Groupes fascistes : Décréter la dissolution ne sert à rien

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La dissolution du groupuscule néofasciste prononcée par le conseil des Ministres doit être prise pour ce qu’elle est : une action opportuniste et électoraliste de Macron et de ses sbires nous accordant à nous, antifascistes, un bref délai pour renforcer encore nos luttes réelles.

Le 24 avril, le Conseil des ministres a dissous l’organisation néofasciste Bastion social (BS). Le gouvernement a ainsi essayé de s’offrir à peu de frais une posture de défenseur de la démocratie. Évidemment, cela aurait été plus crédible si on n’avait pas appris dans le même temps que la tête de liste pour La République en Marche pour les européennes, Nathalie Loiseau, avait été inscrite sur une liste étudiante liée au Gud (ancêtre du BS) dans sa jeunesse ou encore si le ministre de l’Intérieur ne reprenait pas à son compte le discours des nationalistes sur les ONG secourant les migrant·es (voir AL de mai 2019)… pour ne prendre que deux exemples. Elle serait aussi plus crédible si Médiapart n’avait pas révélé que la principale motivation de cette dissolution n’est pas l’antiracisme ou l’antifascisme, mais bien la crainte des tentations terroristes du BS.

Cette dissolution ne résout rien

Né en 2017 suite à l’auto-dissolution du Gud, le BS trouve son inspiration dans le succès du groupuscule néofasciste italien CasaPound, connu pour avoir copié les «  centres sociaux  » de gauche (très répandus en Italie) en les assortissant d’un discours identitaire et nationaliste. Ainsi, le BS nait avec la création, très médiatisée, d’un «  squat  » réservé aux «  Français de souche  » à Lyon en avril 2017, puis s’appuie sur les réseaux d’extrême droite locaux pour exporter sa franchise à Strasbourg, Chambéry, Marseille, Clermont-Ferrand…

Chaque ouverture de lieux («  squats  » ou locaux en bonne et due forme) est accompagnée de publicité sur les actions «  sociales  » du groupe, très fortement imaginaires, mais systématiquement doublées d’agressions physiques contre toute résistance (assumée ou présumée). Tandis que les autorités n’ont dans la plupart des cas pas réagi, les habitant·es et les réseaux antifascistes locaux et nationaux ont résisté et ont contre-attaqué – et ce, en dépit de la répression d’État.

La dissolution arrive ainsi après la bataille, alors que le BS s’engluait dans les conflits internes et que les locaux fermaient les uns après les autres sous la pression de la résistance antifasciste.

Certes, la dissolution va, un temps, désorganiser les réseaux de l’ultra-droite. Cependant, tout comme après la dissolution des JNR et de l’Œuvre française à la suite de l’assassinat de Clément Méric en 2013, tant que le terrain est fertile, ces réseaux se reconstruisent, comme le prouve la courte histoire du BS. Et quel terrain plus fertile que celui d’un gouvernement néolibéral s’inspirant de la rhétorique d’extrême droite à des fins électoralistes  ?

Cette dissolution ne résout rien. Antifascistes, nous savons que nous n’avons pas grand-chose à attendre de l’État. C’est par notre présence et notre implication dans les luttes antifascistes et antiracistes ainsi que par notre participation aux mouvements sociaux que nous ferons reculer la peste brune. La réussite des différentes manifestations contre le BS et les différentes actions entreprises montrent que la victoire est possible. Prenons le bref répit laissé par cette dissolution pour ce qu’il est  : du temps pour s’organiser face aux autres groupes nationalistes, identitaires et fascistes. Plus que jamais, faisons en sorte qu’ils ne passent pas.

Thomas B. (AL Saint-Denis)

 
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