Hinkley Point : EDF et la grosse galère de l’EPR

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Panique à la tête d’EDF, dissensions au sein du gouvernement, effroi des syndicats... le projet nucléaire de construction d’un EPR en Grande-Bretagne risque d’être le pari de trop, celui qui va ruiner l’électricien... et avec lui l’État et les contribuables de l’Hexagone... Le mirage nucléaire se dissipe, et l’addition va être catastrophique.

Embourbée dans ses chantiers d’EPR à Flamanville et Olkiluoto (Finlande), la direction d’EDF cherche depuis 2012 à exporter deux réacteurs en Grande-Bretagne, dans la centrale d’Hinkley Point. Un projet qui a déjà généré un vrai roman de contestation.

La contestation du chantier se fait sur plusieurs plans : sécurité des installations, viabilité du partenariat avec l’opérateur chinois CGN (ou CGNPC, China General Nuclear Power Corporation), finances d’EDF, possibilité même d’achever le chantier, question de qui paiera la note... Le projet est ainsi dénoncé de toutes parts, par les syndicats tout autant que par le conseil d’administration, en passant par les ingénieurs ou les riverains du projet.

Surcoût de 30 milliards par rapport aux renouvelables

Mais pourquoi la direction d’EDF tient-elle tant à faire ce chantier ? Il faut rappeler qu’en rachetant British Energy (l’exploitant nucléaire britannique) en 2008, EDF s’était ouvert un marché pour construire, et comptait à l’époque relancer son développement sur l’EPR. En 2013 l’État britannique fait une offre d’achat d’électricité à EDF au prix fort, à hauteur de 120 euros le kwh contre 40 euros en France.

Ce triplement du prix (qui va retomber sur le contribuable britannique) est en fait une subvention déguisée à un projet qui sans cela ne serait pas viable. Et c’est sur la base de ce montage avantageux qu’EDF se lance dans le projet de deux nouveaux réacteurs à Hinkley Point. Lors du lancement officiel du projet, le 29 septembre, le PDG d’EDF a annoncé un taux de bénéfices record de 9 % pour ces réacteurs. Seulement, par la suite le Conseil d’administration a révisé ce taux à 8 %, et encore, toujours en minorant les déboires prévisibles, comme par exemple le retard de livraison [1]. Vu que ce chantier risque d’être encore plus compliqué que d’autres déjà en retard, partenariat transnational oblige, on peine à croire que l’éventualité n’en soit pas budgétée. Et comme d’habitude, ni le futur démantèlement de la centrale ni la gestion des déchets ne sont inclus dans le calcul du bénéfice.

cc Réseau Sortir du nucléaire

La centrale d’Hinkley Point compte déjà deux réacteurs (Hinkley A et B, le B étant en fin d’activité), et a essuyé une forte contestation après un incendie et une fuite en 2012. Un collectif Stop Hinkley s’active pour la fermeture de la centrale, et se retrouve aux premières loges de la mobilisation contre la construction des EPR [2]. Un de ses principaux axes de bataille est de dénoncer la propagande du gouvernement, qui dit les centrales sûres, économiques et écologiques.

Les opposants et opposantes mettent en avant le surcoût pour les consommateurs, qui sera de 30 milliards si on compare au prix des énergies renouvelables. Côté sécurité, là-bas comme partout, statistiquement, le prochain accident grave aura lieu d’ici vingt ans, et EDF est en tête de liste des candidats potentiels. Niveau écologie, l’argument du nucléaire « décarboné », sans rejet de CO2, est faux, il sert seulement à maintenir les centrales dans le cadre de la « croissance verte ».

Une cinquantaine de réacteurs d’ici 2050

Heureusement pour nous, EDF a promis de ne commencer le chantier qu’après l’achèvement de Flamanville. L’entreprise a aussi un léger problème de liquidités, un endettement de 37 milliards d’euros, personne ne sait donc comment elle financera les nouveaux réacteurs (24 milliards d’euros !), sauf l’État, peut-être, qui va injecter 4 milliards en capitalisation et en actions d’ici mai 2017. Et puis il y a les recours d’associations devant les tribunaux.


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L’objectif d’EDF est de construire une cinquantaine de réacteurs d’ici 2050. Soit le renouvellement du parc français, plus celui du parc anglais. Mais c’est une fuite en avant largement dénoncée, car EDF est en crise de rentabilité, notamment à cause de la baisse générale du prix de l’électricité, qui n’était pas franchement prévue, pas plus que la surproduction actuelle (les énergies renouvelables sont productives, l’autoconsommation est à la mode).

C’est parce qu’EDF n’a plus de quoi financer d’autres programmes qu’il a négocié une durée de vie des centrales de quarante ans, et maintenant au-delà, avec le projet de « grand carénage », devant « remettre à niveau » les centrales pour les prolonger.

Mais rappelons que ce pari très risqué coûtera 100 milliards d’euros au groupe dans les années à venir [3].

EDF, en voie d’effondrement économique, ferait mieux de se concentrer sur les démantèlements. Car le seul réalisé jusqu’ici, sur le site de Brennilis (Finistère), dure depuis 1985, et il y en a encore pour quinze ans. La logique de surdimensionnement irresponsable héritée de la première vague de réacteurs doit-elle être poursuivie ?

L’affaire Hinkley, et tout le renouvellement du parc nucléaire révèlent la faillite d’un modèle économique insoutenable sans subventions d’État. Et maintenant ce modèle chassé par d’autres acteurs, restent les dettes et les déchets radioactifs. Grandeur de la France.

Reinette noyée (AL Aveyron)

[1Le Canard enchaîné, 21 septembre 2016.

[3« Les antinucléaires redoublent d’énergie », Alternative libertaire, septembre 2016.

 
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