IVG : Le droit à l’avortement, jamais acquis

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Le 17 janvier, la loi dépénalisant l’avortement en France a eu 40 ans. C’était un début mais, accordé avec regret et sous conditions, le droit d’avorter se heurte toujours à la mauvaise volonté et au manque de moyens matériels et humains.

En 1975, le délit d’avortement est resté dans le Code pénal, et l’avortement a été seulement dépénalisé sous certaines conditions (avancement limité de la grossesse, détresse, délai de réflexion, entretien préalable, autorisation parentale pour les mineures, conditions de séjour pour les étrangères, dossier-guide dissuasif, clause de conscience des professionnel-le-s…). Les femmes restaient sous le contrôle des psys et des médecins, l’IVG n’était pas remboursée. Et cette loi de dépénalisation était à l’essai pour cinq ans. Simone Veil a eu le mérite d’affronter les réacs de l’Assemblée nationale, mais ce sont bien les combats féministes qui ont conquis cette loi.

Des améliorations à petits pas

Tout petit à petit, les choses ont avancé et continuent d’avancer : la loi est devenue définitive puis le Code pénal a été nettoyé de ce délit. En 2000, les conditions de séjour ont été supprimées. Depuis 2001 (2001 !!!), les mineures peuvent être accompagnées par un autre adulte que leurs parents, la durée de grossesse pendant laquelle il est possible d’avorter a été rallongée de deux semaines, l’entretien préalable a été supprimé pour les majeures, le dossier qui explique toutes les possibilités de garder la grossesse n’est plus.

La notion de détresse a été amoindrie en 1980 puisqu’il a été reconnu que seule la femme concernée pouvait en juger et, en 2014, elle a disparu de la loi.

L’IVG est remboursée en partie depuis 1983, totalement depuis 2013. Les débats actuels portent sur le remboursement des consultations préalables. Il reste le délai de réflexion de sept jours (mais raccourci à deux en cas de délai presque atteint). Il reste également la scandaleuse clause de conscience, qui dit que le personnel hospitalier a le droit de ne pas respecter la loi s’il est en désaccord avec son contenu.

Les attaques sont constantes. En 1993, le délit d’entrave à l’IVG a été créé pour faire face aux assauts répétés des cathos intégristes contre les cliniques et les femmes. Les manifestations continuent, les plus réacs des députés continuent à profiter de toutes les occasions pour tenter de faire attribuer la personnalité juridique au fœtus (en cas d’accident par exemple, manœuvre cousue de fil blanc pour interdire l’IVG plus tard) ou pour obtenir le déremboursement.

Le droit à l’avortement est constitutif de l’égalité (loin ­d’être atteinte, on est d’accord) entre les hommes et les femmes. Egalité dont l’apprentissage à l’école est combattu avec succès par les cathos (et les ­autres croyants extrémistes, mais le poids important est celui des cathos).

Les discours politiques et médiatiques continuent à être culpabilisants : « ce n’est pas un acte anodin », « c’est toujours une décision difficile », « c’est un échec », « le nombre d’IVG ne baisse pas ». Les femmes continuent à ne pas en parler, à culpabiliser et à souffrir de la réprobation sociale. Alors que les témoignages recueillis par le blog « IVG, je vais bien, merci » montrent que ce peut être anodin, facile et sans conséquences ni physiques ni morales.

Les victoires du capitalisme, c’est aussi moins de moyens pour les services publics donc pour les hôpitaux, moins d’établissements pratiquant cet acte, des délais de prise en charge plus longs, ce qui entraîne de nouveau la nécessité d’aller avorter à l’étranger.

Un progrès dévoyé et controversé

Depuis 1980, l’IVG médicamenteuse est accessible à l’hôpital, depuis 2004 chez les gynécologues et certains et certaines généralistes. Possible pendant les toutes premières semaines, elle a pour avantage d’éviter le passage au bloc. Et pour inconvénient de secouer le corps avec un traitement hormonal agressif et de rendre tout le processus très visible.

Son avantage principal est cependant d’être économique et de permettre de fermer des centres en hôpital.

Elle est aussi utilisée pour « responsabiliser » les femmes quand elles la vivent sans antalgiques, ou seules face à l’évacuation du sang. Le délai est aussi poussé à l’extrême dans certains services pour que les femmes « sentent passer » leur avortement.

Et bientôt, il ne sera plus possible de choisir l’avortement par aspiration si ce n’est quand la durée de la grossesse l’impose.

Les chiffres et les croyances

Le nombre d’IVG est stable. Entre une femme sur deux et une femme sur trois avorte au moins une fois dans sa vie. Le nombre d’IVG répétées augmente. Ce qui fait écrire à l’Institut national d’études démographiques (Ined) que « le choix d’interrompre (ou non) une grossesse est devenu un droit plus qu’un dernier recours » en dernière phrase de sa publication Population et Sociétés de janvier 2015.

Les trois quarts des femmes qui avortent sont sous contraception, l’accès à la contraception n’est pas en cause. L’IVG n’est pas un problème, c’est la solution face à une grossesse non désirée.

D’autant plus que les hommes ne sont pas très impliqués dans cette affaire. À part les masculinistes, perchés ou pas, qui militent à la fois pour ne pas prendre en charge les enfants issus de grossesses qu’ils n’ont pas souhaitées et le droit d’interdire aux femmes d’avorter s’ils veulent que l’enfant naisse. Le ventre des femmes reste une zone de combat.

La contraception reste une préoccupation de la seule moitié du couple qui devra accoucher ou avorter. On sait que la pilule diminue la libido mais ça ne semble pas important, puisqu’on n’en parle pas.

Si les hommes enfantaient, certaines mauvaises langues prétendent que l’IVG serait un droit fondamental et que les moyens contraceptifs seraient nombreux et sans effets secondaires. Comme ce n’est pas le cas, il faut peut-être changer les bases du raisonnement.

L’IVG n’est pas la conséquence des rapports amoureux hétérosexuels, c’est la conséquence du coït. Dans notre société, le coït est l’horizon indépassable du rapport sexuel hétéro, toutes les autres possibilités étant au mieux préliminaires, au pire rien du tout. Penser (et vivre) la sexualité autrement a des avantages pour tout le monde : se débarrasser de la crainte de la grossesse (qui existe même sous contraception, quelle femme sexuellement active n’a pas un bref moment de soulagement au moment de ses règles ?) et de la nécessité de l’IVG ; se débarrasser de la crainte de la panne et de la nécessité de la performance.

Christine (AL Orne)

 
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