Le Dico anticapitaliste de Lulu : Qu’est ce que « le salaire social » ?

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible, par Lulu.


En France, les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 marquent la création de la sécurité sociale moderne selon un modèle paritaire.

A l’inverse de la logique libérale qui considère le marché du travail comme un marché comme les autres, la mise en place de la sécurité sociale garantit aux salarié-e-s un ensemble de droits liés à leur salaire qui doit leur permettre de faire face aux aléas de la vie (maladie, retraite, chômage). Dès lors, une partie significative du salaire est socialisée (entre un quart et un tiers du salaire brut), et redistribuée en fonction des besoins des personnes. Bernard Friot parle du travail libéré partant du principe que les retraité-e-s sont très actifs, dans le mouvement associatif par exemple, sans que leur rémunération soit liée à leur activité.

Bernard Friot, économiste [1], défend ce modèle social, qui a montré son efficacité et sa stabilité, et propose de l’étendre à l’ensemble du salariat. L’idée est de déconnecter totalement le salaire et l’activité professionnelle. De ce fait chaque individu aurait un salaire garanti de sa majorité à sa mort. La philosophie de Bernard Friot est qu’à l’inverse de la pensée libérale qui considére le salarié comme une charge et un coût, le travail libéré de son chantage patronal sera beaucoup plus efficace et utile socialement.

Au début des années 2000, le syndicat Sud Étudiant rejoint les théories de Bernard Friot en défendant l’idée d’ un salaire socialisé pour l’ensemble des travailleurs et travailleuses en formation (étudiants, étudiantes et apprenti-e-s), ce salaire socialisé serait financé par une nouvelle cotisation patronale. Le salaire socialisé à destination de la jeunesse n’est pas une utopie mais il est déjà en partie une réalité pour les étudiants danois qui disposent d’un droit à six ans de financement de formation (environ 750 euros par mois). À l’heure où les destructions d’emplois sont particulièrement violentes et où les profits des actionnaires n’ont jamais été aussi élevés, un salaire socialisé étendu à l’ensemble des salarie-é-s serait une arme efficace pour lutter contre l’arbitraire patronal. Les gains de productivité sont tels que le financement d’une telle mesure n’est pas irréaliste. En revanche, dans le cadre actuel de la lutte des classes, il reste à trouver les forces sociales capables d’imposer cette mesure. Si la notion de salaire socialisé n’est pas révolutionnaire en soi, elle est une piste pertinente de reflexion pour la construction d’une société socialiste, égalitaire et autogestionnaire.

[1Voir notamment L’Enjeu du salaire, 2012, éditions La Dispute.

 
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