Jean Amila réédité chez Joëlle Losfeld

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Jean Meckert, connu sous le pseudonyme de Jean Amila, est mort le 7 mars 1995. Dix ans plus tard, les Éditions Joëlle Losfeld rééditent quatre de ses écrits : Je suis un monstre, L’Homme au marteau, La Vierge et le Taureau et La Tragédie de Lurs 1 et publient un inédit La Marche au canon.

Jean Meckert, connu sous le pseudonyme de Jean Amila, est mort le 7 mars 1995. Dix ans plus tard, les Éditions Joëlle Losfeld rééditent quatre de ses écrits : Je suis un monstre, L’Homme au marteau, La Vierge et le Taureau et La Tragédie de Lurs [1] et publient un inédit, La Marche au canon.

Né en 1910, Jean Meckert passe une partie de son enfance à l’orphelinat puis commence à travailler en usine à treize ans. Il exerce différents petits boulots : magasinier, mécanicien, employé de garage… Mobilisé en 1939, interné en Suisse en 1940 à la suite de la débâcle, il profite des neuf mois passés là pour écrire son premier roman, Les Coups, publié chez Gallimard en 1942. Pour cela, il est encouragé par Gide, Queneau et Martin du Gard.

Il rejoint un maquis de la Résistance dans l’Yonne en 1943. Son deuxième roman, L’Homme au marteau, est publié cette année-là.

Dès 1950, sous le pseudonyme de John Amila puis Jean Amila, il écrit pour la Série Noire de Marcel Duhamel plus de vingt romans policiers, dont La Lune d’Omaha, Noces de soufre, Pitié pour les rats (1964), Le Boucher des Hurlus (1982). Il s’est imposé pendant trente ans comme l’un des meilleurs auteurs de polars français.

Antimilitariste et libertaire, Jean Meckert décrit avec sobriété l’horreur de la guerre dans La Marche au canon [2]. Ce texte inédit a été retrouvé chez Meckert avec un cahier d’écolier, apparemment journal de bord de l’auteur entre le 14 et le 30 juin 1940.

« On votait pour la paix, on payait pour la guerre… Partout les innocents, enfournés par wagons, roulaient dans les nuits calmes. Et ceux qui pleuraient le faisaient en silence. »

Augustin Marcadet est envoyé au front ; il réalise peu à peu son rôle dans cette guerre, le rôle de tous ces soldats sacrifiés, celui de chair à canon et il décide de déserter : « Dans tout ce qu’on avait prétendu me faire faire, je n’avais rien compris ! Rien partout ! Je savais seulement que j’étais devenu quelque chose d’insignifiant, de négligeable, qu’on pouvait tuer comme un moucheron ou une fourmi ! Mais je revendiquais aussi ma part de pauvre héros, dans ce conflit où je n’avais rien vu, rien compris, et où je m’étais seulement mis là où l’on m’avait dit. Et j’avais la haine ! Oh oui, la haine ! La haine risible, impuissante et tragique, contre tous ces grands qui n’avaient pas fait leur métier. »

Publié pour la première fois en 1952, Je suis un monstre [3] est l’histoire d’une prise de conscience. Celle de Narcisse, moniteur dans une école de plein air, dans laquelle un adolescent communiste est retrouvé mort. Sa première réaction est de maquiller le crime en accident, ce qui arrange tout le monde, y compris le directeur de l’établissement. Face au mensonge, à l’injustice et à la lâcheté, il va choisir la solidarité et soutenir la révolte des adolescents qui réclament justice.

On retrouve dans ce livre les thèmes chers à l’auteur : la solitude existentielle, la nécessité pour l’individu de transcender sa condition, la volonté de l’ordre établi de faire taire la vérité, le besoin de justice et de révolte qui l’accompagne.

[1Parutions respectivement en mars 2005, octobre 2005 et janvier 2006 pour les deux derniers.

[2La Marche au canon, Joëlle Losfeld, 2005, « Arcanes », 8,50 euros.

[3Je suis un monstre, Joëlle Losfeld, 2005, « Arcanes », 10,50 euros.

 
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