syndicalisme

Hôtellerie : Guerre de classes au palace

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À Marseille, treize femmes de chambre d’un hôtel de luxe ont mené une lutte victorieuse pour des droits qu’au même moment, la loi travail veut remettre en cause pour tous les salarié-e-s.

Nous sommes le mercredi 23 mars 2016, les treize femmes de chambre de l’hôtel Villa Massalia, hôtel grand luxe du groupe Golden Tulip, entrent en grève pour réclamer des conditions de travail décentes. Ces femmes, salariées du groupe STN, sous-traitant reconnu et installé sur l’ensemble du territoire, font face à trois monstres à abattre : la convention minimaliste du secteur du nettoyage, la sous-traitance et le temps partiel subi.

Trois domaines où la loi travail n’est pas un sombre nuage à l’horizon, mais une réalité quotidienne. Il suffit, pour s’en convaincre, de mettre en parallèle leurs revendications avec les articles présents dans la loi, nous aurons tôt fait de comprendre que ces femmes se sont battues localement, dans leur entreprise, contre ce que serait demain le monde du travail dans son ensemble si la loi travail venait à être votée.

Alors que la loi travail veut établir la modulation du temps de travail sur trois ans, elles ont obtenu, par la lutte, l’arrêt de l’annualisation du temps de travail et le paiement des heures supplémentaires non payées depuis octobre.

Là où la loi précise que les horaires pourront être modifiés trois jours à l’avance pour les temps partiels, elles ont obtenu le respect des sept jours de prévenance pour la remise du planning hebdomadaire. Lorsque la loi travail rogne les heures de repos obligatoires, elles obtiennent que la pause quotidienne, de vingt minutes, soit intégrée dans le temps de travail.

Réveil des clients au doux bruit de casseroles

Elles ont également obtenu l’augmentation des qualifications dans la grille de salaire de la convention du nettoyage et une prime de panier réévaluée au niveau de celle de leurs collègues salarié-e-s de l’hôtel.

Ces femmes ont, par leur courage et détermination, fait reculer les directions de deux groupes d’importance, Golden Tulip et STN. Elles montrent la voie à l’ensemble des salarié-e-s des secteurs du nettoyage et, plus largement, à l’ensemble de la classe ouvrière. Pour atteindre ce résultat, elles se sont organisées, ont créé leur syndicat et, avec l’appui des camarades plus expérimenté-e-s, ont organisé des actions fortes et symboliques.

Les dirigeants de ces boîtes ne comprenant qu’une langue, celle de l’argent, elles ont choisi de s’attaquer directement au portefeuille de l’hôtel. Ainsi, puisque leurs horaires de travail ne leur étaient fournis qu’au dernier moment, elles ont décidé d’appliquer le même traitement en choisissant elles-mêmes l’heure du réveil des clients fortunés de l’hôtel. Comment ? En organisant chaque matin, pendant les 13 jours de grève, un réveil des clients au doux bruit de casseroles, de musique, et de slogans lancés sous les fenêtres des chambres de l’établissement. Ces treize femmes de chambre, avec le soutien de leur syndicat CNT-SO, de camarades, mais aussi de voisins, ont fait plier les directions des groupes. Elles ont, par leur lutte, fait progresser les conditions de travail de l’ensemble des salarié-e-s du secteur du nettoyage.

José-Angel (AL Marseille)

 
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