samedi, 1er novembre 2014
 
 

Hommes-femmes : A travail pas égal, conditions pas égales et salaire pas égal non plus

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Depuis les années 1990, les inégalités salariales entre hommes et femmes n’ont pas évolué. Les causes de ces inégalités ? Le fait que les femmes font des « métiers de femmes », qu’elles sont plus précaires, qu’elles travaillent plus à temps partiel, qu’elles pensent plus à la vie familiale quand elles sont au travail et encore et toujours le fait qu’elles sont… des femmes.

« C’est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle ; c’est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète. » Depuis que Simone de Beauvoir a écrit ces lignes dans Le Deuxième Sexe (1949), le nombre de femmes qui travaillent ou cherchent du travail n’a cessé de croître. Il est passé de 51,5 % en 1975 à 64,6 % en 2006 alors que, dans le même temps, le taux d’activité des hommes a baissé de 82,5 % à 74,5 %.

Les inégalités au chômage

Si on pense, comme Simone de Beauvoir, le travail comme source de liberté, on a là un des seuls indicateurs d’une amélioration de la condition des femmes dans la sphère professionnelle. Enfin... si on oublie que parmi ces femmes actives, nombreuses sont les chômeuses ! En effet, quand les hommes sont chômeurs à 8,1 %, les femmes le sont à 9,6 % et souvent pour des durées plus longues [1].

De plus, pour les femmes l’indépendance économique par le travail n’est toujours pas acquise et elles font encore face à de nombreuses inégalités sur le plan professionnel. Ces dernières s’expliquent en partie par des facteurs dits « structurels » : le type d’emploi (souvent précaire), la durée du travail (souvent à temps partiel), le fait de faire des « métiers de femmes » (moins rémunérés), la nécessité, ô combien féminine, de « concilier » vie professionnelle et vie familiale...

On retrouve ces inégalités au niveau des salaires : en 2005, les femmes gagnaient, en moyenne, presque 26% de moins que les hommes en salaire annuel. Cet écart, qui est stable depuis les années 1990, est un peu moins flagrant si l’on omet les emplois à temps partiel [2]. Néanmoins, les femmes représentent 80 % des travailleurs à très bas salaires (inférieur ou égal à 1301 euros par mois).

Ségrégation professionnelle

Ces différences s’expliquent par la surreprésentation des femmes dans des secteurs d’activité généralement moins rémunérés. Sur les 84 familles professionnelles existantes, dix regroupent plus de la moitié des emplois féminins (les dix familles où les hommes sont le plus représentés n’en regroupent que 32 %). Mais ces professions féminines sont aussi qualitativement très différentes et nécessitent des qualités que les stéréotypes sexistes attribuent aux femmes : être à l’écoute, (psychologue), capacité à prendre soin des autres (infirmière), à s’occuper des enfants (nounou), à entretenir les relations (guichetière), à nettoyer... Des qualités intégrées dans la sphère familiale mais qui ne sont pas reconnues comme un savoir faire professionnel vu qu’elles sont « naturellement » féminines. Ainsi, le travail reproduit exactement les inégalités présentes dans le reste de la société et les assignations à des rôles sociaux.

La précarité est avant tout féminine

Enchaîner les emplois temporaires – stages, contrats aidés et surtout CDD – est d’abord le lot des femmes. De même, les femmes occupent les deux tiers des emplois non qualifiés. Ceci est encore plus vrai si les femmes sont jeunes ou immigrées.

En plus de faire des métiers qui empêchent de savoir de quoi demain sera fait, les femmes représentent plus de 82 % des personnes employées à temps partiel, ce qui va de pair avec un salaire partiel. Ce type d’emploi est censé permettre de concilier vie professionnelle et vie personnelle. Mais quand les horaires de travail sont éclatés aux quatre coins de l’horloge patronale, il engendre surtout du stress et des temps de transport à rallonge. Enfin, pour plus d’un million de ces femmes, ce temps partiel est subi : si elles avaient le choix, elles travailleraient à temps complet.

Physiquement au travail, mentalement à la maison

Mais derrière le mythe que toutes les femmes qui sont à temps partiel le choisissent, se cache une réalité : ce sont surtout elles qui, au travail, continuent de s’occuper de la famille : appeler le médecin ou la nounou pour le petit dernier, penser aux courses pour le repas du soir, prendre des jours de congés ou de RTT pour s’occuper des parents malades [3]... Tout cela entraîne une disponibilité professionnelle réduite et des carrières plus souvent interrompues. Une des conséquences est que les femmes progressent plus difficilement que les hommes dans la hiérarchie et cela se ressent sur leurs salaires.

Mais tous ces facteurs « structurels » n’expliquent que qu’en partie les différences de salaires. Selon les estimations, au moins le quart de l’écart de salaire ne s’explique pas autrement que par le sexe. Dans notre société « moderne », le simple fait d’être une femme constitue toujours un handicap. Les clichés sexistes restent profondément ancrés : toute femme aurait naturellement besoin de vivre en couple, chercherait un partenaire capable de la protéger et de subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants. Des clichés qui justifient la triste réalité selon laquelle les femmes sont rarement financièrement indépendantes et qu’un salaire féminin reste souvent un salaire d’appoint.

La commission antipatriarcat d’AL

[1] 1. D’après l’enquête emploi de l’Insee concernant la France métropolitaine, dans la mesure où on peut croire les dernières statistiques de l’Insee : changement de méthodes de calcul et retards de publication laissant penser que ces chiffres sont sous-évalués. Voir le site Les Autres Chiffres du chômage.

[2] 2. Mais cette différence peut monter jusqu’à environ 40 % si l’on se concentre sur le cas du privé en incluant l’effet « temps partiel. » Voir l’article du 23 novembre 2007 « les inégalités de salaires entre hommes et femmes » sur le site de l’observatoire des inégalités.

[3] 3. Bien sûr cela s’accompagne du fait que pour la majorité des hommes, il est mal vu de « sacrifier » sa carrière pour prendre un congé paternité.