Foyer de jeunes travailleurs : Guantánamo à Saint-Ouen

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Après les quartiers populaires de Paris, la gentrification arrive au pas de charge en banlieue. Les résidents du foyer Cara de Saint-Ouen résistent à l’éviction annoncée par la mairie, qui trouve que les pauvres prennent décidément beaucoup de place. Résultat : insalubrité, vétusté, des conditions de vie de plus en plus catastrophiques... Mais la résistance se met en place.

Alors que toutes les caméras du JT de 20 h sont braquées sur le trafic de drogue, conséquence de l’injustice sociale de ces cinquante dernières années, le foyer des jeunes travailleurs Cara à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) lutte pour que ses résidents vivent dans la dignité à quelques pas de la mairie. Depuis plus d’un an, leur foyer dépérit avec l’aval de l’équipe municipale UDI, plus occupée à œuvrer à l’embourgeoisement du marché aux puces.

Voulant s’inscrire dans la politique du Grand Paris, la mairie précédente Front de gauche (PCF, PG et ex-Fase) mirant sur l’arrivée de la ligne 14 du métro voulait se débarrasser de la tour du foyer Cara pour construire un hôtel pour le tourisme d’affaires et de loisir. Une aubaine pour la ville car les siège sociaux ­d’Alstom et de L’Oréal et du futur quartier des Docks voulant accueillir des habitants plus « solvables » se trouvant dans le périmètre. Mais quid des résidents ? Aucune solution de relogement n’a été proposée jusqu’à présent pour les travailleurs dont la plupart sont primo-arrivants.

La politique de la barbouzerie

Le foyer est totalement laissé à l’abandon : insalubrité, violence, pourrissement de la situation... La mairie actuelle, arrivée en 2014, n’arrange pas la situation, le maire, a démissionné de la présidence de l’association rassemblant la mairie et Saint-Ouen, Habitat public, l’office HLM, laissant la place à son délégué à la sécurité. Depuis, des vigiles se sont imposés à l’entrée du foyer filtrant les allers et venus. Les résidents avaient l’habitude d’héberger des ami-e-s dans le besoin ou leurs compagnons et compagnes, depuis ils n’ont plus accès à l’immeuble. La trentaine de résidents qui se maintiennent dans une extrême précarité vivent dans la terreur de la violence des vigiles, qui les menacent avec une arme blanche ou demandent aux femmes de leur faire la cuisine. Les machines à laver du foyer ont été sabotées, les poubelles n’ont pas été enlevées pendant une période, le ménage ne se fait quasiment plus, laissant proliférer cafards et vermines, interdiction des visites, absence d’assistants sociaux. Ils vivent dans une véritable prison, l’une des résidentes résume ironiquement la situation par ces mots : « Avant c’était l’Irak, maintenant c’est Guantánamo ! »

Le logement en question

L’exemple de Cara pose la question de la politique de logement en Île-de-France et partout sur le territoire où les expulsions vont bon train, les résidents craignent une expulsion courant juin. Les solutions d’hébergement d’urgence sont assurées par le DAL qui reste seul support au sein du foyer. La volonté des résidents de transformer Cara en lieu militant ne trouve plus écho dans certains milieux politiques, une tentative avortée d’autogestion avait été « décidée » par des groupes extérieurs mais celle-ci ne se décrète ni ne s’impose... Alternative libertaire apporte son soutien au foyer et au résidents qui s’auto-organisent en posant la question du logement, du Grand Paris, de la gentrification dont la population de Saint-Ouen, comme de la petite couronne, est une des victimes.

Z. de Marollen (AL Saint-Denis)

 
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