Front national : Dérapages sans battage

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Malgré son ravalement de façade, le Front national reste antisémite. La présence d’un Frédéric Chatillon auprès de Marine Le Pen, et certains propos de cette dernière, le montrent.

A force de « dédiabolisation », on nous faisait peu à peu admettre l’idée de deux extrêmes droites, l’une ouvertement antisémite sous l’égide de Dieudonné et Soral, l’autre, beaucoup plus « fréquentable », avec Marine le Pen et son FN « dédiabolisé », dont les juifs n’ont rien à craindre et où ils seraient même accueillis à bras ouverts. On peut même dire que certaines personnalités juives au sein du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) notamment, ont pu croire à une certaine différence entre la fille et le père, qui reste quand même encore président d’honneur du FN. On avait oublié les grands fondateurs du FN en 1972, au côté de Jean-Marie Le Pen, anciens membres principalement du Parti populaire français de Jacques Doriot, nazis les plus virulents, des « ultras » de la collaboration, auxiliaires de la Gestapo comme Victor Barthélémy, numéro 2 du PPF, fier d’avoir été l’homme de confiance de l’état-major des SS.

On avait oublié Paul Malagutti, agent de la Gestapo de Cannes et André Dufraisse, engagé volontaire dans la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) créée par les nazis pour les sympathisants français des nazis désireux de combattre l’Union soviétique, et bien d’autres nostalgiques de Vichy et de l’occupation nazie. On avait aussi oublié le fameux « détail » de Jean-Marie Le Pen à propos de la Shoah.

Soirées « pyjamas rayés »

Mais le passé vient de remonter à la surface avec Fréderic Chatillon, proche conseiller de Marine Le Pen, qui poursuit en justice Fréderic Haziza, petit fils de déporté juif à propos de son livre Vol au-dessus d’un nid de fachos. Comme l’explique Le Canard enchaîné du 5 février 2014, le 3 février au tribunal de grande instance de Paris, un témoin a relaté les frasques néonazies de ce personnage qui organisait des soirées « pyjamas rayés » pour se moquer des déportés Roms et juifs de la Shoah, et qui fêtait l’anniversaire d’Hitler en embrassant son portrait.

Marine Le Pen ne se laisse probablement pas aller à ce genre d’extrémités, mais on peut quand même se poser de sérieuses questions à propos d’une interview qu’elle a donné lors de la dernière course à la présidentielle, interview qui n’a d’ailleurs pas bénéficié d’un grand battage médiatique ! Le lundi 2 avril 2012, elle est interviewée sur la chaîne Public Sénat, à propos de son inimitié envers la journaliste Anne-Sophie Lapix, épouse d’un dirigeant de l’agence Publicis. A cette occasion, Marine Le Pen a déclaré : « Je suis contre tout ce système qui mange ensemble, qui a été élevé ensemble, qui met ses enfants dans les mêmes écoles, et qui a squatté le pouvoir dans notre pays en l’arrachant au peuple français. »

L’agence Publicis a été fondée par Marcel Bleustein, de notoriété publique, elle est dirigée par Maurice Lévy, et le mari d’Anne-Sophie Lapix, directeur de la section « France » s’appelle Arthur Sadoun, nom à consonance juive. Même si le mot « juif » n’est pas prononcé, il est quand même assez difficile de ne pas voir dans cette réponse, une certaine ressemblance avec le discours de la vieille extrême droite, marqué en permanence de l’empreinte de l’antisémitisme depuis l’affaire Dreyfus jusqu’aux dérapages du papa de madame Le Pen, en passant par l’occupation nazie et les lois antijuives et anti-Roms du gouvernement collabo de Vichy.

Armand (AL Paris Sud)

 
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