IXe congrès d’AL : Œuvrer à l’unité des anticapitalistes

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Environ 90 militantes et militants se sont retrouvés les 10, 11 et 12 mai dernier à la bourse du travail de Saint-Denis (93) pour le IXe congrès d’AL. Beaucoup de jeunes, étudiantes, étudiants et/ou salarié-e-s, étaient présents, signe qu’AL n’a pas raté son intervention lors des mobilisations de la jeunesse de ces dernières années et que son renouvellement générationnel est assuré.

Le congrès a commencé par essayer d’analyser la victoire de la droite décomplexée en 2007. Cette victoire confirme un double coup de barre à droite. Un au sein de la droite décomplexée menée par Sarkozy, chantre de l’individualisme dont « l’élection montre à quel point les défaites sociales encaissées ces dernières années ont fait des ravages dans la conscience de classe du prolétariat ». L’autre au sein de la gauche parlementaire qui, bien qu’elle ne porte « plus depuis longtemps de projet politique alternatif à celui de la droite, [...] a néanmoins réussi à s’ériger en rempart contre Sarkozy, bénéficiant de la peur que celui-ci inspire à de nombreux travailleurs et travailleuses ».

Un gouvernement pantin du patronat

Les textes débattus analysaient ensuite les caractéristiques du programme de la droite, à la fois libéral et réactionnaire, et la façon dont elle entend briser les minorités agissantes au sein du mouvement social. Concernant les grèves de l’automne 2007, un débat s’est engagé sur l’appréciation de leur issue. Le texte adopté est nuancé : « Même si dans ces entreprises publiques, les travailleuses et les travailleurs se sont battus et n’ont pas eu le sentiment d’être vaincus, le fait que le gouvernement n’ait cédé sur aucun des points contestés par les assemblées générales de grévistes, démontre qu’il s’agit bien d’une défaite. »

Enfin, la droite décomplexée contribue largement à la banalisation des idées d’extrême droite, que le mouvement antifasciste, sans doute trop focalisé sur le FN et les groupuscules d’extrême droite, n’a pas réussi à enrayer.

Un texte spécifique était consacré à l’état de la conscience de classe et à l’identité du prolétariat aujourd’hui.

Le syndicalisme de lutte à l’épreuve

Concernant l’intervention syndicale des militantes et des militants d’AL, la CGT et Solidaires ont évidemment été au cœur des débats. Deux textes contradictoires concernant entre autre l’appréciation de ces deux organisations été proposés. Le texte adopté affirme que « la CGT demeure l’organisation centrale de la résistance ouvrière et [que] son évolution est une préoccupation importante pour les révolutionnaires ». En effet, les luttes de l’automne 2007 ont permis de constater le « peu de poids et […] d’impact des oppositions internes » au sein de la CGT. À l’inverse, ces luttes « ont montré l’apport indispensable des syndicats Sud-Solidaires dans les mobilisations. Pour autant la présence de syndicats de lutte et de transformation sociale, même bien implantés, si elle a été décisive, n’a pas été suffisante à entraîner les salarié-e-s dans une lutte qui puisse être victorieuse. […] Il y a donc une nécessité impérieuse, pour eux, de chercher et de développer un travail commun, chaque fois que possible, au niveau professionnel et interprofessionnel local avec les syndicalistes et les structures lutte de classe des autres organisations syndicales. »

S’appuyant sur ce double constat, le texte conclue et argumente sur la nécessité d’œuvrer à « la reconstruction d’un syndicalisme de classe, de masse et de transformation sociale », englobant des syndicalistes de toute obédience.

Ce débat s’est poursuivi au cours de la réunion de la branche Entreprises, qui a notamment accouché d’une motion d’actualité contre la « position commune » Medef-CGT-CFDT sur la réforme des règles de représentativité syndicale.

L’implantation d’AL dans la jeunesse se poursuit et nous avons notamment diversifié notre intervention syndicale – jusqu’alors plutôt restreinte à Sud-Etudiant – en enregistrant l’adhésion de militants de la Fédération syndicale étudiante à Toulouse, Aix ou Pau.

Deux textes contradictoires étaient proposés concernant les luttes de la jeunesse. Le texte adopté reprochait au texte rejeté de trop opposer jeunesse déscolarisée ou en filière courte et jeunesse étudiante, intervention politique et intervention syndicale, et tentait plutôt d’identifier des articulations entre ces différents secteurs ou niveaux d’intervention.

Deux sessions de la branche Jeunesse, les deux soirs du congrès, ont pu discuter de son outil d’intervention, le bulletin Clash, du mouvement lycéen contre les suppressions de poste et des recompositions syndicales étudiantes en débat actuellement.

Luttes de l’immigration : humanisme et lutte des classes

Alternative libertaire a été très investie dans les luttes de l’immigration de ces dernières années, que ce soit dans la création du Réseau éducation sans frontières (RESF) ou du collectif Uni-e-s contre une immigration jetable (Ucij), dans le développement d’une auprès syndicale directe en direction des travailleuses et des travailleurs sans papiers ou dans l’organisation de la manifestation nationale du 5 avril 2008. Le débat sur cette question était donc la synthèse des débats menés en amont.

Le congrès a dégagé « quatre axes pour un combat de solidarité avec les migrants : l’humanisme, la lutte de classe, l’antifascisme et l’internationalisme », notant que si RESF rassemble par son caractère humaniste, cela ne l’empêche en rien de déboucher sur des actions collectives et un élargissement de la lutte antiraciste à d’autres thématiques. Les textes ayant été écrits avant le déclenchement de la première vague de grèves de sans-papiers, une motion d’actualité est venue les compléter sur ce point.

Antipatriarcat et religion

Deux textes étaient proposés concernant notre intervention antipatriarcale. Les deux se situaient dans la continuité du texte adopté lors du précédent congrès, mais en y apportant des déclinaisons pratiques. Le texte rejeté souhaitait de plus trancher certains débats en cours dans AL, entre autres en rejetant la notion de « classes de sexes ».

Le texte adopté ne tranche pas ces questions mais dégage quelques initiatives susceptibles de servir de levier pour la relance de luttes unitaires contre le patriarcat, telle que la mobilisation contre la venue du pape à Paris et Lourdes en septembre 2008.

Les coordinations fédérales de préparation du congrès ayant fait le choix de privilégier les débats stratégiques plutôt que les débats idéologiques, les textes concernant nos interventions contre l’idéologie sécuritaire ou les religions et notre soutien aux luttes indépendantistes ont été débattus très rapidement et, dans le dernier cas, n’a pas été adopté.

Quels fronts anticapitalistes pour quels objectifs ?

Le texte sur les fronts anticapitalistes reprend certains aspects des textes, jusqu’alors internes, déjà adoptés depuis un an, en les complétant et en les précisant. Ainsi, après avoir noté la « crise idéologique et politique profonde de la gauche institutionnelle », le texte identifie trois « centres de gravité de la gauche sociale ». Le premier reste la « gauche de la rue », c’est-à-dire l’ensemble des militantes et des militants, organisé-e-s ou non, « qui considèrent que le mouvement social doit se doter d’un projet politique et que les bases de ce projet sont les pratiques de démocratie et d’actions directes développées dans les luttes, hors des cadres institutionnels ». C’est au sein de cette mouvance qu’intervient AL. Le deuxième centre de gravité reste la gauche antilibérale, dont « la campagne Bové a témoigné du flou de [son] projet et de [son] orientation politique ». Enfin, la LCR constitue le troisième pôle. Le congrès a profité de l’occasion pour trancher sur le nouveau parti lancée par celle-ci, actant que nous ne nous « reconnaissons pas dans la méthode et le projet de la LCR ».

Un débat animé a eu lieu concernant notre rapport au mouvement libertaire. Deux amendements étaient proposés. L’un comme l’autre condamnaient le sectarisme ambiant chez les organisations anarchistes : « dès qu’il s’agit d’articuler [...] expression libertaire et unité des anticapitalistes, cela reste problématique pour la plupart des organisations anarchistes qui partent vaincues d’avance et [...] se condamnent ainsi à l’impuissance. » L’amendement adopté précise de plus que : « il n’y a donc pas de raison tactique de privilégier l’unité avec les organisations anarchistes, et encore moins de raison stratégique, AL étant un courant politique spécifique » et conclue qu’AL ne doit pas faire prévaloir l’unité des libertaires sur les fronts anticapitalistes.

Une fois dessiné cet état des lieux, le texte embraye sur la nécessité et la possibilité de faire converger les anticapitalistes, organisé-e-s ou non, au sein de cadres unitaires locaux. « L’idée de résistance anticapitaliste permet de mettre en avant l’idée d’opposition frontale à la politique capitaliste Sarko/Medef, ce que la gauche institutionnelle s’est à ce jour refusé à faire. » Un front anticapitaliste « ne s’oppose pas au front social [...] mais le complète », il a « vocation à incarner une force résolument extraparlementaire, un premier pas dans la construction d’un mouvement autogestionnaire large. »

Concluant sur les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de ces fronts, le texte donne comme première étape l’amélioration des relations avec les autres forces anticapitalistes et révolutionnaires localement.

Pouvoir populaire contre pouvoir d’État

Un dernier texte visait à « réactualiser notre critique des institutions républicaines ». En effet, « le mouvement social traverse une crise de confiance dans sa propre action directe », conséquence d’une insuffisance du débat sur le rapport aux institutions bourgeoises. Le texte répond à certaines questions actuelles et aux arguments électoralistes. Ainsi, aujourd’hui « la pression subie par [d’éventuel-le-s élu-e-s] au sein de l’institution capitaliste, leur isolement face à la désorganisation de ceux qui ont voté pour eux, se traduisent quasi-systématiquement par le ralliement des élu-e-s à une logique de gestion de l’institution », rendant peu fécondes les stratégies tribuniciennes.

Mais si ce constat est vrai actuellement, dans l’absolu tout dépend des rapports de force à l’œuvre : il est « parfaitement envisageable de lier une politique de contre-pouvoirs adossée à une politique de prise de pouvoir, dès lors que la dynamique politique appartiendrait aux contre-pouvoirs. […] La légalité et la légitimité des institutions municipales seraient de fait régulièrement remises en cause, et en même temps progressivement prises en main par l’auto-organisation populaire. »

Le texte conclut sur l’inconséquence du slogan « changer le monde sans prendre le pouvoir » et réaffirme l’actualité de notre stratégie de contre-pouvoirs.

Le lundi matin a été consacré à la motion organisationnelle, dans laquelle sont décrit les mandats des différents secrétariats et commissions d’AL.

Bref, trois jours productifs mais également conviviaux. Les premières impressions post-congrès montrent une volonté de poursuivre certains débats et dévoilent de nouvelles pistes de réflexion, ce qui était un des buts de la commission congrès : faire en sorte que les avancées dans les débats ne soient pas rangées au placard une fois le congrès clos.

Grégoire (commission Congrès)

Des invités

L’union syndicale Solidaires, les Alternatifs, la Coordination des groupes anarchistes et la LCR ont assisté aux débats et lu un message aux congressistes.

La Fédération anarchiste tenait son congrès au même moment et s’est donc excusée de ne pas pouvoir être présente.

Du côté international, la FDCA (Italie), la Nefac (Etats-Unis et Canada), l’ESE (Grèce), la SAC (Suède), le WSM (Irlande), A Voix Autres (Belgique) et la CGT (Espagne) nous ont adressé leurs salutations.

 
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