samedi, 1er novembre 2014
 
 

Fusion ANPE-Unedic : Le Medef attend qu’on lui passe le volant

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Demain, sur le « marché du travail », les chômeurs et les chômeuses auront encore moins le choix ! La fusion ANPE-Unedic, prévue par Fillon pour janvier 2008, va accentuer le contrôle du Medef sur le placement des chercheuses et des chercheurs d’emploi. Une réforme qui concerne, au final, l’ensemble du monde du travail.

Cela faisait plusieurs années que le Medef appelait de ses vœux une fusion de l’ANPE et de l’Unedic pour « améliorer le fonctionnement du marché du travail », comme le disait Laurence Parisot lors d’un point presse le 13 novembre où elle se réjouissait des progrès sur ce dossier. Quel est l’intérêt d’une telle fusion ?

L’ANPE est un service public, dont la fonction est de répertorier puis de mettre en relation les offres et les demandeuses et demandeurs d’emplois. L’Unedic est elle un organisme paritaire, qui gère l’assurance-chômage. Chapeautant nationalement les Assedic (régionaux), l’Unedic récolte les cotisations sociales et patronales, et verse les indemnités de chômage aux travailleuses et travailleurs privés d’emploi. En tant qu’organisme paritaire, l’Unedic est cogérée par les « partenaires sociaux » : syndicats patronaux et de salarié-e-s. Dans les faits, c’est une alliance Medef-CFDT qui dirige l’Unedic depuis 1992.

Vous l’aurez compris, la « fusion » risque en fait d’être une absorption de l’ANPE par l’Unedic qui va permettre au patronat de contrôler le placement des demandeuses et demandeurs d’emploi. Ceux-ci n’auront plus à faire qu’à un seul interlocuteur qui, à la fois juge et partie, tiendra dans une main la carotte des indemnités-chômage et dans l’autre le bâton de la radiation.

Le but ? Orienter les chômeuses et les chômeurs vers les secteurs « sous tension », en clair : le bâtiment et l’hôtellerie-restauration. Ces secteurs pénibles et mal payés ont notoirement du mal à recruter. Pour résoudre ce problème, il n’y a que trois possibilités : a) améliorer les conditions de travail et augmenter les salaires ; b) faire bosser des travailleurs migrants, plus malléables ; c) obliger les chômeurs à s’embaucher dans ces secteurs.

C’est cette troisième recette que la fusion ANPE-Unedic va servir. Le 13 novembre, Laurence Parisot a réclamé des précisions sur « la question de la sanction » car « il est établi que la nouvelle institution va avoir un rôle sur la sanction ». Obliger les gens à accepter des emplois précaires et mal payés au lieu de revaloriser ces emplois, c’est un nouveau levier pour faire pression à la baisse des salaires et des conditions de travail. C’est donc tout le monde du travail qui subira la pression accrue d’une « armée de réserve » encore plus soumise au patronat.

Et pour ceux qui seraient tentés de penser qu’un meilleur suivi des chômeurs permettra de « faire baisser le taux de chômage », il faut rappeler cette vérité : le chômage est structurel. C’est donc une composante nécessaire du capitalisme au même titre que le marché. Il ne baissera pas sans une réduction massive du temps de travail et une nouvelle répartition des emplois disponibles. Pour le moment, la seule « baisse du chômage » est due à la radiation des chômeurs des listes de l’ANPE…

Matthias Piquet (AL Orléans)


« CERTAINS SONT PERSUADÉS QU’ILS VONT GAGNER PLUS ! »

Daniel Mémain est porte-parole du syndicat SUD-ANPE. Il a répondu aux questions d’Alternative libertaire.

Quelles conséquences de la fusion pour les salariés de l’Unedic et de l’ANPE ?

Daniel Mémain : Aujourd’hui l’ANPE comprend 30.000 salariés et l’Unedic 14 000. Le directeur général de l’ANPE a déjà annoncé la « fusion » des lignes managériales, pour supprimant les doublons. Idem pour les services administratifs ou les fonctions « support » : ressources humaines, communication, comptabilité, plates-formes téléphoniques... Il y aura obligatoirement des réductions d’effectifs.

Il est évident qu’à terme les agentes et les agents perdront leur statut public dans la création de l’institution résultant de la fusion, et avec la négociation d’une convention collective spécifique. Le projet de loi actuel n’ose pas préciser quel sera le statut de l’institution, le statut des agents, le statut du service rendu. Beaucoup d’interrogations, donc, pour un projet censé être discuté au parlement dès le 8 janvier ! Tellement qu’on doit se demander ce que cela cache...

Sous couvert de « simplification », ça va être privatisation, liquidation du service public au profit de boutiques privées et flicage accru des demandeuses et demandeurs d’emploi, comme en Grande-Bretagne où l’on vient d’instaurer le détecteur de mensonges pour les chômeurs dans les Job Centers.

Quelles sont les perspectives de lutte à l’ANPE et à l’Unedic ?

Daniel Mémain : Le front syndical à l’ANPE est divisé. Le SNU-FSU (premier syndicat), FO, la CGT et SUD, qui représentent les deux tiers des agentes et des agents, appellent à la grève le 18 décembre. De l’autre côté, CFDT, CFTC, CGC et Unsa refusent de se battre voire approuvent la fusion. Certains négocient déjà les postes des « partenaires sociaux » dans la future institution. Mais qui d’autre que le Medef en sortirait gagnant ? Peut-être les cinq centrales syndicales « représentatives » (CGT, CFDT, FO, CGC et CFTC) siégeant à l’Unedic et qui ont donné leur accord sur les principes du projet de loi. La CNT est bien sûr contre la fusion mais, extrêmement minoritaire à l’ANPE, elle joue sa partition seule.

Le 27 novembre, 32 % des agents ANPE et 75 % des salariés de l’Unedic ont fait grève, les premiers contre la fusion, les seconds contre la dénonciation de leur convention collective et contre le transfert à l’Urssaf du recouvrement des cotisations.

Mais le choix d’une lutte à coup de journées isolées que nos camarades appellent « sauts de puce » (18/10, 27/11, 18/12 etc.), au lieu de s’inscrire dans une stratégie de grève reconductible – que SUD défendait – est extrêmement démobilisateur.

À l’ANPE, une part significative des collègues sont persuadés qu’avec la fusion ils vont gagner plus (en travaillant plus ?) et lorgnent vers la convention collective Unedic qu’ils idéalisent. Mais une majorité reste attachée au service public et au statut d’agent public qui permet malgré tout une certaine forme de protection et d’indépendance dans le travail.

Une convergence des luttes avec les organisations de chômeurs est-elle envisageable ?

Daniel Mémain : Elles soutiennent notre plate-forme revendicative et nos actions, et nous avons soutenu et relayé dans nos réseaux l’appel à la manif du 8 décembre contre le chômage et la précarité. Mais il s’agit surtout de prises de position, et les actions engagées sont le fait des militantes et des militants. Il en va de même avec les collègues de l’Unedic. Les syndicats de l’ANPE et de l’Unedic ont des stratégies très divergentes – y compris ceux qui sont implantés dans les deux institutions – alors que la convergence aurait été un facteur de mobilisation évident.

Propos recueillis par M. Piquet le 12-12-07