Histoire : Pourquoi faire la révolution ? Collectif, éditions Agone

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Pour quoi faire la révolution est un ouvrage collectif qui entend remettre au centre du débat la notion de révolution dans toutes ses implications. Il revient à la première grande référence que les révolutionnaires ont arborée : la Révolution française de 1789 à 1794 (nous laisserons de coté le Directoire, qui est une période de retour à la normale).

Cette œuvre collective entend renouveler le débat historiographique autour de cette période. D’abord dominée par un courant marxiste « orthodoxe » étudiant principalement les luttes de classes qui secouent la période, l’étude de la Révolution française est de nos jours accaparée par le courant libéral-réactionnaire dont la tête de proue a été François Furet. Celui-ci postule que la Révolution fut un laboratoire du totalitarisme communiste, et que toutes les pulsions égalitaires furent un grave danger qu’heureusement la jeune bourgeoisie a su écraser au cours de la réaction thermidorienne de 1794 en exécutant Robespierre et en réprimant durement le mouvement populaire.

Cet ouvrage n’est dans aucun des deux courants. Il s’inscrit surtout contre le courant libéral qui ne voit la Révolution que comme un laboratoire à génocides. Les auteurs s’intéressent surtout aux rapports coloniaux dans la révolution et à la contribution de ces années à l’histoire des idées politiques.

En tant que libertaire on peut trouver le républicanisme de certaines contributions déplacé, voire limite. En effet, exalter la Terreur en tant que creuset de la grande République sociale comme le fait Guillaume Mazeau semble un raccourci très réducteur.

Heureusement, toutes les contributions ne sont pas de cet acabit. Les deux contributions sur le colonialisme sont très intéressantes. La première explique que les rapports colonies-métropole ne concernent pas seulement l’outre mer, mais aussi le territoire soi-disant « métropolitain ». Le rapport entre le pouvoir centralisé à Paris et les provinces intérieures revêt certaines caractéristiques du fait colonial.

La contribution de Fréderic Régent est une synthèse des mouvements révolutionnaires dans les colonies Françaises. L’organisation sociale étant très différente de celle de la métropole, le mouvement révolutionnaire prend logiquement une forme différente. Celle-ci sera l’affrontement entre esclaves, libres de couleur et blancs qui aboutit à l’abolition de l’esclavage en 1794 par la Convention.

L’ouvrage se conclut par une étude de l’économie politique de la période. Somme toute un ouvrage qui renouvelle l’analyse de la Révolution française.

Matthijs (AL Montpellier)

l Pour quoi faire la révolution, ouvrage collectif, Agone, 2012, 200 pages, 15 euros.

 
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