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Kurdistan et Turquie : « Tous les jours l’armée et la police turques assassinent. »

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Ce témoignage inédit d’une militante du Parti démocratique des peuples (Halkların Demokratik Partisi, HDP) actuellement présente en Turquie nous éclaire sur la politique de terreur menée par l’État turc. En France comme ailleurs, il faut briser l’omerta sur un massacre dont on parle bien peu.

Après les élections de juin, le gouvernement turc avait déjà initié une politique de terreur dans la partie Est de la Turquie, majoritairement peuplée par les kurdes, . En effet, les résultats de ces élections n’étaient pas satisfaisant pour l’AKP et Erdoğan : cette stratégie de la tension leur a permis d’annuler l’élection et de reprendre le pouvoir en brandissant la menace de la guerre civile.

Mais ils ne sont pas arrêtés après l’échéance éléctorale. Fort de l’efficacité de cette politique pour assurer leur pouvoir, l’AKP à prouvé depuis que son recours à cette stratégie sécuritaire et guerrière était finalement loin d’être éphémère...

Depuis le 16 Août jusqu’à aujourd’hui, dans l’est de la Turquie, les couvres-feu sont quotidiens. En ce moment, c’est sur les villes de Cizre, Silopi, Sur et Dargeçit que s’abat la politique barbare et belliqueuse du gouvernement turc : 117 personnes ont déjà perdu la vie.

Toutes les activités sociales ou économiques sont stoppées : la vie s’est arrêté. Il y a des coupures de courant et la nourriture commence à manquer. On peut voir des gens mourir dans la rue juste parce qu’ils allaient chercher du pain, de la nourriture ; les enfants sont aussi visés par les soldats turcs, les gens meurent, écrasés sous les bombardements.

Le peuple kurde n’a même plus le droit d’enterrer ses morts : à Silvan, le corps d’une enfant assassinée a dû rester conservé au réfrigérateur trois jours à cause du couvre-feu... Désormais les photos de ces villes ressemblent horriblement aux cités palestiniennes sous blocus israélien. Entre deux couvres-feux, les citoyen.ne.s kurdes immigrent vers d’autres parties de la Turquie. Des milliers de personnes ont perdu leur maison, leur travail... et leur proches.


La police turque tire sur les manifestant.e.s à Diyarbakir.


La politique de guerre du gouvernement touche aussi l’ouest de la Turquie. Avant les dernières élections, lors du rassemblement pour la Paix en Turquie, le 10 octobre 2015, 100 personnes avaient perdus la vie dans l’attaque à la bombe d’Ankara. Après l’explosion, la police a attaqué au gaz lacrymogène et avec des canons à eau les manifestant.e.s qui essayaient de fuir la zone ou d’aider les blessé.e.s. Le gouvernement ne s’est même pas donné la peine de trouver l’auteur de l’attaque, de même que pour l’attentat à la bombe de Diyarbakir, en juillet. Cependant, c’est bien ce même gouvernement qui a osé accuser les camarades qui ont organisé le rassemblement d’être responsables de l’attaque.

Après les dernières élections, en novembre, toute la puissance du gouvernement s’est orientée vers la guerre contre les kurdes et les peuples qui se battent pour une démocratie réelle. A l’Est, ils ont déclenché une guerre civile et, à l’Ouest de la Turquie, ils répriment et attaquent les militant.e.s, camarades, individus, qui se battent contre cette politique barbare et guerrière.

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Au total, 500 personnes ont —pour l’instant— été assassinée à l’Est – régions kurdes - et une centaine de personnes ont été violemment emprisonnées à l’Ouest.

Le gouvernement a utilisé tous les moyens qu’il avait pour détruire toute manifestation et toute résistance contre cette guerre inique. Ils ont commencé par faire des raids dans les maisons à Istanbul. Pendant ces raids policiers, ils ont tués 5 femmes alors même qu’elles n’avaient pas résisté à la police. Dilek Doğan était une de ces femmes. Quand on regarde les enregistrements du raid contre sa maison, on comprend que les policiers n’ont eu besoin d’aucune raison pour l’assassiner...


Vidéo du raid de la police turque contre la maison de Dilek Doğan


Désormais, être kurde, socialiste, communiste, libertaire, ou juste se battre pour ses droits démocratiques, c’est assez pour être abattu par le pouvoir en Turquie. Tous les jours l’armée et la police turque assassinent.

Et Alors que l’AKP utilise les réfugié.e.s syrien.ne.s comme moyen de pression pour conclure des accords avec l’Union Européenne, les réactionnaires du gouvernement tuent « légalement » des citoyen.ne.s de Turquie et entretiennent des relations commerciales et politiques avec DAESH ! L’hypocrisie, ça suffit, il s’agit de se battre pour mettre bas les masques, notamment en France celui du président Hollande, qui ne condamne pas les massacres, soutiens le gouvernement réactionnaire turc, et donc indirectement Daech. Nous demandons soutien et solidarité de la part de toutes les forces progressistes en France comme ailleurs : aidez-nous à faire reconnaître nos droits démocratiques primordiaux et l’autonomie locale du peuple kurde !

propos recueillis et traduit par AL Grenoble


Le Conseil démocratique kurde en France appelait à une mobilisation le 26 décembre 2015. La Coordination nationale solidarité Kurdistan (CNSK) — dont AL est partie prenante — a relayé son appel à travers un communiqué unitaire intitulé La Turquie doit cesser son agression contre le peuple kurde !

Nous vous invitons également a consulter le dossier Kurdistan qui revient sur le contexte et les enjeux à plus long terme pour la gauche kurde.


Pour résumer, selon le rapport récent de Human Rights Association, c’est :

  • 100 personnes tuées dans le massacre d’Ankara
  • 38 personnes tuées dans le massacre de Suruç
  • 8 personnes tuées dans le massacre de Zergele
  • 206 personnes tuées dans les couvres-feu, les manifestations contre les couvres-feu et les exécutions

Et toujours, la vidéo de solidarité d’AL avec les révolutionnaires en Turquie, en Syrie et au Kurdistan, réalisée en août 2015 :

Solidarité avec les révolutionnaire de Syrie, Turquie, Kurdistan from Alternative libertaire on Vimeo.

 
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