Images de lutte, une grève créole : Guadeloupe, 44 jours de révolution éd. B World connection

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On se rappelle à peine de cette formidable grève créole qui a bloqué le département ultramarin de la Guadeloupe durant plusieurs mois, mettant en difficulté le gouvernement. Tout commence comme un banal conflit du travail en décembre et une demande d’augmentation de 200 euros. Puis lors de là première manifestation devant la préfecture, c’est un refus presque anodin qui met le feu aux poudres. Les organisations syndicales sont rejointes par d’autres collectifs et les jours suivants le nombre de protestataires augmente. Se crée le LKP : Lyannaj Kont Profitasyon. Elie Domota l’explique : c’est une nouvelle génération qui accède alors aux responsabilités et ils n’ont pas de contentieux entre eux.

Alors que la grève prend de l’ampleur, des négociations sont ouvertes et filmées, offrant une tribune à toute la Guadeloupe. Domota y excelle et ne se démonte jamais devant les encravatés métropolitains venus éteindre le feu. Il parle des Noirs, de la condition des esclaves, de l’Histoire de tout un peuple et habilement relie tout cela avec le mouvement qui grandit dans l’île. Yves Jégo, le piteux secrétaire d’état à l’Outre_mer arrive alors pour parlementer. Des accords sont trouvés le 8 février. Coup de théâtre, au moment de signer, Jégo s’enfuit dans la nuit, rappelé par Fillon. La colère monte. Jégo sera contraint de revenir avec deux négociateurs devant l’ampleur des blocages.

A tout moment le créole est utilisé comme langue de la grève, de la désobéissance face au français. Les plaisanteries et les moqueries pour railler le personnel préfectoral fusent devant les assemblées nocturnes. Cette langue du peuple sera utilisé dans les chansons, les slogans comme « La guawdeloup sé tan nou, la gwadeloup sé pa ta yo ! »

Après la fuite de Jégo, le gouvernement choisit la voie de la répression. Les policiers occupent l’espace public. Le patronat ne négocie rien. Les médias étrangers viennent couvrir le conflit. Les bandes des quartiers pauvres harcèlent la police et la Guadeloupe s’enflamme. Le LKP continue à tenir ces barrages tandis que Jacques Bino, syndicaliste aux impôts est assassiné dans sa voiture après un meeting du LKP à la mutualité.

Christophe Goby

Guadeloupe, 44 jours de révolution, B World Connection, 2009. 128 min. En langue créole.

 
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