Glyphosate, poison économique

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Le désherbant le plus répandu vient de voir son autorisation de commercialisation renouvelée pour cinq ans par l’Union Européenne. Bien que son pouvoir cancérigène soit fortement suspecté, il permet le maintien de coûts bas dans l’agriculture industrielle. Cela explique le manque de volonté politique à en sortir. Une révolution agricole reste à faire.

Le désherbage est une des questions de base des producteurs agricoles. Il prend du temps et ne produit rien. Dans ce domaine, le glyphosate, comme d’autres substances chimiques, a été une solution industrielle d’après-guerre pour gagner du temps de main-d’œuvre, donc réduire les coûts. Cette froide optimisation de la production de valeur a eu pour conséquence de détruire des écosystèmes, de polluer les sols et d’empoisonner les humains. Tout cela a déjà été raconté [1] et malgré les reports d’interdiction successifs en Europe annoncée depuis longtemps, cette substance vient de se voir autoriser pour cinq ans de plus après un vote rocambolesque de l’Allemagne. A terme, nul doute que le glyphosate devrait être interdit. Mais pas la logique qui la tient.

Dans la logique industrielle, remplacer le glyphosate par une autre substance ne dérangerait pas grand monde, le but étant de garder des coûts bas (à condition que les États subventionnent) pour rester compétitifs sur le marché mondial. Il est parfaitement admis qu’un herbicide puisse être d’origine végétale à condition que celui-ci permette la sauvegarde de la compétitivité. Et donc que cette agriculture de demain soit «  bio  », tout en gardant comme règle la suppression de certaines espèces vivantes afin de favoriser la production de valeur et de biens de consommation.

L’inertie profite aux industriels

Les constants changements d’orientation des instances européennes est l’expression des intérêts divergents des différents pays sur ces questions. Les exploitants des grandes cultures de Pologne ou de Roumanie (sur des milliers d’hectares) veulent faire perdurer les désherbants (dont le glyphosate), tandis que les pays dont la production est négligeable au niveau mondial veulent arrêter. Et la France, fer de lance de ces produits pendant des décennies, joue l’inertie, en sachant pertinemment qu’elle profite aux industriels.

On réautorise, puis on rediscute dans trois ans… Telle est la ligne de Nicolas Hulot. Mais de quoi discute-t-on  ? Du maintien d’une agriculture de destruction en version «  responsable  »  ? D’un label bio qui accepte toujours plus de substances dans ses processus d’homologation  ? Ou d’une révolution  ?

Bien sûr, pour ces gens-là, il ne s’agit pas de révolution  ! Celle-ci se passe ailleurs, chez ceux et celles qui refusent de rentrer dans le système et qui souhaitent produire sainement et de manière accessible au plus grand nombre... De nombreuses questions sont posées parmi ces groupes pour porter une alternative, comme celle de la légitimité du bio comme label régi par l’État [2], du désherbage thermique, ou du rôle de «  consom’acteur  »...

Mais le glyphosate pose deux questions plus spécifiques  : celle de l’emprise des désherbants dans l’économie mondialisée, et celle du produit dont ils sont originaires  : les gaz de combat. Un fil de réponse de tradition libertaire pour construire nos réflexions est celle de l’entraide qui est le phénomène de prolifération de la vie, et non la compétition.

Reinette noyée (AL Aveyron)

 
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