Industrie agro-alimentaire : On nous prend pour des bœufs

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Scandale sur la viande de cheval, retour caché des farines animales… L’agro-industrie n’est pas en reste pour occuper la scène médiatique. Avons-nous affaire à des actes isolés ou à un véritable système industriel bien en place ? Dans tous les cas, les perdants sont les producteurs et les populations.

Le scandale de la viande de cheval éclate d’abord au Royaume-Uni en janvier, où des traces d’ADN de cheval sont trouvées dans des hamburgers surgelés. Cela provient en fait d’un additif en poudre hyper-protéiné, fabriqué à partir de carcasses d’animaux dans lequel il y a du cheval. Cet additif a pour objectif de baisser le coût de la viande. Il compose 30% des steaks incriminés. Ensuite, l’affaire débarque en France, où l’on découvre un nombre d’intermédiaires et de kilomètres parcourus impensable. Le groupe Findus (basé en Suède) sous-traitait la fabrication des plats à l’usine luxembourgeoise de Tavola, filiale de Comigel (implanté à Metz), fourni par l’importateur Spanghero (installé à Castelnaudary), qui a acquis la viande surgelée auprès d’un trader chypriote, ce dernier avait sous-traité la commande à un trader situé aux Pays-Bas – ce dernier s’étant fourni auprès d’un abattoir et d’un atelier de découpe situés en Roumanie.

La paysannerie en bas de l’échelle

L’industrie ne recule donc devant rien pour accroître ses profits : dégradation de notre alimentation, achat de matière première au plus bas prix, transports aberrants… Au détriment des consommateurs et consommatrices, des paysans et des paysannes. La logique de profit structure toute la filière et est à la source même de tous ces scandales. Une traçabilité plus rigoureuse ne remettrait pas en cause ce fonctionnement car cela ne changerait pas le fonctionnement des industries agroalimentaires. Le problème, c’est leur existence.

Les paysans et paysannes, de Roumanie comme de France, voient leurs revenus fondre au bénéfice des industriels. La concentration des coopératives agricoles – qui sont devenues au final des multinationales en situation de quasi-monopole – a été une catastrophe pour les éleveurs et éleveuses, les plaçant en situation de dépendance. Ils sont pris dans une spirale d’endettement pour augmenter la productivité des fermes et doivent faire face à une baisse régulière des prix de rachat de leur production.

La proximité, garde-fou des dérives

Un grand nombre de fermes disparaissent ne pouvant plus supporter des marges de plus en plus réduites. L’industrialisation de l’élevage ne bénéficie qu’à l’agro-industrie et pousse à la spécialisation des productions par pays. L’élevage bovin de l’Ouest de la France subit de plein fouet ce développement industriel. Le nombre important de luttes contre les coopératives peut en témoigner.

La relocalisation de la diversité de la production agricole et l’autonomie alimentaire sont les seuls éléments qui garantissent aux consommateurs et consommatrices une alimentation de qualité et aux producteurs et productrices des revenus décents. Il faut mettre en place une véritable réforme agraire portant sur la répartition des terres, pour développer une diversité de production sur des petites exploitations et un changement important dans les modes de production. La proximité est une des garanties de maîtrise de la qualité des produits. L’organisation de la production et la structuration de la distribution doivent se faire autour d’une idée centrale : la planification. De cette façon, nous faisons disparaître les intermédiaires parasites ainsi que la concurrence. C’est aux paysannes et paysans, et à la population qu’il revient le droit de maîtriser l’alimentation.

Georges Claas, paysan

 
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