Politique

Grenoble : gilets jaunes et quartiers populaires, la preuve par Mistral

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Le quartier Mistral, à Grenoble, a connu plusieurs jours d’émeutes après la mort d’Adam et Fatih, poursuivis par la police. Le mouvement des gilets jaunes s’est montré solidaire, et l’expérience de la violence policière n’y est pas pour rien ! Quand on s’est fait éborgner parce qu’on manifeste, on digère moins facilement le discours « gentils policiers vs racailles émeutières ».

Le drame de Mistral révèle une des grandes peurs du pouvoir : que le mouvement des gilets jaunes soit aussi un mouvement des quartiers populaires L’acte XVII, à Grenoble devait mettre la pression sur les symboles du pouvoir économique : Caterpillar, Alstom et le siège du Medef. Un déploiement de police inouï a empêché le suivi du parcours, mais ce changement de programme aura finalement permis de faire franchir un nouveau pas au mouvement.

Après que nombre de gilets jaunes de la « Cuvette » aient appelé et participé à la marche blanche du 6 mars en mémoire d’Adam et Fatih, la question s’est posée de se rendre sur le quartier pour apporter un soutien symbolique. Bonne surprise, la majorité des oppositions n’ont pas porté pas sur une supposée division entre gilets jaunes et quartiers populaires, mais étaient plutôt liées à la crainte de ne pas respecter le deuil des familles, de passer pour des opportunistes ou d’amener la police dans le sillage du cortège. L’invitation téléphonique par des « grands frères » aura finalement fait basculer la majorité.

Le 6 mars, la population du quartier défilait contre l’insécurité policière.

Des gilets jaunes à Mistral

La manif des gilest jaunes en direction de Mistral a eu lieu le 9 mars, et l’accueil a été chaleureux. La procession de GJ a été applaudie par les passant·es, on a chanté en chœur dans la rue et aux fenêtres des immeubles, un patron de supérette a crié à des jeunes de remplir des caddies de chips et de bouteilles d’eau pour les partager avec les manifestant·es. Tandis que des mamies en manteau de fourrure entamaient une conversation avec quelques cagoulés, des énervé·es attendaient que le groupe s’éloigne pour casser quelques abribus et enflammer une poubelle, sans que personne en gilet fluo ne les en empêche – « On a chacun nos façons d’exprimer notre colère. » Une partie des jeunes a proposé de se rejoindre par la suite dans le centre-ville.

Quelques heures plus tard, alors que la manif avait regagné le centre, la nouvelle tombait que la police avait encerclé le quartier et entamé une répression violente, empêchant la jonction. Nouveaux débats, car ce n’était pas prévu au programme, mais l’équipe de street-médics et la majeure partie du cortège a décidé de partir en manif sauvage et de retraverser la ville pour apporter son soutien. Le cortège, après avoir diminué puis regrossi, a atteint une des grandes avenues, et une répression sauvage l’a dispersé. S’est ensuivi une véritable chasse à l’homme avec arrestations et intimidations. Ce déploiement de violence n’a pas empêché une partie des GJ, sans gilets et en petits groupes, de se rendre sur Mistral et d’y passer la soirée.

Les violences policières unissent tout le monde

L’événement casse définitivement l’idée que le mouvement des gilets jaunes serait décalé par rapport aux quartiers populaires. Des habitant·es de quartier populaire et des personnes racisées ont participé dès le début au mouvement. Les occupations et une quinzaine de journées massives de mobilisation auront fait se rencontrer deux fractions des classes populaires qui avaient été divisées depuis des décennies par le jeu médiatique, l’urbanisme, l’économie. La répression intense du mouvement a permis à celles et ceux qui ne l’avaient jamais subie de découvrir en quelques jours le vrai visage de la police.

Le 9 mars, les gilets jaunes venus manifester se faisaient fouiller par la police.
cc place Grenet

Ce glissement est sans doute celui qui a le plus permis aux gilets jaunes de changer de point de vue sur les violences policières et les émeutes qui y répondent. Quand on s’est fait éborgner parce qu’on manifeste, il devient plus dur d’accepter le discours « gentils policiers vs racailles émeutières ». Ce samedi 9 mars l’aura acté : les classes populaires, urbaines ou non, racisées ou non, peuvent s’unir.

Tudy (AL Grenoble)

 
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