrait être prolongé « jusqu’à ce qu’on puisse en finir avec Daech ». Et l’organisation en France du prochain Euro de football durant l’été 2016 risque de fournir le prétexte rêvé pour une nouvelle prorogation après le mois de mai. Rappelons que pendant la guerre d’Algérie, l’état d’urgence a été maintenu pendant plus de deux ans, du 23 avril 1961 au 31 mai 1963.

D’ailleurs, si Bernard Cazeneuve nous assure aujourd’hui qu’il travaille à une « sortie » de l’état d’urgence, c’est tout simplement parce que, ­d’une part, le gouvernement cherche à consolider ce régime d’exception en l’inscrivant dans la Constitution et, parce que, d’autre part, il essaie d’inscrire dans la loi le renforcement des pouvoirs de la police actuellement garanti par l’état d’urgence. En clair, on risque de passer d’un état sécuritaire provisoire à un état sécuritaire permanent. C’est tout l’enjeu du « projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé » : en contournant les juges judiciaires, en renforçant les pouvoirs des préfets, en autorisant le recours à de nouvelles techniques de surveillance, il marque un pas de plus vers une société cadenassée et obsédée par le flicage.

Bataille des idées

Heureusement, une part grandissante de la population refuse de vivre dans cette société qu’on nous impose et un grand nombre d’associations, d’organisations syndicales et politiques tente de se bouger pour refuser l’inscription de l’état d’urgence dans la Constitution et pour demander sa levée immédiate. Après la journée nationale de manifestations du 30 janvier où près de 45 000 personnes sont descendues dans la rue malgré la pluie, une nouvelle date de mobilisation est programmée pour le samedi 12 mars afin de dire « stop » à l’état d’urgence et à la déchéance de nationalité.

D’ici là, afin d’assurer le succès des manifestations, il faut continuer la bataille des idées pour convaincre autour de nous et faire tache d’huile. D’ici là, il va falloir expliquer qu’il y a eu plus de 3 300 perquisitions et autant de portes défoncées pour seulement cinq procédures pour terrorisme. D’ici là, il va falloir répéter que nous ne voulons pas d’une société où les problèmes sociaux se règlent dans les cellules de garde à vue et où la peur remplace la solidarité.

Ben (AL Paris-Nord-Est)

- image : cc carac3

 
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