Honduras : Au-delà de Zelaya

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Le coup d’État au Honduras du 28 juin a vu l’armée arrêter et expulser le Président Zelaya. Au-delà de Zelaya, quels sont les enjeux pour le peuple ? Que joue la Maison-Blanche ? Quels sont les enjeux régionaux ?

Peu après son élection, le président Obama explique sa nouvelle politique pour l’Amérique latine. Force est de constater que l’influence états-unienne n’a fait que régresser dans le continent depuis une dizaine d’années, les seuls bastions encore aux ordres de Washington se résumant à la Colombie, au Panama et au Honduras.

La main de Washington… et celle de Caracas

Dans ce dernier, où les États-Unis possèdent des bases, l’armée hondurienne est depuis des décennies encadrée par des conseillers nord-américains. Mais, fin 2008, l’administration Bush décide de nommer un nouvel ambassadeur de choc, Hugo Llorens, ancien directeur des « Affaires andines au Conseil national de sécurité à Washington ». Llorens, déjà à l’œuvre lors du putsch raté contre Chávez en 2002, est un spécialiste du terrorisme qui a travaillé sous l’autorité de l’ancien sous-secrétaire d’État aux Affaires de l’hémisphère Sud, Otto Reich, et d’Elliot Abrams, ex-conseiller en chef sur le Proche-Orient au National Security Council (NSC) et théocrate déclaré. Ces hommes-là ont appuyé le putsch.

Mais l’exécutif nord-américain est-il bien sur la même longueur d’onde ? Il semble qu’il a été mis devant le fait accompli, qu’il lui faudra désapprouver officiellement. Pour bien masquer sa désapprobation, le Président déchu, Manuel Zelaya est reçu à Washington par Hillary Clinton. Cependant, pour le camp impérialiste, un danger demeure : l’arrivée du Venezuela sur la scène hondurienne.

Nouvelles allégeances et vieux démons

En effet, Zelaya, tournant le dos à une politique traditionnellement pro-impérialiste, avait signé nombre d’accords commerciaux avec un nouveau partenaire le Venezuela.

En juillet 2007, rompant avec l’Aleac (Accord de libre-échange de l’Amérique centrale) – en ligne avec Washington – il fait adhérer le Honduras à l’Alba (Alternative bolivarienne pour les Amériques) l’organisation économique rivale, initiée par Chávez. En août 2007, Zelaya va également signer un accord d’assistance avec le président brésilien Lula portant sur la production d’éthanol au Honduras à partir de canne à sucre.

Tenue d’une assemblée constituante, nouvelle alliance... C’est bien ce qui inquiète l’oligarchie et certains services nord-américains.

Ils y voient le signe que le « jaguar » vénézuélien prend pied au Honduras, s’offrant terrasse sur le Pacifique et vue plongeante sur la Colombie avec laquelle il compte bien en découdre. Chavez ne semble t-il pas le fer de lance des opposants à l’impérialisme en Amérique latine ? En fait, s’il encourage les initiatives émanant des bourgeoisies nationales visant à se dégager de l’emprise des États-Unis, cela ne signifie en rien qu’il ait choisi une politique réellement anticapitaliste. Derrière les oripeaux de la « révolution bolivarienne » se cache un « caudillisme » bien connu en Amérique latine depuis Perón, le pouvoir d’une fraction de la bourgeoisie est celui d’une nomenklatura riche de prévarications. La différence avec la dictature castriste réside cependant dans une certaine dose de démocratie et une liberté d’expression qui n’existent pas dans l’île du capitalisme d’État tropical.

L’action populaire

Le peuple hondurien garde, malgré la répression, son mot à dire. Avec le Bloque (Bloc) Popular et les coordinations indigènes, il avait réussi à faire échec au traité de libre-échange que le président Zelaya venait de faire entrer en vigueur fin 2006. Aujourd’hui il reste uni face au putschiste Micheletti.

Le départ de Micheletti contre le retour sous conditions de Zelaya sur fond de farce électorale sont les objectifs donnés aux pourparlers qui se déroulent à l’ambassade du Brésil. Qui sera dupe ?

Nemo (AL Fort-de-France)

 
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