Les Classiques de la subversion : Casoar et Callens, « Les aventures épatantes et véridiques de Benoit Broutchoux »

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Sortie en 1979, cette bande dessinée humoristique de Phil et Callens retrace la vie de Benoit Broutchoux, un anarcho-syndicaliste, militant de la CGT d’avant 1914. Ni théoricien, ni dynamiteur, c’était un simple militant, mais sa vie tumultueuse et sa personnalité hors du commun firent de lui un véritable héros populaire du Pas-de-Calais. Pierre Monatte disait de lui : « Son anarchisme n’était pas doctrinaire. Il était fait de syndicalisme, d’antiparlementarisme, de libre pensée, d’amour libre, de néo-malthusianisme, et de beaucoup de gouaille. Pour tous, amis et adversaires, il était Benoît, Benoît tout court. »

Il construisit sa légende chez les mineurs grâce à ses démêlés avec les flics et avec les juges. Il passa ainsi sa vie à naviguer entre la prison et son rôle de rédacteur du journal Le Réveil syndical puis de L’Action syndicale, à laquelle il donna une orientation très provocatrice.

Impliqué dans la Fédération syndicale des mineurs du Pas-de-Calais , il ne cessa de lutter contre le « vieux syndicat » des mineurs réformistes dirigé par Émile Basly, jusqu’à l’entrée de ce dernier dans la CGT.

Contre l’austérité constipée de certains militants, il était brouillon, mal organisé, un peu fleur bleue et quelque peu soupe-au-lait… C’est sa manière de vivre le militantisme avec insolence qui est mise en avant dans cette BD, avec un brin de nostalgie. Car, à travers la vie de ce personnage, ce sont les débats sur le syndicalisme, et l’histoire d’une CGT virant de l’anarcho-syndicalisme au réformisme, qui sont dépeint, de manière simple et didactique.

Benoit Broutchoux a en effet participé aux événements militants les plus importants de son temps comme le Congrès d’Amiens de la CGT en 1906 ou le Congrès anarchiste international d’Amsterdam en 1907 aux côtés de Pierre Monatte et d’Errico Malatesta. Mais son refus de tout sectarisme et ses tentatives déçues pour rapprocher syndicalistes et anarchistes individualistes, puis bolchéviks et libertaires, lui valurent l’isolement et finirent par entamer son éternel optimisme.

Son fils tué par la police, il termina sa vie dans la misère et la maladie. Cette BD est un bel hommage pour l’audace de ce militant qui fut longtemps oublié, et une manière sympathique de se plonger dans une époque féconde dont l’influence se fait sentir encore aujourd’hui.

Élisa (AL Toulouse)

 
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