Grève : McDo change son fusil d’épaule

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Au bout d’une seule semaine de grève, les salarié(e)s du McDo de la place d’Italie (Paris XIIIe) ont accepté le compromis proposé par la direction. L’épisode révèle surtout un possible changement d’attitude de la part de McDo France.

La lutte des grévistes du McDo de place d’Italie (Paris XIIIe) est-elle l’indice d’un changement de stratégie de la part de Mc Do France ?

La grève, qui a concerné 70 % du personnel, avait démarré le 28 août, suite au licenciement pour « faute grave » de Mohamed, un équipier - comme par hasard syndiqué CGT. La « faute grave » prétextée était que Mohamed s’était rendu dans le fast-food voisin (un KFC) pour y acheter à manger, et avait apporté son repas dans la salle de repos des salariés du Mc Do. La direction l’a sermonné, il a vivement répondu en dénonçant de graves problèmes d’hygiène (cafards, souris) connus de tou(te)s les salarié(e)s du restau de place d’Italie.

Quelques jours plus tard, il recevait sa lettre de licenciement. Après un ultimatum exigeant sa réintégration, la DRH de Mc Do France ayant donné raison au directeur de place d’Italie, la grève a démarré, agrégeant quelques revendications salariales - une augmentation de 12 %, le retour de la prime d’ancienneté - qui, toutefois, resteront au second plan.

McDo embarrassé ?

Dès que la vitrine du restau s’est ornée des banderoles annonçant l’interruption du travail, les grévistes ont reçu la visite de pas mal d’habitant(e)s du XIIIe arrondissement, qui bénéficie d’un assez riche tissu associatif et organisationnel. La pétition a engrangé des centaines de signatures, la CGT Commerce est venue en renfort, et les militant(e)s du coin sont volontiers venu(e)s donner un coup de main sur le piquet de grève. En particulier aux heures de « rush », vers 11 h-12 h et 19 h-20 h. La fréquentation du restau a chuté aussitôt, les piquets de grève dissuadant aisément le peu de clients désirant entrer. Selon les syndicalistes, le restau, qui continuait à tourner au ralenti avec des non-grévistes, perdait alors 5 000 euros par jour.

Contrairement aux précédentes grèves (dans des restaurants franchisés : Strasbourg-Saint-Denis ou Saint-Germain) durant lesquelles McDo refusait toute concession et s’efforçait de casser la lutte, la direction nationale de Mc Do France a donné le sentiment d’être embarrassée par cette affaire et de vouloir rattraper une gaffe du directeur de place d’Italie. Sans attendre, elle a directement contacté la CGT… au siège confédéral de Montreuil (!) pour trouver un terrain d’entente. Elle devra finalement négocier avec deux syndicalistes de Mc Do accompagnés d’un représentant de la fédération CGT Commerce.

Le rassemblement de soutien organisé le samedi 4 septembre, dernier jour de la grève, a rassemblé quelques dizaines de militant(e)s du coin (Alternatifs, AL, LCR, Attac, CGT et SUD essentiellement), avec une paire d’élus municipaux communistes arborant l’écharpe tricolore. La veille avait eu lieu la première (et dernière) négociation dont les grévistes ont jugé le résultat satisfaisant : le licenciement est requalifié en « faute réelle et sérieuse » et Mohamed part avec neuf mois de salaire d’indemnité ; chaque salarié (même les non-grévistes) reçoit une prime de 120 euros couvrant la semaine de débrayage ; les problèmes d’hygiène devront être réglés ; les salariés seront désormais libres de manger ce qu’ils veulent… Bref, Mohamed part, et Mc Do passe l’éponge.

McDo soulagé ?

Indécis pendant un temps, Mohamed a finalement souhaité ne pas revenir et accepter l’enveloppe que lui tendait le patron avec insistance. Il est difficile de savoir comment la direction de McDo aurait réagi si les grévistes avaient continué à exiger la réintégration, mais on peut émettre l’hypothèse qu’elle s’en tire à bon compte, sans (trop) perdre la face.

L’entreprise s’évite également une possible contagion protestataire. La grève du McDo de Strasbourg-Saint-Denis il y a deux ans s’était accompagnée de plusieurs débrayages et du blocage sporadique d’autres restaus. Cette année, au bout de quatre jours, la grève de place d’Italie menaçait déjà d’avoir des répercussions sur le restau de Tolbiac, dans le même arrondissement !

L’empressement de Mc Do France à négocier dénote en tout cas un changement de mentalité… et une certaine adaptation à la réalité. En effet, depuis la première grève retentissante du restau de Saint-Germain il y a quatre ans, l’entreprise n’est plus tout à fait un désert syndical. Des sections syndicales se sont stabilisées çà et là, la direction de Mc Do France a déjà pu mesurer le pouvoir de nuisance des salarié(e)s organisé(e)s, et il se peut qu’elle cherche plus qu’avant à esquiver les affrontements trop directs.

Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)

 
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