Gisement d’Elgin de Total : une tragique fuite en avant

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Total a été confrontée, mi-mars, à une fuite de gaz sur une de ses plateformes en mer du Nord. Campagne présidentielle oblige, les médias ont laissé filer mais des hydrocarbures continuent de s’échapper, menaçant l’écosystème marin. Il y a toujours de l’eau dans le gaz, et réciproquement.

Dans un monde où les grands profits importent plus que notre belle planète, les géants du pétrole se livrent depuis des décennies une bataille sur le terrain de l’extraction de l’or noir. Là où le solaire et l’éolien pourraient nous fournir une énergie propre, durable et inoffensive, « Big Moustache » (alias Christophe de Margerie, directeur général de Total) et ses confrères préfèrent pousser le bouchon du risque aussi loin que possible et installer plateformes et puits de forage toujours plus profondément. Cette quête du profit nous a valu il y a deux mois un drame écologique et sanitaire passé totalement inaperçu, face à la surmédiatisation des élections présidentielles. Total annonce le 25 mars 2012, une fuite survenue sur le gisement d’Elgin, en mer du Nord britannique. Un puits, fermé depuis environ un an, situé à 5 km sous le plateau océanique, est en effet en train de rejeter plusieurs centaines de mètres cube de gaz par heure, du méthane combiné à du sulfure d’hydrogène ainsi que des condensats liquide qui forment une nappe d’hydrocarbure en pleine mer.

[*23 tonnes de gaz fuitées*]

Malgré le contrôle monopolistique de Total sur l’information, la nervosité est facile à percevoir alors que la situation semble lui échapper. Le 27 mars, la nappe ferait 90 km2 et 23 tonnes de gaz auraient déjà fuitées. Panique à bord. Tous les ouvriers de la plate-forme sont évacués. On redoute alors une explosion : la torchère de la plate-forme brûle toujours et le risque que le méthane entre en contact avec la flamme est réel. Mais les premiers jours de météo sont favorables, le vent éloigne les émanations de gaz vers le large – bonne fortune des cieux... La torchère s’éteint finalement d’elle même le 30 mars. S’ensuit alors un véritable capharnaüm où la communication de crise de Total se dilue dans un discours d’experts, duquel ressort un florilège de solutions miracles pour boucher une fuite dont on ignore presque tout, à 5 000 m sous les flots. Du bricolage, oui... Presque deux mois après cet épisode, du méthane continue de s’échapper du puits, la nappe de condensats s’accroît et risque bien de finir par souiller nos côtes. Total a entretemps initié la construction de deux puits de secours pour capter les rejets mais les travaux devraient prendre encore entre quatre et six mois.

[*L’Arctique, nouvel eldorado des pétroliers*]

Au final, ce ne sont pas loin de 400 millions d’euros de pertes auxquelles le groupe doit faire face après cet accident. Somme qu’il pourra largement débourser, en prélevant marginalement sur les superprofits d’exploitation de la firme. Mais quelles conséquences pour l’écosystème marin, et en matière de dérèglements climatiques ? Aujourd’hui, l’Arctique est en passe de devenir le nouvel eldorado des pétroliers. L’affrontement concurrentiel a déjà commencé et les permis de recherche ont été accordés sans aucune prise en considération du risque écologique. Mais la lutte en France demeure bien organisée. Les mobilisations contre l’octroi de permis de recherche sur les gaz de schistes ont obligé l’État à battre en retraite, et un permis d’exploration de pétrole offshore en Méditerranée a été retiré aux sociétés Melrose et Noble Energy, le 11 avril dernier. Ce n’est peut être qu’une goutte d’eau pure dans un océan maculé, mais symbolique et engageante. Nous ne laisserons pas les pétroliers achever de ravager nos mers.

Antoine Concil (militant écologiste)

 
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