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L’intrusion du sécuritaire dans les écoles

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L’exercice attentat-intrusion fait désormais officiellement parti du plan particulier de mise en sécurité face aux risques majeurs (PPMS) aux côtés de l’exercice anti-incendie et de confinement en cas d’explosion d’usine ou de danger chimique. La généralisation de ces exercices précède largement une quelconque uniformisation nationale ou l’anticipation de travaux nécessaires à la sécurisation des lieux, augmentant ainsi son caractère anxiogène.

Si certaines écoles et établissements se sont dotés aléatoirement de petit matériel tel qu’un visiophone à l’entrée ou de moyens humains avec agents d’accueil chargés de contrôler l’accès, la pratique est encore très disparate, au gré des décisions individuelles de responsables dont un certain nombre font preuve d’un tel zèle que même la rentrée des classes s’est déroulée sous couvert d’un déploiement disproportionné des forces de l’ordre.

Pour l’exercice qui était à réaliser au cours du mois de novembre, le texte officiel précise que « chacun doit réagir en fonction des deux postures identifiées en cas d’attaque : s’échapper ou s’enfermer ». Transformant les profs et instits en agents de sécurité, la première option est préparée en collaboration directe avec la gendarmerie tandis que la seconde prévoit de « rester dans sa classe, verrouiller la porte, se barricader au moyen du mobilier identifié auparavant, éteindre les lumières, s’éloigner des murs, portes et fenêtres, s’allonger au sol derrière plusieurs obstacles solides, le tout en faisant respecter le silence absolu ». Autour de l’exercice censé être vécu comme un jeu par les élèves de maternelle dont la gravité n’échappe pourtant pas toujours à leur lucidité, une discussion est mise en place pour les élèves à partir de 6 ans.

Derrière ce cadre, il y a la configuration réelle des nombreux établissements dont les baies vitrées ont pignon sur rue. Ces exercices s’apparentent à une tentative de conjuration du mauvais sort façon vaudou.

Message politique

Sans même s’appuyer sur les dérives qui ont pu avoir lieu tel qu’en Guyane au collège de Matoury où des membres du personnel cagoulés ont simulé des terroristes et laissé entendre plusieurs détonations semant la panique, cet exercice ne sert concrètement pas à grand-chose si ce n’est à établir une fois pour toutes que les enfants sont aussi des cibles et qu’aucun lieu n’est un refuge. S’il ne permet de rassurer ni les élèves ni le corps enseignant, il semble que la mise en place de ce protocole par le ministère de l’Éducation nationale soit avant tout un message politique à l’égard des parents et de la société. Tel que déclaré dans son communiqué par Sud Éducation, qui a déposé un préavis de grève pour couvrir celles et ceux qui refuseraient de s’y soumettre, ces mesures « au lieu de rassurer élèves, personnels et parentes, entretiennent un sentiment permanent d’insécurité [et] œuvrent à obtenir le consentement aux instruments de contrôle social et de restriction des libertés publiques  ». Et la peur s’insinue dans les foyers des plus de 12 millions d’élèves scolarisés...

Julie (AL Moselle)

 
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