Immigration Vous avez dit changement ?

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Jusqu’à son élection, François Hollande s’est engagé à mener une politique d’immigration en rupture avec celle des gouvernements Sarkozy… Six mois après l’élection, le premier bilan est sans appel.

Le silence sur les promesses phares de la campagne PS est assourdissant : une hypothétique refonte du Ceseda, ainsi qu’une circulaire portant entre autres sur la régularisation des sans-papiers avaient été annoncées. On attend d’en voir la couleur. Qui plus est, le maintien de l’immigration sous la coupelle du ministère de l’Intérieur illustre bien une conception de l’immigration comme un problème lié à la sécurité et soumis à un traitement répressif.

Un silence étourdissant

Le droit de vote des étrangers a été l’un des fers de lance du PS pendant la campagne. Avec tout le recul que porte Alternative libertaire sur l’électoralisme, cette réforme semble défendable au nom de la revendication d’égalité des droits entre personnes françaises et étrangères. On ne peut aujourd’hui que dénoncer l’hypocrisie avec laquelle la question, dont Manuel Valls nous dit qu’elle n’est « pas une priorité », est éludée malgré les engagements de campagne du candidat Hollande.

En revanche, la naturalisation, à laquelle Manuel Valls avait promis en juillet de consacrer une circulaire, a bien fait l’objet de quelques évolutions, avec les circulaires du 16 octobre qui... promettent une prochaine circulaire. En attendant, le ministère se borne à conseiller aux préfets un assouplissement de l’évaluation des demandes. Ce sont toujours des milliers d’étrangers qui se voient ainsi imposer une condition d’intégration archaïque, sous peine de se voir refuser la nationalité française, et sont maintenus dans la déplorable dépendance au bon vouloir de l’administration pour voir leur droit au séjour renouvelé.

Si on parle d’autres mesures prises, on constate que le changement, c’est en pire. Le placement en rétention de familles avec enfants demeure, bien que l’Union européenne ait condamné l’état français à ce sujet au début de l’année. L’outil ? L’assignation à résidence, avec une surveillance accrue, selon une logique d’enfermement et de criminalisation du séjour irrégulier.

Pas d’améliorations en vue

Et tant qu’on y est, parlons des Rroms ! Après les expulsions médiatisées de septembre, plusieurs campements ont encore été évacués dans l’indifférence générale pendant le mois d’octobre. Le ministère entendait marquer une rupture et parlait d’agir avec « humanité » ; la circulaire publiée le 22 août donne pourtant aux préfets toute latitude pour décider de l’évacuation des camps, au mépris de la scolarisation des enfants et de la situation effective des adultes. Et les expulsions s’enchaînent à un rythme supérieur à celui mené par Sarkozy et ses sbires en 2011.

Dans tous ces domaines de la politique d’immigration, la tactique du gouvernement est claire : endormir les associations en promettant dialogue et discussion, pour maintenir ensuite lois et réglementations répressives et xénophobes. La pauvreté et la situation irrégulière ne sont pas des crimes, mais sont pourtant traitées comme telles par un gouvernement qui maintient tête sous l’eau des populations généralement déjà précarisées.

On peut espérer un résultat à l’action de Manuel Valls et du gouvernement Ayraut. Mais ne nous faisons aucune illusion ; les droits des étrangers ont toujours été arrachés, face à la droite comme à la gauche, par des mobilisations soutenues par le mouvement social.

À nous donc de maintenir les revendications qui étaient déjà les nôtres avant l’arrivée du PS au pouvoir, comme la carte de séjour de dix ans pour tous. Bref, en matière d’immigration, le seul changement que nous obtiendrons sortira des luttes que nous construirons !

Clem (commission antiraciste)

 
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