dossier du n° de mai

Grenoble : journal Le Postillon « Il y a beaucoup à dénoncer sur la mairie actuelle »

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Nous avons interrogé un membre de l’équipe du journal grenoblois Le Postillon, bimestriel local critique.

Alternative libertaire : Peux-tu présenter Le Postillon à nos lecteurs et lectrices ?

Vincent (Le Postillon) : C’est un journal local indépendant, traitant essentiellement de sujets concernant Grenoble et sa cuvette, et qui n’est lié à aucun parti, organisation ou syndicat. Il est réalisé par une association dont le seul but est de réaliser le journal. On existe depuis 2009. On est parti de peu de choses, au début on avait une diffusion très modeste : quelques centaines d’exemplaires, puis petit à petit, on a augmenté. Maintenant, on vend environ 3 500 exemplaires par numéro.

À l’origine, Le Postillon existait au XIXe siècle ?

Vincent (Le Postillon) : En fait, on a repris ce nom quand on en cherchait un en 2009. Je suis tombé sur un bouquin sur la presse grenobloise de 1700 à 1900. Dans cet ouvrage, était évoqué Le Postillon de ­l’Isère, qui a paru pendant un an seulement. On a consulté les archives et effectivement c’était assez drôle et bien écrit. C’était pas forcément de la critique sociale et politique, c’était plutôt des moqueries envers les politiciens. C’était pas militant, plutôt espiègle.

Combien êtes-vous dans l’équipe ?

Vincent (Le Postillon) : Une quinzaine de personnes participent régulièrement au Postillon : en faisant des dessins, en filant des informations, en écrivant des articles, ou en aidant à corriger ou à distribuer.

Avec ce journal, vous avez donc décidé de faire de la critique sociale et politique sur Grenoble ?

Vincent (Le Postillon) : Notre journal, c’est une perpétuelle recherche. Dans l’idéal, on aimerait que ce soit un mélange entre du satirique, de la critique sociale, de l’analyse politique, et puis des choses plus de l’ordre du reportage ou de l’interview sur des choses dont on entend peu parler, pas forcément politiques. On n’est pas spécialisé dans un domaine ou une façon de traiter le sujet, on essaye de varier. Des numéros vont être plus poussés vers l’analyse politique, et d’autres moins, qui seront plus axés sur des reportages sociaux.

Est-ce que tu peux nous donner l’avis que vous avez sur l’équipe municipale en place, dite « rouge-verte » ? Est-elle différente des équipes municipales précédentes ?

Vincent (Le Postillon) : On fait le même type de travail, qu’importe la couleur de la mairie. Il y avait beaucoup de choses à dire sur la mairie précédente, PS, mais il y a aussi beaucoup de choses à dénoncer sur le fonctionnement de la mairie actuelle rouge-verte. Les élus actuels sont très susceptibles : pour eux, soit on est totalement pour eux, soit quand on ne les soutient pas ça veut dire qu’on est les idiots utiles de l’opposition de droite, ou du PS. Pour eux, les critiquer, c’est faire le jeu de l’adversaire politique, comme s’ils pouvaient représenter la seule alternative à « l’alternance unique » UMP-PS. Faut dire que plein de médias, notamment nationaux, comme Reporterre tout récemment ou Politis, leur lèchent bien les bottes et multiplient les reportages élogieux car Grenoble est censé représenter l’avenir de la gauche de gauche au niveau national.

En tant que journal indépendant, comment vous financez-vous ?

Vincent (Le Postillon) : Jusqu’à cet automne, on ne se finançait que par les ventes, mais depuis on a deux contrats aidés. On a une cagnotte pour pouvoir faire face en cas de problèmes, notamment judiciaires, comme c’est en train d’arriver : le président de la métropole vient de porter plainte contre nous pour injures et diffamation. Mais tout ce qui est impression, location d’un local, matériel, faux frais, tout ça est financé par les ventes.

De quelle manière obtenez-vous les infos sensibles, sur les élus à la municipalité, par exemple ?

Vincent (Le Postillon) : C’est différent à chaque fois. Souvent, on obtient des infos par des gens qui viennent d’eux-mêmes balancer quelque chose. Il y en a qu’on connaît, qu’on croise souvent, et des fois ce sont des lettres anonymes. Puis parfois on cherche des choses parce qu’on est attentif à telle ou telle chose, suite à la lecture d’un communiqué ou de mails : on va interroger des gens qui peuvent en savoir plus, et qui acceptent de nous parler, anonymement ou pas. Certains de nos articles ou brèves, c’est juste du recoupement d’infos, ou de l’analyse d’éléments disparates suite à des déclarations antérieures.

Eric Piolle, maire rouge-vert grenoblois, en numéro de communicant équilibriste.
cc Le Postillon

Y a-t-il un sujet particulier qui paraîtra dans le prochain « Postillon » que tu aurais envie d’évoquer ?

Vincent (Le Postillon) : Dans le prochain numéro, on va pas mal parler du compteur Linky [le compteur « intelligent » d’EDF – ndlr], parce que ça brasse là-dessus dans toute la métropole, dans toutes les communes où ils ont commencé à l’installer et un peu ailleurs. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a plein de gens qui s’intéressent voire s’engagent contre le Linky sans avoir le profil militant classique. Et il y a le positionnement des élus qui est contradictoire : ils voient qu’il y a un début de mouvement, donc ils font semblant de prendre en compte les inquiétudes de leurs administrés. Mais en même temps ils sont bien embêtés, car le Linky ils sont pour, car c’est la fameuse « transition énergétique ».

Selon la version officielle, ce compteur est donc fait pour sauver la planète, alors que Linky est un bon exemple de ce qui est fait pour développer des technologies potentiellement liberticides et dangereuses pour la santé, tout en enrichissant des industriels.

À Grenoble, il y a plusieurs industriels mouillés dans le Linky. Par exemple, le logiciel a été fait par la boîte grenobloise Atos. Une entreprise qui va produire des compteurs Linky vient aussi de s’installer, même si pour l’instant il y a beaucoup moins d’emplois qu’annoncés. Donc le laboratoire grenoblois est à fond soit sur le compteur Linky, soit sur les compteurs intelligents en général. Puis le sujet derrière tout ça, c’est tout ce qui est SmartGrids (réseaux et ville intelligente), plein de gens à Grenoble bossent là-dessus.

Dans le prochain numéro, on va à la fois raconter ce qui se passe en termes d’opposition aux compteurs et à la fois analyser comment tout ça arrive à cause du laboratoire grenoblois, les intérêts de chacun là-dedans, et comment un média comme le quotidien local Le Dauphiné libéré, sous ses allures de neutralité, milite en réalité pour Linky.

Propos recueillis par AL Grenoble

Site web : Lepostillon.org


Michel Destot (ex-maire de Grenoble, actuel député PS de l’Isère) caricaturé, tracté par une bétonneuse : le succès du Postillon, c’est aussi son dessin satirique de qualité.
cc Le Postillon

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