LSI : Se mobiliser contre l’arsenal sécuritaire

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La mobilisation ne s’arrête pas avec le vote de la loi sur la sécurité intérieure. Elle pourrait même entrer dans une nouvelle phase avec la multiplication des protestations

À l’heure où vous lirez cet article, la loi sur la sécurité intérieure (LSI), ou loi Sarkozy, aura été définitivement adoptée le 13 février. Les députés se sont même payés le luxe de voter à l’unanimité un amendement à forte portée symbolique, cerise liberticide sur un gâteau sécuritaire éc¦urant, qui sanctionne de 6 mois de prison et 7 500 euros d’amende l’outrage au drapeau français et à La Marseillaise. Les députés Verts et PC se sont abstenus, n’ayant même pas le courage politique de voter contre ! Pourtant que de crimes ont été commis au nom de la France (esclavage, constitution de l’Empire français, boucherie de la guerre 14-18, guerres coloniales, implication dans le génocide rwandais...). Parmi les rares initiatives contre cette censure, signalons l’appel « Pour le droit d’outrage », émanant de dizaines de chercheur(se)s et d’enseignant(e)s attaché(e)s à la liberté d’expression (http://www.outrages.lautre.net). Quant au PS, le dernier écho lamentable de ses trahisons est l’évacuation par la force des sans-papiers réfugiés dans le gymnase Japy situé dans le XIe arrondissement de Paris, sur ordre de Delanoë. Il est clair que le PS a ruiné un peu plus encore sa crédibilité. Comment s’étonner dès lors qu’il se fasse depuis systématiquement sortir des cortèges dans les manifestations ?

Décidemment, la classe politique a bien tiré les leçons du « séisme » du 21 avril 2002, et ne craint plus de faire dans la surenchère démagogique sur un terrain pourtant miné durant des décennies par l’extrême droite.

Guerre sociale contre les pauvres

Appuyé par une forte campagne de tapage médiatique, l’arsenal sécuritaire est à présent solidement ancré dans le corps législatif, contribuant à mener une guerre sociale sur tous les fronts. L’État pénal accompagne en effet le démantèlement programmé du travail et de la protection sociale, forçant les classes populaires à se soumettre à la précarité, et tentant de briser les résistances organisées. L’hypocrisie règne sur les pratiques du patronat appuyé par l’État. En effet, chaque jour apporte son lot de misère : méthodes de gangster du patronat qui écrase les ouvrier(ère)s en les foutant à la porte par charrettes entières, retour à la case chômage de dizaines de milliers d’emplois jeunes et de surveillant(e)s, suppression de l’aide médicale gratuite (AME), démantèlement des services publics, offensive sur les retraites...

Pendant ce temps, Sarkozy bat l’estrade, couvre les pratiques de la police et exige du rendement. Les consignes sont claires, il faut nettoyer les rues, les lieux publics et les halls d’immeuble de tout ce qui dérange l’ordre établi. Haro sur les sans-papiers, les prostitué(e)s, les mendiants, les gens du voyage, la jeunesse des quartiers populaires... Après tout, pourquoi se priver, puisque la mort récente coup sur coup d’un Argentin et d’un Somalien lors d’embarquements forcés, ne soulève même plus de tollé général !

Pourtant inlassablement, des militant(e)s, des professionnels et les principaux menacé(e)s se mobilisent pour contester les mesures liberticides.. Depuis les années 70, on n’avait plus vu s’organiser et manifester les prostitué(e)s et les gens du voyage. En janvier dernier, le Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB) a lancé une campagne de mobilisation contre les procès politiques et contre la justice coloniale. Partout en France, que ce soit dans les quartiers de Saint-Denis, Toulouse, Paris, ou d’ailleurs, des habitant(e)s et des militant(e)s se mobilisent contre les contrôles au faciès, les ratonnades et les humiliations de la police.

Une fois n’est pas coutume sur le sujet, nous finirons par une touche d’humour salutaire en évoquant l’initiative des Big Brother Awards. Le jury, composé de militants et de chercheurs engagés, décerne chaque année cinq prix « Orwell de la surveillance » (NDLC : fastoche, je connais déjà le gagnant !), susceptibles de primer « toute personne ou institution ayant porté atteinte à la vie privée, négligé de la protéger ou faisant la promotion de la surveillance individuelle ou collective ». Mais, « pour saluer l’autre côté du miroir », cinq prix « Voltaire de la vigilance » ont également été remis cette année « aux individus, collectifs ou actions qui se sont élevés contre les dérives du tout-contrôle ».

Gabriel L.

 
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