Homoparentalité : Quelle lutte pour quelle reconnaissance ?

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L’homoparentalité, c’est le fait que les parents d’un enfant soient un couple homosexuel. Or, les couples homoparentaux font l’objet d’une non reconnaissance étatique, et doivent affronter des visions réactionnaires et fausses de leur situation.

L’homoparentalité est une situation qui n’est pas exceptionnelle en France, puisqu’elle concernerait 4 000 enfants 1, beaucoup plus selon l’association des parents gays et lesbiennes (l’APGL). Malgré cela, cette forme de famille n’est pas reconnue par l’État : un enfant ne peut être sous la responsabilité de deux hommes ou de deux femmes (Article 311-2 du Code civil).

De multiples façons d’avoir un enfant

Comme pour un couple hétérosexuel, il y a différentes façons d’avoir un enfant pour un couple homosexuel. La première et la plus simple, l’enfant est issu d’une précédente union hétérosexuelle de l’un des parents, avant de faire son coming-out. Cependant, le deuxième parent (contrairement à un couple hétéro) n’a aucun moyen légal de reconnaître l’enfant.

La deuxième est ce qu’on appelle la coparentalité : un homme et une femme font un enfant ensemble et l’élèvent comme s’ils étaient divorcés. Les deux personnes peuvent être issues d’un couple homosexuel, ou l’une d’un couple homo et l’autre d’un couple hétéro, ou l’une célibataire et l’autre en couple. Les conjoints homosexuel-le-s sont alors des coparents, mais n’ont toujours aucun statut légal.

La troisième c’est par procréation médicalement assistée (insémination artificielle, mère porteuse...). C’est impossible en France, car son usage est réservé aux couples hétérosexuels mariés ou vivant ensemble depuis au moins 2 ans (loi n° 94-654 du 29 juillet 1994). Les homosexuel-les peuvent néanmoins aller à l’étranger (Danemark, Espagne, Belgique...) où la possibilité leur est ouverte. Mais là encore, le ou la conjoint-e ne pourra reconnaître l’enfant.

La quatrième c’est l’adoption. De ce côté là, l’hypocrisie est de mise puisque l’adoption monoparentale hétérosexuelle est possible en France, mais pas l’adoption monoparentale ou de couple homosexuel. L’un des membres d’un couple homo doit se faire passer pour un célibataire hétéro afin de pouvoir adopter...

Face à la non reconnaissance…

Ainsi, les homosexuel-le-s ont su contourner les obstacles placés entre elles-eux pour avoir des enfants. Mais il reste de gros problèmes à résoudre.

Tout d’abord, la non-reconnaissance des deux parents : en cas de séparation, il y a un gros risque que le parent qui n’est pas reconnu ne revoit plus son enfant. De plus, si l’un des conjoints meurt, l’enfant sera déclaré orphelin-e et séparé-e du parent qu’il lui reste.

Ensuite, toutes ces solutions ne sont que du système D, de la débrouille pour profiter des failles de la loi. Aucune n’est satisfaisante.

C’est pour cela que de nombreuses associations, dont l’APGL, se battent au quotidien pour la reconnaissance légale de la coparentalité, du deuxième conjoint...

… Et aux préjugés homophobes

A contrario, de nombreux groupes de pression (religieux, politiques...) militent activement pour que l’homoparentalité disparaisse, ou du moins ne soit pas autorisée par la loi. En effet la question de la parentalité homosexuelle remue de nombreux tabous, remet en cause beaucoup de valeurs du patriarcat. Mais la défense de la famille patriarcale se fait dans l’intérêt de l’enfant, selon la formule consacrée (puisqu’on vous le dit !). Par exemple, « il est très important de se rappeler qu’un enfant se construit mieux avec une référence maternelle et paternelle » nous explique François Bayrou. Le pauvre gosse serait déstabilisé psychologiquement par le fait d’avoir deux papas ou deux mamans. L’homoparentalité, ce serait « l’exposer dangereusement à des difficultés d’identification et de structuration de sa personna-lité » [1], et qui sait ce qui pourrait lui arriver par la suite ?

Outre le fait que cette vision véhicule des valeurs tout à fait rétrogrades, elle est totalement coupée de la réalité. En Californie (USA), de nombreux couples homosexuels ont eu des enfants dès les années 1970 suite à la grande vague de féminisme et de libération sexuelle. Ces enfants ont fait l’objet de nombreuses études, et en 2002, alors que certains étaient arrivés à l’âge adulte, l’Association des psychiatres américains (APA) déclarait que « les études menées au cours des 30 dernières années ont constamment démontré que les enfants élevés par des parents homosexuels présentent les mêmes caractéristiques émotionnelles, cognitives, sociales ou sexuelles que les enfants élevés par des parents hétérosexuels ».

De plus, s’l faut deux parents, un homme et une femme, pourquoi ne pas retirer la garde des enfants de familles monoparentales ?

Un autre argument est que le fait d’avoir des parents homosexuels n’est pas naturel, pas biologique. Argument aisément balayé par le fait que les médicaments ne sont pas naturels, les voitures et les maisons non plus...

On l’aura bien compris, la plupart des arguments des anti-homoparentalité sont homophobes et ne tiennent pas la route face à un examen sérieux.

Une lutte soluble dans le mouvement gay de droite ?

Dans cette situation, le rôle que peuvent jouer de vrais groupements militants lesbiens, gays, bi et trans (LGBT) et antipatriarcaux est crucial. La droite, via GayLib, une association gay affiliée à l’UMP, tente de s’emparer de ces questions. Le but affiché est de réfléchir et proposer des idées au parti du Président. Mais le fond de l’action est bien de diffuser les idées UMP au sein de la communauté LGBT, et d’appâter ses potentiels votes. Il serait illusoire de penser que des solutions réellement progressistes puissent sortir d’un groupe qui soutient activement la politique raciste d’expulsion du gouvernement, et qui a de grosses difficultés à faire passer ses idées au sein de son parti. Au contraire, laisser l’initiative à ces personnes revient à enlever à l’homoparentalité tout son contenu subversif, d’en gommer l’aspect anti-patriarcal. La plus grosse erreur serait de faire comme GayLib et séparer le combat pour la reconnaissance de l’homoparentalité des autres luttes anti-patriarcales. Il faut au contraire l’intégrer dans les luttes sociales, et comprendre que le changement ne viendra pas d’en haut, mais d’en bas, par le combat quotidien pour une société libre et égalitaire.

Pierre (AL Tours)

[1Manifeste contre l’homoparentalité : http://www.fsj.fr

 
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