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Le projet El Khomri ne va pas créer d’emploi, il va aggraver le chômage

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Alors qu’elle aurait dû sonner le tocsin, l’intersyndicale du 23 février a accouché d’une souris. Un texte creux, mollasson, capitulard, là où il aurait fallu dévoiler le mensonge fondamental du projet El Khomri. Une date de mobilisation, le 31 mars, commence néanmoins à se profiler du côté des organisations syndicales les plus combatives.

Si elle voit le jour, cette loi ne va ni « relancer la croissance », ni « créer de l’emploi », ni « permettre aux patrons d’embaucher » : elle va au contraire aggraver le chômage. Voici pourquoi.

Quand le gouvernement dit que cette réforme va créer de l’emploi, il ment. Dans un pays qui comptait, en janvier, près de 5,8 millions de chômeurs et précaires [1], pousser à l’allongement de la durée du travail est criminel. Plutôt que d’embaucher, le patronat fera trimer davantage celles et ceux qui ont un boulot, en payant les heures sup beaucoup moins cher grâce à la loi El Khomri.


Carte des actions pour le 9 mars !


Quand le gouvernement dit que cette réforme est vitale pour le patronat, il ment. Les capitalistes français se portent très bien : en 2015, les entreprises françaises ont distribué 47 milliards d’euros à leurs actionnaires [2] (contre 33 milliards en 2011, 36 milliards en 2012, 38 milliards en 2013 et 56 milliards en 2014, année record). Ils ont par ailleurs pu encaisser 23,5 milliards de crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) depuis la création par Hollande de ce détournement légal d’argent public [3] Sans évidemment créer d’emploi.

Quand le gouvernement dit que cette réforme va relancer "la croissance", il ment. La croissance infinie est impossible — et c’est tant mieux d’un point de vue écologique. Dans des pays suréquipés comme la France, elle n’a plus de sens. Les gouvernements cherchent à la créer artificiellement à coups de grands projets inutiles comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Pourtant, il faut continuer à entretenir le mythe de "la croissance", car si la population s’en lassait, elle pourrait réclamer, tout simplement... la redistribution des richesses réellement existantes.

Quand le gouvernement dit qu’il va "assouplir" le droit du travail, il ment. Le Code du travail, c’est l’ensemble des lois et règlements qui encadrent l’exploitation salariale. Les limites qu’il fixe sont le résultat des luttes ouvrières, et reflètent le rapport de forces entre le patronat et le salariat. Nulle question de "souplesse" ici. Le modifier, c’est nécessairement faire pencher la balance, au bénéfice de l’un et aux dépens de l’autre.

Or, grâce à cette loi taillée sur mesure,

  • la journée de travail pourra ponctuellement grimper à douze heures (au lieu de dix), et la semaine de travail à soixante heures (au lieu de quarante-huit) ;
  • les salariés pourront, si un accord d’entreprise le prévoit, travailler jusqu’à quarante-six heures par semaine pendant seize semaines ;
  • le temps minimal de repos quotidien pourra être réduit ;
  • les patrons pourront signer, avec les syndicats jaunes qui s’y prêteront, des accords d’entreprises réduisant les salaires ou augmentant le temps de travail – ce qui, pour l’instant, n’était autorisé qu’aux entreprises « en difficulté » ;
  • les indemnités perçues pour un licenciement abusif seront plafonnées,
  • les entreprises pourront licencier même si elles font des bénéfices (elles devront juste prouver une baisse du chiffre d’affaires sur deux trimestres consécutifs) ;
  • les heures supplémentaires pourront être bien moins payées (10%, au lieu de 25% minimum actuellement) ;
  • les accords d’entreprise signés par des syndicats ne pesant qu’entre 30% et 49 % des voix pourront tout de même être soumis à un référendum des salarié.e.s ; cela offrirait une seconde chance aux patrons pour faire passer certaines mesures régressives, comme le travail du dimanche.

Faire monter l’envie d’en découdre

Ce projet de loi scandaleux, qui couronnerait une longue série de régressions sociales, doit être combattu pied à pied.

Ne nous laissons pas intimider par le climat policier entretenu par ce gouvernement autoritaire qui, en brandissant la menace djihadiste, veut museler la contestation sociale.

La bataille des idées a commencé, à coups de pétitions, d’enquêtes et de tribunes dans la presse. Mais cela ne sera pas suffisant pour faire plier le gouvernement PS-Medef. La seule réponse à la hauteur de cette nouvelle attaque, c’est la grève dans l’ensemble des secteurs professionnels.

Il faut faire passer ce message avant le nouveau rendez-vous de l’intersyndicale, le 3 mars. Qu’elle ne puisse pas ignorer la sourde colère qui monte.

Les capitalistes veulent nous faire bosser toujours plus ? Rappelons-leur que c’est nous qui produisons la richesse, que c’est nous qui les faisons vivre, et que demain, c’est nous qui nous passerons d’eux.

Alternative libertaire, le 24 février 2016

Photo : rassemblement de soutien aux ouvriers de Goodyear, le 4 février 2016, place de la Nation, à Paris. cc Photothèque Rouge/JMB

[1] En additionnant les catégories A, B et C de demandeuses et de demandeurs d’emploi, y compris des Dom (Journaldunet.com, 27 janvier 2016).

[2] Le Monde, 22 février 2016.

[3] Le Figaro, 25 janvier 2016.

 
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