G20 de Toronto : Entre le spectacle et le réel toujours à renverser

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Depuis dix ans que la contestation aux diverses grand-messes capitalistes se fait entendre, les gardiens de l’ordre mondial – police, médias, et politiques – ont appris à canaliser et stériliser la protestation. Un camarade de l’Union communiste libertaire de Montréal fait le bilan du dernier G20 et propose des tactiques pour renouer avec l’efficacité.

On pourrait raconter dans le menu détail les événements entourant le G20 de Toronto, mais ce récit serait très peu original. Depuis 10 ans, la chanson est toujours la même… Avant les manifestations, tout est mis en place pour que le spectacle ait lieu en bon ordre. La police met en branle une méthodique campagne d’intimidation, efficacement relayée par les flics de papier (appelés « journalistes ») et par les réformistes au sein du mouvement (syndicalistes…) qui n’hésitent pas à condamner, parfois « préventivement » les actes de violence ...

La répression au cœur du spectacle

Une fois le décor planté, le spectacle peut débuter. Les réformistes, bien tenus en laisse, paradent en suivant les directives policières à la lettre (l’exercice leur étant naturel et habituel, tout se passe généralement sans heurts). Les radicaux, plus rebelles, perturbent un tantinet le train-train quotidien des flics et des banquiers et dépouillent, avec un peu de chance, quelques commerces (à Toronto, une cinquantaine de vitrines ont volé en éclat, quatre voitures policières ont été incendiées…). La répression, bien entendu, est elle aussi au rendez-vous… elle est même le plus souvent au cœur de ce spectacle ; on compte les arrestations comme les comédiens comptent les applaudissements.

La représentation terminée, le rideau descend et chacun rentre à la maison. Les gros bonnets ont atteint leur objectif médiatique : justifier leur politique économique aux yeux de la très utile opinion publique. Les flics ont l’âme pleine du sentiment du devoir accompli (et un peu d’agressivité animale en moins) et les militants sont soit chargés à bloc ou traumatisés à fond. La société marchande, quant à elle, s’en sort sans égratignure.

Changer de tactique ?

Il n’y aurait donc rien à dire de ces manifestations portées à bout de bras par des militants qui s’y investissent corps et âme ? Si, quand même. Lorsqu’une institution de la haute bourgeoisie vient pavaner son gros derrière dans notre arrière-cour, on ne peut quand même pas rester coi. L’inertie, même imposée, est bien réelle. En ce sens précis, les « altermondialistes », pour autant que le terme recouvre quelque chose de concret, ont raison : il faut réagir. La vraie question est donc plutôt comment… Comment ne pas participer à cette gigantesque et spectaculaire mise en scène qu’orchestrent État, médias et classe bourgeoise ? Comment ne pas jouer, exactement comme ce fut malheureusement le cas à Toronto, le rôle qu’on attend de nous ? Une réponse possible : ne pas se rendre au rendez-vous ; se pointer ailleurs qu’à l’endroit justement prévu pour nous accueillir ; multiplier les manifestations locales et mettre plus d’énergie dans l’éducation populaire que dans la grande mobilisation médiatisée. La remarque vaut également pour l’action directe : pourquoi la mener dans le secteur de la ville où se trouvent mobilisées 99 % des forces de l’ordre ? Si certains anarchistes ont compris ces considérations tactiques, force est d’admettre que le mouvement a encore beaucoup de chemin à faire en ce sens. Ces questions deviennent d’autant plus urgentes que les témoignages prouvant que les flics de Toronto ont laissé faire les casseurs sans réagir affluent, de plus en plus nombreux [1].

Une deuxième leçon peut être tirée de cet épisode. Car la répression fut à ce point systématique et brutale que sa signification est lumineuse. Dès le deuxième jour des manifestations, il était impossible pour des francophones de marcher dans la ville sans être appréhendé par les flics. Des gens qui dînaient dans le parc réservé aux manifestations pacifistes ont été battus. Lançant des arrestations de masse en pleine nuit dans les dortoirs des manifestants, la police a espionné, infiltré, frappé, menacé, menti et terrorisé comme jamais depuis des décennies au Canada. Au total, on compte plus de 1000 arrestations.

Le message est clair : les bourgeois sont en avance sur nous. Ils ont compris que les peuples du monde ne resteront pas de glace face à leur « lutte contre le déficit » et autres mesures pour « colmater la crise » qui cache de plus en plus maladroitement les problèmes structurels du capitalisme. Les riches appréhendent cette colère qui, à la condition de se défaire de réactions trop souvent spasmodiques, peut devenir une menace réelle pour la reproduction de la société marchande.

Marc-André Cyr (Union communiste libertaire, collectif de Montréal)

[1À ce sujet : Joe Warmington, Toronto Sun, 30 Juin 2010

 
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