L’EZLN et la VIe déclaration de la forêt Lacandone

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Il y a un temps pour demander, un autre pour exiger et un autre encore pour agir. En juin dernier les zapatistes lançaient une alerte rouge et une déclaration annonçant une nouvelle initiative politique. José Luis Humanes revient pour nous sur le sens de cet appel.

Il convient de rappeler qu’au Chiapas la paix n’existe pas, quoi qu’en dise le président Fox, mais qu’il y règne une cruelle guerre « de basse intensité » dont la principale victime comme dans toutes les guerres, est la population civile… Et il faut dénoncer l’alarmant développement de cette guerre silencieuse, mais aussi mettre en évidence la croissance des activités contre la rébellion zapatiste et la réactivation des groupes paramilitaires, de même que le harcèlement militaire, politique et économique permanent auquel le gouvernement mexicain et les autorités régionales du Chiapas soumettent les communautés zapatistes, ainsi que les tentatives de compromettre l’EZLN avec le trafic de drogue, sans oublier la frauduleuse non-application des Accords de San Andrés par le gouvernement mexicain, qui permet de maintenir à l’écart du développement social et économique les indiens du pays tout entier, les condamnant à des conditions de vie d’extrême pauvreté alimentaire, sanitaire et culturelle.

C’est dans un tel contexte que l’EZLN a décrété l’alerte rouge en juin dernier, avec la mobilisation des troupes insurgées, la fermeture des municipalités autonomes rebelles et le passage à la cladestinité des assemblées de bon gouvernement… et a immédiatement déclenché dans le monde entier les sirènes d’alarme qui ont parcouru les sièges des organisations et les collectifs solidaires du mouvement zapatiste, mettant des milliers de personnes en alerte maximale et réveillant le gouvernement mexicain.

Les communiqués suivants de l’EZLN qui ont expliqué les raisons de leur alerte rouge nous ont même dit avoir besoin de réfléchir et de décider de leur avenir. Les Zapatistes devaient débattre sur les acquis et les revendications, sur les accords bafoués par les gouvernements mexicains successifs, sur leur situation, leur pays et le monde. Ils ont dit qu’ils nous informeraient sous peu de leurs conclusions et nous laissaient déjà entendre que sortirait de cette consultation interne une proposition à la fois nouvelle et novatrice, qu’ils vont ouvrir un nouveau sentier dans leur longue marche, qu’il s’agissait de s’impliquer à leur façon tant au niveau national qu’international, et qu’il n’était en aucun cas question d’organiser une offensive armée… Un peu plus tard sortait la VIe déclaration de la forêt Lacandone (SDFL).

Il s’agit d’un manifeste contre l’oubli et pour un avenir de paix et de dignité, qui ne contient pas seulement une critique profonde et sérieuse de la façon actuelle de faire de la politique et de gouverner, mais aussi un projet de nation et de monde de démocratie, de liberté et de justice, tout en réaffirmant son engagement dans la lutte pacifique et sa défense des communautés zapatistes et en invitant les peuples du monde à réaliser une rencontre intergalactique.

C’est-à-dire que l’EZLN continuera de lutter non seulement pour les peuples indiens du Mexique mais aussi pour tous les exploité(e)s et les spolié(e)s de la planète. Des délégations zapatistes se rendront partout où on les invitera pour dialoguer et mettre au point une politique d’alliance avec des personnes, des organisations et des mouvements qui se définiraient en théorie et en pratique « de gauche », toujours en dehors d’une perspective électorale. Et tout cela dans l’objectif de consolider les bases sociales d’un nouveau mouvement de libération dans lequel les peuples s’organiseraient pour « commander en obéissant » et changer le rapport de force en faveur des intérêts généraux nationaux, individuels et universels. Et pour finir, lancer un appel à « marcher ensemble, unir nos luttes et être solidaires dans nos résistances », ce qui signifie un nouveau et courageux défi où les zapatistes mettent en jeu tous leurs acquis (et aussi leurs vies), c’est aussi un pari pour celles et ceux qui aspirent à un monde différent et meilleur, c’est pourquoi participer ou se taire constituent les deux termes de l’alternative.

Malgré les inquiétudes et les spéculations qu’elle a provoquées à l’échelle nationale et internationale, il n’y a de nouveau aucun doute : la parole zapatiste porte l’élan, l’espoir, la cohérence et l’action.

Et il est clair que quoi qu’il arrive on ne peut plus faire marche arrière parce que si les zapatistes ont largement démontré quelque chose depuis leur début, c’est qu’ils font ce qu’ils disent.

La SDFL a déjà reçu de nombreux témoignages de soutien au niveau international à commencer par celui de la CGT espgnole qui a voté une résolution unanime lors de son XVe congrès.

José Luis Humanes Bautista (coordinateur de la commission Chiapas de la CGT espagnole)

 
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