Italie : La bataille du rail

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Le 7 janvier 2005, un terrible accident ferroviaire provoque la mort de 17 personnes près de Crevalcore sur la ligne Bologne-Vérone. Le 12 janvier des cheminots venus de toute l’Italie se réunissent à Bologne pour rédiger une plate-forme contre la privatisation, la précarité et la criminalisation de l’action syndicale et appeler à une grève de 24 h du 16 au 17 janvier. Retour sur un conflit exemplaire.

Proclamée par quelques représentants du personnel et par les syndicats de base SULT et CUB transports, sur le mandat de l’assemblée du 12 janvier 2005, la grève menée par les cheminots italiens pour la sécurité dans les transports ferroviaires a pleinement réussi. Les travailleurs du rail ont utilisé une des rares « ouvertures » des lois antigrèves en vigueur en Italie : la possibilité de lancer une protestation sociale, sans le préavis canonique et sans la couverture des organisations syndicales, en cas de mise en danger de la sécurité des transports, et d’exercer un droit de retrait. C’est la première fois depuis plus d’une décennie que les cheminots italiens décident et font une grève autogérée, sans la participation des syndicats historiques.

Le résultat est plus que satisfaisant, avec une très forte participation des cheminots qui va bien au-delà de l’influence des deux organisations syndicales de base qui ont déclaré la grève, avec les représentants des travailleurs. Cette grève décidée en assemblée autoconvoquée a pris à contre-pied les fédérations transports des confédérations syndicales classiques (FILT-CGIL, FIT-CISL, UIL), comme les autres syndicats du secteur, le SMA (syndicat d’agents de conduite), l’UGL (syndicat « autonome ») et l’ORSA (syndicats « autonome » avec un courant syndicat de base, notamment chez les agents de conduite). Les tentatives de leurs représentants (en particulier celui de la FILT-CGIL) pour délégitimer cette action ont misérablement échoué. Il est certainement trop tôt pour pronostiquer la constitution d’un mouvement autogéré et la reprise des luttes auto-organisées dans le secteur du rail, mais toutes les prémisses y sont.

Ce secteur vit aujourd’hui un état de prostration sans précédent. Depuis plus d’un an et demi qu’elle est en vigueur, la nouvelle convention collective a rendu les conditions de vie et de travail insoutenables en particulier pour les personnels roulants. Tandis que des pans entiers sont démantelés et externalisés, provoquant un recours toujours plus important aux personnels avec des contrats à temps partiel, à durée déterminée, ou d’apprentissage. Pour le moment, le processus de libéralisation avance inexorablement, laissant derrière lui une longue traînée de destruction, de blessés, de morts.

La libéralisation criminelle

Et la gauche historique n’est pas étrangère à ce processus, les directives libéralisant le transport ferroviaire remontent aux temps des gouvernements de gauche Prodi et D’alema. Les centrales syndicales historiques, elles aussi, n’y sont pas pour rien. Elles ont soutenues et continuent de soutenir de diverses manières les restructurations. Il est inutile de demander, comme le font les politiciens de gauche et les syndicats de concertation, plus d’investissement pour la sécurité dans un cadre de libéralisation/privatisation. Car c’est justement sur la manutention et sur la sécurité, plus que sur le niveau des emplois et sur le coût du travail, que les investisseurs privés interviennent fortement dans une optique de rentabilité. Le problème est structurel et par conséquent il est nécessaire d’arrêter immédiatement la libéralisation criminelle du rail.

Seul des transports ferroviaires publics et sociaux, gérés par une seule compagnie qui ne se donne pas l’objectif de créer du profit, sont en mesure de garantir un transport régulier, confortable et sûr aux citoyens tout en permettant aux cheminots d’améliorer leur salaires et leur conditions de travail par la lutte syndicale. Sinon c’est la loi de la jungle, avec des centaines d’entreprises privées uniquement intéressées par la réalisation de profits, en prenant le risque de démolir les règles de sécurité et en rendant les travailleurs précaires et sous-payés. C’est ce scénario inquiétant que, peut être, la grève du 17 janvier a commencé à mettre en débat.

Les cheminots communistes libertaires italiens de la Fédération des communistes anarchistes (FdCA) qui ont pris part à l’assemblée de Bologne et participé à la grève autogérée, continuent de travailler à la construction d’un mouvement des travailleurs du rail réellement auto-organisé, qui se donne comme objectif principal la lutte contre la libéralisation, tout en se battant contre la criminalisation de l’action syndicale qui l’accompagne (voir Alternative libertaire n°135, décembre 2004). Enfin, ils continuent la bataille contre une convention collective ignoble, qui ramène le secteur plus de cinquante ans en arrière, et pour la construction par la base d’une plate-forme contractuelle alternative des chemins de fer.

Hervé (AL Marseille), d’après les informations de la Commission syndicale de la FdCA

 
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