Grèves de sans-papiers : Vers le dénouement

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C’est la dernière ligne droite pour les grèves de sans-papiers. Les réunions se multiplient entre les ministères, les fédérations patronales, les syndicats et les associations qui soutiennent les grévistes depuis six mois.

À n’en pas douter, les forces de police qui ont planifié, pour le 1er avril, l’évacuation du piquet de grève rue du Regard à Paris, qui regroupait 250 grévistes du bâtiment, ont dû bien rigoler. L’opération, commencée à 6 heures pile, devait être expéditive. Mais le coup du poisson d’avril n’a pas marché et a duré jusqu’à 23 heures, à la faveur d’un rassemblement, fortement médiatisé, des grévistes, des soutiens, de people et de responsables politiques devant le métro Saint-Placide. Au cours de cette journée, le ministère de l’Immigration et celui du Travail, silencieux jusque-là, ont tout à coup pris contact avec le mouvement.

Rencontres tous azimuts

De nouveaux regroupements patronaux comme le Synhorcat (hôtellerie-restauration), le Prisme (intérim), les fédérations patronales de l’aide à la personne, la fédération de l’Habillement, ont fait savoir qu’ils appuyaient l’« approche commune », ce texte signé le 8 mars entre certaines organisations syndicales et patronales, et appelant à un élargissement des critères de régularisation (lire AL d’avril). Certains d’entre eux se sont exprimés dans la presse en faveur des mesures de régularisation rapide, provoquant ainsi la signature de contrats de travail Cerfa par des employeurs auparavant hésitants.

Les rencontres entre ministères (du Travail, de l’Immigration), organisations syndicales, associations et fédérations patronales (Construction, club patronal Ethic...) se multiplient dans les secteurs du bâtiment, de l’hôtellerie, de l’intérim et de l’aide à la personne.

Le soutien des organisations politiques est plus que jamais à l’ordre du jour comme lors du rassemblement place de l’Hôtel-de-Ville de Paris le 17 avril. Même idée issue des comités de soutien qui ont rédigé un courrier interpellant les collectivités locales pour débloquer des aides sociales en direction des grévistes, leur demander de peser de façon significative dans la lutte en cours et les alerter sur leur responsabilité concernant les entreprises auxquelles elles octroient les marchés. À cette démarche pertinente, qui se décline de la région à la municipalité, le groupe des Onze (syndicats et associations soutenant les grèves) s’associe.

Une porte ouverte

Un Appel de personnalités du monde du travail, d’employeurs, d’associations, d’organisations patronales et d’organisations syndicales va être prochainement rendu public pour demander au gouvernement une résolution pérenne, le plus rapidement possible, sur la base de l’approche commune du 8 mars. Ce texte précise toutefois qu’il «  n’entraîne en aucune manière une communauté de vues des signataires sur quelque autre sujet que ce soit » (Ouf, la lutte de classe est sauve !)

Le ministre du Travail, Éric Woerth, quant à lui, a répondu à la demande d’une rencontre par les Onze. Depuis, de nouveaux contacts ont eu lieu avec le ministère. Fin avril, on est dans l’attente d’une date précise pour entamer les discussions.

La dernière ligne droite

Restent posées les questions liées à la stratégie du gouvernement. Le ministère du Travail va-t-il enfin se saisir du dossier ou verrons-nous un règlement interministériel ? Comment écarter la résolution du conflit de façon morcelée, secteur par secteur ? Sans la grève, sans rapport de forces, nul espoir de gagner. Si le temps joue contre le mouvement, la détermination et le courage des grévistes qui tiennent depuis six mois est son meilleur atout.

Chloée (AL 93), le 26 avril 2010

 
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