Tibet

Le réveil du peuple bouscule Pékin et le dalaï lama

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Les Tibétains de Lhassa n’en peuvent plus de l’occupation chinoise. Les Tibétains de la diaspora commencent à douter de la stratégie du dalaï lama.

Les Jeux olympiques de Pékin ont provoqué une impatience légitime chez les Tibétaines et les Tibétains, aussi bien ceux de "l’intérieur" que ceux de "l’exil", réfugiés pour beaucoup dans la région de Dharamsala, dans le nord de l’Inde.

Débordant le dalaï lama, qui n’en voulait pas, des réfugié-e-s ont organisé la fameuse marche "de l’Inde au Tibet" qui a subi la répression violente de la police de l’État indien, peu pressé de se fâcher avec son voisin chinois.

À Lhassa, des émeutes anti-chinoises ont fait des dizaines de morts.

La stratégie pacifiste et modérée du chef spirituel et politique du gouvernement tibétain en exil commence à désespérer les nouvelles générations qui ne voient rien venir. Le 20 mars, devant des journalistes à Dharamsala, le dalaï lama défendait encore la revendication traditionnelle d’autonomie du Tibet au sein de la Chine : "Que cela nous plaise ou pas, nous devons vivre ensemble côte à côte. Nous devons nous opposer à la politique chinoise, mais pas aux Chinois. Pas sur une base raciste." Pourtant, le mot d’ordre d’indépendance, de plus en plus repris, témoigne d’une véritable exaspération.

Historiquement, rappelons que le Tibet est une province chinoise depuis le XVIe siècle. Il n’a été que brièvement indépendant, entre 1913 et 1950, et son indépendance a été opportunément proclamée par l’aristocratie féodale et cléricale qui voyait d’un mauvais œil la révolution démocratique qui, à Pékin, venait de destituer l’empereur. Quand les staliniens ont, en 1950, chassé les féodaux et aboli le servage, ils ne faisaient que "terminer le travail" effectué partout ailleurs en Chine. Mais, comme l’avait dit Robespierre, aucun peuple n’aime les "libérateurs bottés"… on peut le constater presque soixante ans plus tard.

Les États-Unis qui, dès 1949, avaient tenté d’instrumentaliser les Tibétains – la CIA a organisé sans succès plusieurs foyers de guérilla dans l’Himalaya entre 1957 et 1961 – les ont lâchés après la réconciliation sino-américaine de 1971. Réagissant le 20 mars aux émeutes à Lhassa, la secrétaire d’État Condolezza Rice s’est contentée d’appeler à la « retenue » des deux côtés… mais surtout du côté des émeutiers.

En appelant au boycott des Jeux olympiques, les militantes et les militants tibétains désobéissent encore au dalaï lama. Bien évidemment, aucun État n’a répondu à cet appel au boycott. Personne ne veut se fâcher avec Pékin, ni avec les firmes multinationales (Coca, Nike, McDo) qui sponsorisent le spectacle, et surtout pas les États-Unis ni la France.

La tragédie du peuple tibétain ne fait qu’une avec la tragédie du prolétariat chinois. Ils sont les mêmes victimes de la politique capitaliste impitoyable de Pékin. Leurs intérêts sont convergents : pour un Tibet libre, contre l’oligarchie financière du Parti communiste chinois, pour l’autodétermination des peuples, pour la solidarité entre les travailleuses et les travailleurs de Chine et du Tibet !

Alternative libertaire, 22 mars 2008

 
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