Guyane : Pour l’indépendance énergétique

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Une mobilisation a réuni la population guyanaise fin novembre pour la baisse des prix des carburants. Mais derrière la satisfaction de cette revendication, reste la question de l’indépendance énergétique de la Guyane.

Du lundi 24 novembre au jeudi 4 décembre 2008, des barrages routiers ont été mis en place par les transporteurs sur toutes les routes de Guyane. Cela a entraîné la paralysie du pays avec la fermeture des administrations, du port, de l’aéroport et de la plupart des entreprises. La revendication unique était celle d’une baisse de 50 centimes du prix des carburants. Le prix guyanais fixé par le préfet, était alors le plus élevé d’« Europe » (1,77 euro le litre de super sans plomb et 1,55 euro le litre de gazole).

Une union interclassiste

Les transporteurs étaient soutenus par certaines associations de consommateurs créées pour l’occasion et par le patronat (Medef, CGPME, chambre de commerce). Dès le premier jour de leur mouvement de blocage du pays, ils recevaient le soutien unanime de la population guyanaise, des syndicats et des partis politiques. De la droite à la gauche en passant par les écologistes, chacun soutenait la « juste » revendication de la baisse du prix des carburants. Les élus locaux (président du conseil général et président du conseil régional) se sont portés à la tête du mouvement. Ils ont mené les négociations avec le préfet et le gouvernement français en lieu et place des acteurs du mouvement et du peuple guyanais. Ils retirent du conflit et de leur attitude combative une forte légitimation. Cette union entre élus, patronat et population témoigne du caractère interclassiste de cette mobilisation où patrons et syndicalistes se sont retrouvés côte à côte.

Le soutien unanime au mouvement a duré plus d’une semaine jusqu’à ce que les propositions du gouvernement français sèment la division au sein de la classe politique et du patronat. Le soutien de la population ne s’est lui, jamais démenti. Une manifestation massive pour appuyer les barrages a eu lieu au milieu de la deuxième semaine du conflit. Elle a rassemblé plus de 8 000 personnes avec force drapeaux guyanais donnant un aspect nationaliste à la manifestation.

Une solution à court terme

La fin du conflit a été marquée par un long marchandage entre les élus guyanais et l’État français, visant à satisfaire la revendication sans diminuer les taxes régionales sur les carburants, qui représentent 40 % du prix total. On a abouti ainsi à un accord conclu pour une durée d’un mois, le conseil général de la Guyane rétrocédant aux pétroliers de l’argent donné par l’État pour permettre la baisse des tarifs.

Nous avons donc gagné, car pour aujourd’hui la baisse de 50 centimes du prix des carburants est effective. Qu’en sera-t-il pour demain à l’issue de l’accord ? L’unique solution est d’aboutir dès aujourd’hui à l’indépendance énergétique de la Guyane. C’est possible en développant des énergies alternatives au tout-pétrole (solaire, éolien) qui permettront de ne plus utiliser de gazole importé pour produire de l’électricité dans la centrale thermique de Degrad des Cannes. C’est possible en installant enfin une filière éthanol pour produire du carburant à base de canne à sucre cultivée localement, sans piller les pays voisins. C’est possible en développant les transports en commun publics qui sont indigents en Guyane, même dans les agglomérations. Ils n’existent qu’à Cayenne intra-muros alors que la plupart des trajets se font des communes périphériques vers le centre ville.

Jérôme (AL Guyane)

 
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