Gail Dines : « La pornographie, un problème pour la gauche »

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Gail Dines est professeure dans le domaine des études américaines au Whellock College de Boston. Elle est coauteure avec Ann Russo et Robert Jensen de Pornographie : la production et la consommation de l’inégalité. Ils sont également membres du comité d’organisation par intérim du Mouvement féministe national contre la pornographie. Dans ce texte mis en ligne en décembre 2005, elle interroge la mollesse de l’engagement de la gauche contre la pornographie.

Les féministes anti-pornographie s’habituent aux insultes venant de la gauche. On s’entend dire encore et encore que nous sommes anti-sexe, prudes, simplistes, politiquement naïves et étroites d’esprit. Les critiques les plus crus n’hésitent pas à suggérer que le remède à tous ces problèmes passerait par… comment dire… une bonne expérience sexuelle.

En plus des insultes, nous sommes toujours confronté-e-s à une question. Pourquoi « perdre » notre temps avec la pornographie ? Puisque nous sommes anticapitalistes et anti-impérialistes en même temps que féministes, ne devrions nous pas nous concentrer sur les nombreuses crises politiques, économiques et écologiques (guerre, pauvreté, changement climatique…) ? Pourquoi devrions-nous dépenser une partie de notre énergie militante et de notre temps de réflexion pour faire une critique de la pornographie et de l’industrie du sexe d’un point de vue féministe ?

La réponse est simple : nous sommes anti-pornographie justement parce que nous sommes de gauche en même temps que féministes.

Nous situant à gauche sur l’échiquier politique, nous rejetons le sexisme et le racisme qui saturent la pornographie commerciale de masse actuelle. Nous rejetons la tendance capitaliste qui consiste à la marchandisation d’un des aspects les plus fondamentaux (most basic) de notre humanité. Nous rejetons, la domination des médias et de la culture par les entreprises. Les féministes anti-pornographie ne demandent pas à la gauche d’accepter une nouvelle façon de voir le monde mais lui demandent plutôt d’être cohérente dans ses analyses et l’application de ses principes.

Il nous a toujours semblé bizarre que tant de personnes de gauche refusent de s’engager dans une critique soutenue et approfondie de la pornographie. Tout ceci est particulièrement malvenu à un moment où la gauche a du mal à trouver un ancrage dans le public ; une critique de la pornographie, reposant sur une analyse de gauche et une analyse féministe radicale, et allant à l’encontre d’une critique de droite moralisatrice, pourrait faire partie d’une stratégie d’organisation efficace.

L’analyse des médias par la gauche

La gauche analyse les médias de masse comme l’un des lieux où la classe dominante tente de créer et d’imposer ses définitions et ses explications du monde Nous savons que les journaux télévisés/radiophoniques ne sont pas neutres et que les jeux télévisés sont plus que de simples divertissements. Ce sont des espaces où l’idéologie est renforcée, où le point de vue des puissants est véhiculé. C’est aussi un terrain de lutte : il peut y avoir et il y a des résistances face à ces tentatives de la classe dominante de définir le monde. Le terme « hégémonie » est utilisé pour décrire ce processus toujours contesté, cette façon qu’a la classe dominante de tenter de s’assurer le contrôle sur la construction du sens du réel.

La critique féministe de la pornographie est cohérente avec (et pour beaucoup d’entres nous, elle émane d’elle) une analyse, largement acceptée par la gauche, de l’idéologie et des médias, menant à l’observation selon laquelle la pornographie est au patriarcat ce que la publicité est au capitalisme. Pourtant, quand on parle de pornographie, nombreux sont les personnes de gauche qui oublient la théorie de Gramsci de l’hégémonie et qui acceptent l’argument avancé par les pornographes que la pornographie n’est qu’un simple fantasme.

Il semblerait que l’argument classique de la gauche selon lequel des images peuvent être des outils légitimant l’inégalité est valable tant qu’on s’en tient à une analyse de CBS ou de CNN, mais il disparaîtrait quand l’image serait celle d’une femme à qui on enfonce un pénis dans la bouche avec une telle force qu’elle s’étouffe. Dans ce cas, pour des raisons inexpliquées, nous ne sommes pas supposés prendre ces représentations pornographiques au sérieux ou les voir comme des produits construits au sein d’un système d’inégalité de genre, de race ou de classe. Le travail de qualité mené par les critiques des médias sur la politique de production ne fait pas le poids face à la pornographie.

La pornographie ne serait qu’un fantasme. De même, les séries télévisées policières qui défendent la noblesse inhérente de la police et présentent les avocats comme des protecteurs du peuple sont des fantasmes. Comme les histoires de Horatio Alger à propos des récompenses du dur labeur dans une économie capitaliste sont des fantasmes. Tout comme les films qui dépeignent les Arabes comme des terroristes.

Tous ces produits sont critiqués par la gauche précisément parce qu’ils créent un monde illusoire, qui est une distorsion du monde réel dans lequel nous vivons. La police et les avocats cherchent parfois à faire ce qui est juste mais ils appliquent aussi la règle dictée par les puissant-e-s. Dans une économie capitaliste, les individus peuvent parfois prospérer grâce à leur travail, mais ce système ne permet pas à toutes celles et ceux qui travaillent dur d’avoir un salaire décent. Un nombre infime d’Arabes sont des terroristes, mais cela omet à la fois le terrorisme des Blancs et Blanches en position de pouvoir dans l’Amérique blanche et l’humanité de la vaste majorité des Arabes.

De telles illusions reflètent comment ceux qui sont au pouvoir veulent que les personnes subordonnées se perçoivent. Les images de personnes noires, heureuses sur les plantations rassurent les Blancs dans leur rôle d’esclavagistes. Les images de travailleurs et travailleuses contents allègent la peur qu’ont les capitalistes de la révolution. Et les hommes se débrouillent avec leurs sentiments complexes vis-à-vis du mélange toxique de sexe et d’agression qui compose la masculinité de nos sociétés, en recherchant des images de femmes qui apprécient la douleur et l’humiliation.

Pourquoi est ce que tant de gens de gauche semblent supposer que les pornographes fonctionnent dans un univers différent de celui des autres capitalistes ? Pourquoi est ce que la pornographie serait la seule forme de représentation produite et distribuée par des entreprises qui ne véhiculeraient pas un message visant à légitimer l’inégalité ? Pourquoi est ce que les pornographes seraient les seuls capitalistes du monde des médias qui seraient des rebelles et qui essayeraient de subvertir l’hégémonie ?

Pourquoi les pornographes bénéficient-ils de tant de compassion à gauche ?

Après des années à faire face à l’hostilité de la gauche aussi bien en public que par écrit, nous pensons que la réponse est évidente : le désir sexuel peut restreindre la capacité des gens à raisonner de façon critique – surtout chez les hommes dans une société patriarcale, où le sexe n’est pas seulement un enjeu de plaisir mais aussi un enjeu de pouvoir.

Les gens de gauche – et en particulier les hommes de gauche – ont besoin de surmonter leur obsession de l’orgasme.

Analysons la pornographie non pas en tant qu’objet de sexe mais en tant qu’objet médiatique. Où cela nous conduit il ?

Entreprises médiatiques

Les critiques du pouvoir des entreprises médiatiques commerciales sont omniprésentes à gauche. Des personnes de gauche avec des visions politiques très différentes peuvent se retrouver pour décrier le contrôle des conglomérats sur l’information et sur les programmes de divertissements. À cause de la structure du système, il est pris pour acquis que ces entreprises créent des programmes qui répondent aux besoins des agences de publicité et de l’élite, et non à ceux des gens ordinaires.

Pourtant, en discutant de la pornographie, cette analyse disparaît du paysage. En écoutant de nombreuses personnes de gauche défendre la pornographie, on pourrait penser que ce matériel est fait par des artistes qui luttent sans relâche dans des ateliers isolés pour nous aider à comprendre les mystères de la sexualité. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité : l’industrie pornographique est… une industrie, dominée par les compagnies de production pornographiques qui créent le matériel, avec des entreprises qui profitent de sa distribution.

Il est facile de savoir ce que les pornographes se disent entre eux : ils ont leur propre magazine, Adult video News. Leurs discussions ne concernent pas le potentiel transgressif de la pornographie ou la nature polysémique des textes pornographiques. Elles tournent autour du… profit (Quelle surprise !). Les articles du magazine ne font d’ailleurs pas preuve d’un esprit critique très développé quel que soit le sujet abordé et encore moins pour ce qui a trait au genre, à la race et au sexe.

Andrew Edmond – président et PDG du Flying crocodile, une compagnie de pornographie en ligne au budget de 20 millions de dollars – le dit assez clairement : « De nombreuses personnes omettent l’aspect business à cause du sexe. Mais c’est un marché qui est aussi complexe et compartimenté qu’un autre. Nous nous comportons comme n’importe quelle compagnie faisant partie des Fortune 500 [1].

Les compagnies de production – en allant des plus gros poissons comme Larry Flint Productions jusqu’aux plus petits opérateurs – se comportent comme n’importe quelle entreprise dans une économie capitaliste, essayant de maximiser leur part de marché et leurs profits. Les pornographes ne prennent pas plus en considération les besoins des gens ou les effets de leurs produits que n’importe quels autres capitalistes. Rendre les pornographes plus romantiques est une idée tout autant absurde que celle de vouloir rendre plus romantique le conseil d’administration de Viacom ou de Disney.

De plus en plus, les entreprises de médias de masse en tirent aussi un profit. Hugh Hefner et Flynt ont dû se battre pour devenir des gens respectables dans la galerie des capitalistes, mais aujourd’hui nombre de ceux qui profitent de la pornographie sont de grandes entreprises. En possédant des compagnies de câble et d’accès à Internet, les grandes entreprises qui distribuent de la pornographie distribuent aussi des médias de masse. News Corp, détenu par Rupert Murdoch, en est un exemple.

News Corp est l’un des principaux actionnaires de Direct TV qui vend plus de films pornographiques que Flynt. En 2000, le New York Times écrivait que presque 200 millions de dollars étaient dépensés par les 8,7 millions d’adhérents de Direct TV. Parmi les possessions médiatiques de News corp, on trouve le Fox broadcasting and cable TV networks, la Twentieth Century Fox, le New York Post, et TV Guide. Bienvenu au pays de la concentration médiatique : Murdoch possède aussi Harper Collins, qui a publié le best seller de la porn star Jenna Jameson How To Make Love Like A Porn Star ("Comment faire l’amour comme une star du porno").

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Gail Dines : « La pornographie, un problème pour la gauche »

Quand Paul Thomas a reçu son prix de meilleur réalisateur lors de la cérémonie des awards de l’industrie pornographique de 2005, il faisait la remarque suivante à propos de la transformation de la pornographie en une véritable industrie animée par de grandes entreprises (corporatization) : « J’avais l’habitude d’être payé en liquide par des Italiens. Maintenant je reçois un chèque de la part d’un Juif. » Si on fait abstraction du caractère « raciste » du commentaire (Thomas travaille principalement pour Vivid dont le directeur est juif.), sa remarque mettait juste en avant le fait qu’une activité qui était, hier encore, du domaine de la mafia, est aujourd’hui devenue un secteur capitaliste comme une autre.

Comment est ce que les gens de gauche réagissent vis-à-vis des entreprises et des corporations ? Voulons nous que les dirigeants des grandes entreprises assoiffés de profit construisent notre culture ?

Marchandisation

La gauche a, depuis longtemps, compris que l’un des aspects les plus insidieux du capitalisme est la marchandisation : tout peut devenir une marchandise. Tout peut être vendu dans le jeu du capitalisme d’accumulation sans fin.

Dans le cas de la pornographie, les enjeux sont encore plus importants. Ce qui est transformé en marchandise est fondamental pour notre propre construction. Quelle que soit la sexualité d’une personne ou ses opinions sur la sexualité, tout le monde est d’accord pour dire que celle-ci constitue l’un des aspects fondamentaux de notre identité. Dans la pornographie, et dans l’industrie du sexe en général, la sexualité devient un autre produit de plus qui peut être emballé et vendu.

Quand ces arguments sont avancés, les pro-pornographies de gauche s’empressent d’expliquer que les femmes présentes dans la pornographie ont choisi ce travail. Toute discussion sur le choix doit prendre en compte les conditions dans lesquelles s’effectue ce choix. Nous ne dénions pas le fait que ces femmes aient effectivement fait ce choix et, en tant que féministes, nous le respectons et essayons de le comprendre.

Mais, à notre connaissance, personne dans un mouvement de gauche n’ira prendre la défense des médias capitalistes (ou de tout autre entreprise capitaliste) en disant que les travailleur-se-s ont consenti à faire ce travail. Les personnes qui produisent le contenu médiatique, ou tout autre produit, consentent à travailler dans ces entreprises, en fonction de contraintes et d’opportunités différentes. Et alors ? Ce n’est pas une critique adressée aux travailleur-se-s mais aux propriétaires et aux institutions.

Prenons l’exemple de la plus grande star de l’industrie, Jenna Jameson, qui semble contrôler sa vie professionnelle. Toutefois, dans son livre, elle explique avoir été violée au cours de son adolescence et elle décrit la façon dont des hommes dans sa vie se comportèrent comme des proxénètes et la vendirent à d’autres hommes. Sa situation financière était tellement désespérée que, alors qu’on venait de lui refuser un travail de strip-teaseuse car elle avait l’air trop jeune, elle est allée aux toilettes pour arracher les bagues de son appareil dentaire avec des pinces. Elle fait aussi référence à son usage de la drogue et déplore le nombre d’amis dans l’industrie qu’elle a perdu à cause de la drogue. Et ceci est la femme censée avoir le plus de pouvoir dans l’industrie pornographique.

D’après nous, les analyses de la gauche ne se focalisent pas sur les décisions d’individus qui essayent de survivre dans un système qui transforme tout en marchandise et les prive des réelles possibilités de contrôler leur vie. Il s’agit de combattre un système.

Racisme

Alors que les formes les plus flagrantes et les plus dégradantes de racisme ont disparu des médias de masse, la gauche continue de faire remarquer que des formes plus subtiles de racisme persistent et que leur constante reproduction dans les médias est problématique. La race est un problème important et sa représentation dans les médias est aussi un problème.

La pornographie est le seul genre médiatique où un racisme ouvert et clairement affiché est encore acceptable. Pas un racisme subtil et codifié mais le bon vieux racisme (les représentations stéréotypées de l’étalon noir et de la femme noire bestiale, la fille latino chaude et la geisha asiatique réservée). Les vendeurs de pornographie ont une catégorie spéciale appelée « interracial » qui permet aux consommateurs de voir différentes combinaisons de personnages selon leur race et de scénarios racistes.

Le racisme de cette industrie est tellement omniprésent que peu de gens le remarquent. Dans une interview avec le producteur du DVD Black Bros and Asian Ho’s (Frères black et putes asiatiques) l’un d’entre nous lui demanda si on ne l’avait jamais critiqué pour le racisme de tels films. Il nous répondit : « Non, ils sont très populaires ! » Nous avons répété la question : « Populaire, oui. Mais est ce que les gens critiquent le racisme ? » Il n’arrivait pas à en croire ses oreilles : apparemment la question ne lui avait jamais traversé l’esprit.

Allez faire un tour dans un magasin qui vend de la pornographie et vous constaterez qu’il est clair que la justice raciale n’est pas la principale préoccupation de cette industrie. Un exemple typique est ce qui est dit sur le film Black attack : gang bang : « Ma mission est de trouver la plus mignonne de toutes ces chéries blanches et qu’elle se fasse prendre dans un gang bang par des négros tout droit sortis des banlieues ! » Il serait intéressant de voir une personne de gauche pro-pornographie défendre, fasse à une audience non blanche, que ce type de film est sans lien avec les politiques ethniques et la suprématie blanche.

Les producteurs qui occupent le haut du marché, comme Vivid, utilisent principalement des femmes blanches : le visage officiel de la pornographie est essentiellement blanc. Toutefois, à côté de ce genre, il existe des films plus agressifs dans lesquels des femmes de couleur apparaissent plus fréquemment. Comme il nous a été rapporté par une femme noire dans l’industrie : « c’est un business raciste » vu la façon dont elle est traitée par les producteurs, les différences de salaires et les conversations de tous les jours qu’elle entend sur le plateau.

Sexisme

La pornographie hétérosexuelle de masse actuelle – qui constitue la majorité des parts de marché du matériel explicitement sexuel – est un des lieux où un sens tout particulier de la sexualité et du genre est créé et véhiculé. Le message central de la pornographie n’est pas difficile à cerner. Les femmes existent pour le plaisir sexuel des hommes, quelle que soit la forme sous laquelle les hommes veulent ce plaisir et sans tenir compte de leurs conséquences pour les femmes. Ce n’est pas simplement que les femmes existent pour la sexualité mais qu’elles existent pour la sexualité que les hommes veulent.

Malgré une rhétorique naïve autour du fait que la pornographie serait porteuse de libération sexuelle pour les femmes, l’essentiel de la pornographie de masse est incroyablement sexiste. Du langage qui est utilisé pour décrire les femmes, aux positions de subordination, en passant par les pratiques sexuelles elles mêmes : la pornographie est systématiquement misogyne. Alors que cette industrie avance en âge, le genre le plus populaire, appelé « gonzo », continue de repousser les limites de la dégradation et de la cruauté envers les femmes. Les réalisateurs eux-mêmes admettent qu’ils ne savent pas très bien comment aller plus loin vu le niveau déjà atteint.

Cette misogynie n’est pas la caractéristique idiosyncratique de quelques films à la marge. En s’appuyant sur trois études du contenu des vidéos et DVD pornographiques menées dans les dix dernières années, nous concluons que la haine envers les femmes est au centre de la pornographie. Enlevez toutes les vidéos où une femme est appelée une salope ou une pute, et les étagères seraient presque vides. Enlevez tous les DVD où une femme devient la cible du mépris d’un homme et il ne resterait pas grand-chose. La pornographie de masse n’est pas une célébration des femmes et de leur sexualité, mais au contraire elle exprime le mépris des femmes et célèbre la force d’exprimer ce mépris sexuellement.

Généralement, les gens de gauche rejettent les explications biologiques de l’inégalité. Mais l’histoire du genre dans la pornographie est celle du déterminisme biologique. Un des principaux thèmes dans la pornographie est que les femmes sont différentes des hommes : elles apprécient la douleur, l’humiliation, la dégradation ; elles ne méritent pas la même humanité que les hommes parce qu’elles sont des créatures différentes. Dans la pornographie, ce n’est pas simplement que les femmes veulent se faire baiser de façon dégradante mais qu’elles en ont besoin. Finalement, la pornographie raconte des histoires qui rappellent la place des femmes : sous les hommes. La plupart de la gauche critique le patriarcat et s’oppose au système de la domination masculine. Le genre est un de ces terrains de lutte contre la domination et donc un terrain de lutte idéologique. Conjuguez une compréhension des médias à des arguments féministes pour l’égalité sexuelle et vous obtiendrez l’argument contre la pornographie.

La nécessité d’une analyse cohérente du pouvoir

Les gens de gauche qui se félicitent d’analyser les systèmes et les structures de pouvoir se transforment en des individualistes libéraux radicaux sur le sujet de la pornographie. La pensée complexe et critique sous-jacente à la meilleure politique de la gauche peut alors laisser place à des analyses simplistes et naïves politiquement qui voient de nombreuses personnes de gauche faire l’apologie d’une industrie d’exploitation. Sur ce type de sujets, nous ne sommes pas censés réinterroger l’idéologie de notre culture et la façon dont elle façonne la perception qu’ont les gens de leurs choix. De même, nous devons ignorer les conditions dans lesquelles les gens vivent. Tout n’est plus que choix personnel.

Une critique de la pornographie ne veut pas dire que la liberté, ancrée dans la capacité individuelle de choisir, n’est pas importante mais signifie davantage que ces questions ne peuvent être réduites au seul moment où un individu fait un choix. À l’inverse, nous devons nous demander : quel sens prend la liberté dans un système capitaliste qui est sexiste et raciste ?

La gauche a toujours remis en cause les propos des puissants selon lesquels la liberté s’acquière en acceptant sa place au sein d’une hiérarchie. Les féministes ont souligné que l’un des systèmes de pouvoir qui nous contraignent est le genre.

Nous prétendons que les gens de gauche qui prennent le féminisme au sérieux doivent réaliser que la pornographie, ainsi que les autres formes d’exploitation sexuelle – principalement des femmes, des filles et des garçons par les hommes – au sein du capitalisme, est incohérente avec un monde dans lequel les individus peuvent prendre leur destin en main.

Ceci est la promesse de la gauche, du féminisme, d’une théorie de critique de la race, de l’humanisme radical – en définitive de tout mouvement d’émancipation à l’époque moderne.

Traduction de Rémi Hergé (Alternative libertaire Paris Sud)

[1NDT : les 500 premières entreprises mondiales en termes de chiffres d’affaires.

 
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