politique

Déchéance de nationalité et racisme d’état d’urgence

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Revendication phare du FN, reprise sans complexe par Hollande et Valls, la déchéance de la nationalité est au cœur des débats politiques et médiatiques. Mais, en souhaitant appliquer cette idée inepte et inefficace, le gouvernement veut détourner l’attention pour, par ailleurs, appliquer des mesures bien plus concrètes.

Pour éviter, sans doute, d’être taxé de raciste et d’appliquer le programme du FN, Hollande et son gouvernement ont envisagé à un moment d’étendre la déchéance de la nationalité à toutes et tous les Français, faisant fi des accords internationaux interdisant de « créer » des apatrides.

Il est clair qu’en élargissant cette déchéance de la nationalité à toutes et tous les « Français » on aurait pu se demander ce qu’il pouvait advenir des militants et militantes basques poursuivi-e-s avec acharnement par la justice de l’État français et de l’État espagnol, aux sympathisants et sympathisantes du PKK, aux militants et militantes de Tarnac accusé-e-s de terrorisme et plus largement aux révolutionnaires en proie à une répression policière particulièrement violente depuis l’instauration de l’état d’urgence.


Le collectif national Stop à l’état d’urgence a décidé d’une nouvelle journée d’action nationale pour réclamer l’abrogation de l’état d’urgence. Ce sera le

12 mars 2016
dans toute la France

On espère que le collectif Nous ne céderons pas adhèrera également à cette date. D’ores et déjà, notez-la !


Mais, rapidement, le gouvernement est revenu sur ses propositions et a décidé de limiter aux binationaux la déchéance de la nationalité après condamnation pour des actes terroristes. Cette mesure crée, de fait, différentes catégories dans la citoyenneté française. Les bons Français et Françaises, nés de parents français, et les mauvais Français et Françaises né-e-s de parents étrangers et ayant fait le choix de conserver une double nationalité.

En ciblant cette partie de la population, le gouvernement s’est clairement attaqué à une partie de cette dernière. Jamais les cas de Franco-Allemands, de Franco-Anglais n’ont été évoqués dans les médias, mais bien ceux de Franco-Algériens, Franco-Marocains, etc. Les populations issues de l’immigration nord-africaine sont une nouvelle fois les premières cibles du pouvoir. Et pour les fils et filles d’immigré-e-s ayant la seule nationalité française, le racisme d’État monte encore d’un cran et va légitimer d’autant plus les contrôles au faciès, les violences policières et les discriminations.

Détourner l’attention

Dans les milieux judiciaires, politiques et médiatiques, tout le monde semble s’accorder sur le fait que ces mesures ne seront d’aucune efficacité pour empêcher de nouveaux attentats. Une partie de la gauche du PS, du PCF ou du Front de gauche crie sa colère contre cette mesure. Mais elle est définitivement muette sur le reste des mesures prises depuis les attentats de novembre, et va même jusqu’à les approuver comme lors du vote sur l’état d’urgence à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Pendant que la déchéance de la nationalité est au cœur de toutes les polémiques, le gouvernement en profite pour continuer à durcir sa politique sécuritaire et guerrière. La prolongation de l’état d’urgence, en premier lieu, qui devrait être votée au courant du mois de février. Mais afin de ne pas étendre indéfiniment cet état d’urgence, le gouvernement souhaite accroître les droits pour la police et les préfectures : perquisitions et assignations à résidence « préventives », assouplissement des règles d’engagement armé des policiers, etc. De quoi s’accoutumer à des pratiques d’exception qui deviendront rapidement communes.

Les premières mobilisations contre l’état d’urgence et les mesures sécuritaires qui en découlent doivent s’amplifier, sur tout le territoire, de manière unitaire et la plus large possible. Le gouvernement s’attaque à nos libertés et à nos droits, rendons lui coup pour coup.

Jon (AL Angers)

— photo de l’article : cc thierry ehrmann

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prise de vue du cortège AL-CGA-CNT à Lyon, le 6 février.
le 30 janvier comme la semaine suivante, des dizaines de manifestations ont été organisées dans tout le pays. le nombre de manifestant.e.s à bien entendu été minoré par la police et la presse dominante.
 
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