Grands projets inutiles : LGV : ne cédons pas le passage

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Depuis 3 ans, dans le Lot-et-Garonne la mobilisation anti-LGV reste dynamique. Samedi 23 mars s’est déroulée à Nérac (7 000 habitants) une manifestation contre la nouvelle Ligne à grande vitesse rassemblant près de 2 000 personnes.

Le tracé de cette ligne à grande vitesse (LGV) passe au cœur des coteaux de Gascogne : collines arasées, plus de 1 000 ha de forêts et de terres agricoles détruits. Une des spécificités de cette mobilisation est l’éventail des participants : des chasseurs aux écologistes en passant par les vignerons de l’appellation Buzet ; des petits propriétaires et entrepreneurs aux syndicalistes cheminots CGT et Solidaire… Ne manquent à l’appel que les partis politiques de droite et du PS, partisans des Grands Projets Inutiles.

Une lutte de « terroir ».

Dès le début de la mobilisation, l’association anti-LGV a dénoncé le saccage de forêts, d’espaces naturels et la destructions de terres agricoles et de vignobles. Elle a axé son argumentaire sur le coûts prohibitifs de près de 10 milliards d’euros qui vont se traduire par une montée des impôts locaux et qui détourneront les ressources financières de l’entretien du train du quotidien [moins de 10 % des voyageurs pendulaires utilisent le TGV]. Qui plus est pour le Lot-et-Garonne, une liaison à 330 km/h entre Bordeaux et Toulouse impliquera une baisse des dessertes des gares « intermédiaires » (Agen, Montauban). Enfin le financement par un « partenariat-public-privé » (PPP) où la majorité du financement et des risques sont publics tandis que les profits générés par l’exploitation sont privés, a convaincu les syndicalistes CGT de s’opposer au projet.

L’ensemble de ces approches est le ferment de cette « convergence » inhabituelle de forces politiques et sociales. Trois ans après, les lignes internes à ce rassemblement hétéroclite semblent bouger. Au delà des réunions publiques d’information et des manifestations de rue régulières, une étude alternative comparant le projet de Réseau Ferré de France et une modernisation de la ligne actuelle Bordeaux-Toulouse a été réalisée. Certes, cette modernisation ne permettrait pas de faire circuler les TGV à 330 km/h, seulement à 250 km/h. Mais cette alternative coûterait cinq fois moins cher, ne « nécessiterait » pas de « PPP » et ne se traduirait que par une augmentation d’une quinzaine de minutes du temps de transport entre Bordeaux et Toulouse, comparé à la nouvelle LGV.

Aujourd’hui la Coordination 47 anti-LGV se coordonne avec l’ensemble des luttes environnementales du département, et en particulier avec le Collectif contre l’aéroport de Notre -Dame-des-Landes. Et les discours remettant en cause les fondements capitalistes de ce projet passent bien plus qu’il y a trois ans.

Projet contre la population locale

Car, bien évidemment la quinzaine de minutes gagnées entre Toulouse et Bordeaux ne convainc pas les lot-et-garonnais qui comprennent qu’il devront payer pour offrir aux multinationales du BTP un grand chantier, générateur de profits gigantesques. Et au travers du PPP de garantir ces profits sur une longue période.

Quant à la question de l’aménagement du territoire, la nouvelle LGV n’a de sens qu’en tant que maillon d’une liaison Grand Sud visant à relier les grandes métropoles européennes et qui continuera à aspirer la quasi-totalité du développement économique au profit de ces dernières et au détriment des zones rurales et des villes moyennes. Cette mobilisation est aussi un refus d’un enclavement accru, d’une accélération de la désertification rurale et des difficultés économiques du département. Une victoire contre la LGV Bordeaux-Toulouse est possible. Mais cela nécessitera d’élargir encore la mobilisation et, au delà de la protection de la nature et de la défense des intérêts particuliers bousculés par le projet, de mettre à nu publiquement les enjeux capitalistes de ce projet.

Jacques Dubart (AL Agen)

 
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