Forum social à Tunis : Un outil plein de contradictions

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Le Forum social mondial de Tunis s’est tenu du 26 au 30 mars. L’occasion de revenir sur les atouts et les faiblesses de cet outil militant.

Douze ans après sa première édition, c’est à Tunis, du 26 au 30 mars, que se tenait cette année le Forum social mondial (FSM). Symbole du mouvement altermondialiste, le FSM en recèle toutes les contradictions, les forces et les faiblesses. Il ne s’agit pas d’être « pour ou contre » le FSM, mais de déterminer en quoi ce type d’initiative peut être utile aux mouvements sociaux, et donc quelle doit être notre implication en son sein et quelle utilisation en faire.

Une des faiblesses congénitales du « système Forum social mondial » est d’être animé, depuis sa création, par des personnes auto-désignées, cooptées, et dont peu entretiennent des liens avec des structures collectives. On y trouve aussi quelques responsables de syndicats et d’associations, mais le fonctionnement en cercle fermé demeure une caractéristique forte. C’est une limite de taille pour un mouvement qui veut montrer qu’ « un autre monde est possible ».

Le FSM est doté d’une charte qui illustre la diversité, parfois l’ambiguïté, de ses composantes. Le mouvement oscille entre un tiers-mondisme teinté d’humanisme chrétien et des aspirations plus radicales mettant en avant la nécessité d’une rupture révolutionnaire avec le capitalisme. Le rapport aux organisations politiques est également flou : elles n’ont pas leur place au sein des FSM... mais y apparaissent en fait publiquement à travers leurs journaux, leurs fondations, leurs organismes de formation et de recherche. Ce sujet a été un point de tension en particulier dans les Forums sociaux européens, par ailleurs en panne depuis Istanbul en 2010.

FSM, mode d’emploi

Il n’en reste pas moins que ces Forums rassemblent des dizaines de milliers de militantes et militants qui veulent « changer le monde ». Libertaires impliqué-e-s dans les syndicats, les associations et les collectifs de lutte, nous ne pouvons nous en désintéresser et nous limiter à en commenter les faiblesses. C’est, aussi, là que ça se passe si nous voulons construire un mouvement social international fort. Sans illusion ni concession sur les aspects les plus institutionnels du FSM, il est indispensable de confronter nos pratiques, de débattre de nos différences, d’apprendre des forces et faiblesses des autres.

Inutile de rêver que, là où le FSM passe, le mouvement social se renforce automatiquement. Porto Alegre, Bombay, Nairobi, Belém, Dakar... n’ont pas connu d’explosion sociale liée aux Forums sociaux. Tunis n’échappe pas à ce constat : le mouvement révolutionnaire et la résistance à la contre-révolution existent, mais le FSM n’y est pour rien.

En fait, les Forums sociaux sont surtout des lieux intéressants pour les réseaux qui vivent aussi en dehors d’eux. De nombreux mouvements utilisent ainsi ces moments, qui permettent de poursuivre le travail engagé, de le faire connaître, de le renforcer. Palestine, Rail sans frontière, syndicalisme alternatif... sont des exemples de collectifs présents à Tunis dans lesquels des militantes et militants d’Alternative libertaire agissent. C’est aussi l’occasion de contacts directs avec nos camarades libertaires sur place. Nous y reviendrons dans le prochain numéro.

Mouldi C. (AL Transcom)

 
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