« Identité nationale » : Relents de fascisme et faux débat

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Comment mettre des mots, quant il s’agit d’« identité nationale », sur une envie de vomir, profonde, viscérale ?

Ce sont ceux deux mots de Bruno Mégret qui viennent d’abord à l’esprit : « Notre stratégie de conquête du pouvoir passe par une bataille du vocabulaire. Lorsqu’ils parlent d’ “ identité ” ... les hommes de la rue, journalistes et politiciens entrent dans notre champ lexical » (Présent, 1990). Et puis les années 1930, dans un contexte de crise économique mondiale, où le nationalisme était alimenté sur fond de racisme et d’antisémitisme. Une idéologie qui a donné sa pleine mesure pendant la Seconde Guerre mondiale avec une collaboration française assise sur des valeurs d’honneur, travail, famille et patrie. Et puis la guerre d’Algérie qu’on nommait, il y a peu encore, « les évènements d’Algérie »... Ensuite, ce sont les années 1980 durant lesquelles les thèmes de l’immigration et de l’identité nationale sont réactivés dans le discours politique français, avec la progression du Front national qui ficelle ce lien entre insécurité et immigration.

On n’est donc pas surpris qu’aujourd’hui, une fois de plus, ce « débat » soit imposé à la population. C’est l’habituelle instrumentalisation perverse d’un contexte politique (élections régionales, crise etc.) à des fins idéologiques non avouées.

Une pensée réactionnaire

Ne sont pas loin les élections de 2002 avec un Le Pen au 2e tour, les nombreuses lois liberticides, la guerre en Afghanistan, la réhabilitation du drapeau, de l’hymne français et des valeurs conservatrices et négationnistes de l’Histoire telles que prônées par la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif » de la colonisation, la répression des révoltes dans les quartiers populaires, la campagne présidentielle de 2007, la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, etc. La méthode est toujours la même, et c’est celle de l’extrême droite : procéder à une régression historique et politique, empêcher la critique par l’utilisation de la notion de « tabou », stigmatiser l’ennemi de l’intérieur. Mais surtout, il s’agit d’occulter la réalité, celle de l’insécurité économique et sociale, qui demeure la première inquiétude des français et françaises.

La réflexion sur les conséquences du système capitaliste dépasse peu les cercles militants, en dépit des dizaines de milliers de licenciements, du chômage structurel accru, de la difficulté à se loger, des attaques contre les services publics etc. Les médias, 4e pouvoir qui vient légitimer les autres, participe de cette entreprise d’exploitation malhonnête du « sentiment national » – qui n’est qu’une construction imaginaire individuelle et collective – afin de masquer, détourner et manipuler les esprits. Or, il ne peut pas y avoir de débat, si celui-ci n’émane pas de la société, mais se conduit au contraire dans les préfectures, zones de non-droit et lieux de souffrance pour les étrangers et les immigré-e-s. La négation de nos mémoires blessées, honteuses, refoulées, est partagée par la classe politique, et les discours patriotiques des dirigeants de la gauche de gouvernement l’attestent.

Une idéologie à combattre

Si ce débat n’est pas le nôtre, il demeure pourtant nécessaire de le combattre. C’est le sens de l’action de toutes celles et ceux qui luttent auprès des sans-papiers et des opprimé-e-s du capitalisme, et qui, sans relâche, agissent et créent, permettant ainsi de refonder la solidarité internationale indispensable au projet collectif. Notre émancipation ne pourra se faire que sur la base d’une diversité, qu’elle soit sociale, culturelle, de genre, de génération, de choix. Et une chose est certaine : la lutte des classes est internationale !

  • A lire : Gérard Noiriel, A quoi sert l’identité nationale ? Editions Agone, 2007
  • Site du Comité de vigilance face aux usages publics de l’Histoire : cvuh.free.fr

Chéryl (AL Paris-Nord-Est)

 
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